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La propriété sociale

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La propriété sociale

"La question sociale moderne s'est posée à partir de l'existence d'une ""classe non-propriétaire"", comme on commence à l'appeler à la fin du XVIIIème siècle, constituée essentiellement d'une masse croissante de travailleurs qui n'ont que leur travail pour vivre. Ils paraissent condamnés à la misère et à l'insécurité sociale permanente. Menacés de tomber à chaque instant dans la déchéance, ils portent en même temps une menace de subversion complète de l'ordre social : classes travailleuses = classes dangereuses.

La propriété sociale est la réponse qui a été élaborée à partir de la fin du XIXème siècle pour faire face à ce défi. Elle constitue, comme le dit Alfred Fouillée, à procurer ""comme un minimum de propriété"" à tous ceux qui sont en dehors de la propriété privée. C'est une propriété pour la sécurité qui assure contre les principaux risques sociaux et donne à chacun un minimum de ressources pour conjurer les aléas de l'existence.

Il s'agit au premier chef du développement de la protection sociale et de la mise en place de services publics permettant la participation des non propriétaires à la richesse sociale. On suivra le déploiement des différentes réalisations de cette propriété sociale qui paraissait en voie de réaliser le programme d'une sécurité sociale généralisée dans le cadre d'une ""société assurentielle"". On dessinera aussi le mouvement inverse d'ébranlement de cette propriété sociale qui paraît s'accentuer depuis le début des années 1970 avec la crise de la société salariale : privatisations, contestation du service public, remise en cause du caractère universaliste des protections sociales.

La protection sociale a été l'instrument principal de la réhabilitation sociale des non propriétaires sous l'égide de l'État-Providence. Elle n'avait pas supprimé la propriété privée mais donné à ceux qui en étaient dépourvus des garanties homologues en terme de sécurité. À travers son effritement actuel, on peut se demander si on n'assiste pas, en même temps qu'à un recul de l'État dans son rôle protecteur, à un retour en force de l'hégémonie de la figure du propriétaire. Cette hégémonie de la propriété prend aujourd'hui des formes nouvelles : non plus celles du propriétaire terrien, ou du rentier, ni même celles du capitaine d'industrie, mais celles du capital financier."

Date de réalisation :

03/05/2000

Durée du programme :

35 minute(s) et 58 secondes

Classification Dewey :

Problèmes sociaux. Aide sociale, Sciences sociales et humaines

Catégorie :

Conférences

Niveau :

Tous publics / hors niveau

Disciplines :

Services et problèmes sociaux

Fiche LOM-FR :

Obtenir la fiche

Langue :

Français


Générique :

Producteur(s) :

Mission 2000 en France

Réalisateur(s) :

Mission 2000 en France

CASTEL Robert

Robert Castel

sociologue français

Robert Castel est Directeur d'études à l'EHESS-Paris.

A propos de Robert Castel

Né en 1933, agrégé de philosophie en 1959 et Docteur d'Etat ès lettres et sciences humaines.

Après avoir enseigné la philosophie dans le secondaire et avoir été de 1963 à 1967 assistant, puis maître-assistant de philosophie à la Faculté des Lettres de Lille, il a participé avec Foucault, après les événements de mai 68, à la création de l'Université de Vincennes où il a enseigné jusqu'en 1978.

Durant ses premières années de recherche, les centres d'intérêts de Robert Castel portaient essentiellement sur la sociologie de la psychiatrie et de la psychanalyse ce qui a donné lieu à la publication de plusieurs articles dont, en 1969, « L'inconscient social de la psychanalyse », Topiques (?), n° 1, pp. 129-141, ou encore en 1971, « L'institution psychiatrique en question », in Revue française de sociologie, n° 12, pp. 57-92, mais surtout trois livres principaux : Le psychanalysme (première édition Maspero, 1973), L'ordre psychiatrique (Minuit, 1977), La gestion des risques (Minuit, 1981).

A partir du début des années 80, il réoriente ses intérêts en direction de la question de l'invalidation sociale, de la marginalité, de l'État Providence mais aussi des politiques sociales. Il a publié en 1995 chez Fayard Les métamorphoses de la question sociale. Une chronique du salariat.

Actuellement Directeur d'Etudes à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), il vient de faire paraître L'insécurité sociale, qu'est ce qu'être protégé ?, La république des idées, Le Seuil, Paris, 2004.