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Le politique va-t-il mourir ?

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Le politique va-t-il mourir ?

Ce que l'« avènement » de la mondialisation suggère, c'est l'impossibilité de penser l'organisation et la stabilité du monde sur la base d'un simple système interétatique. La mondialisation nous fait passer d'une logique de boules de billard qui s'entrechoquent à une logique de flux qui se mélangent. D'où, d'ailleurs, l'idée de gouvernance mondiale qui sous-tend que la régulation mondiale n'est précisément plus réductible à la régulation exclusive des Etats. On parle de gouvernance parce que l'on ne peut plus parler uniquement des gouvernements. La gouvernance renvoie fondamentalement à l'idée que les choix et les décisions passent de plus en plus par des jeux de transactions entre acteurs de nature différente (Etats, entreprises privées et organisations non étatiques), plutôt que par une logique hiérarchique où un acteur – en l'occurrence l'Etat – dicterait sa conduite aux autres. C'est la raison pour laquelle l'idée de gouvernance exclut la perspective d'un super-Etat macro-régional ou mondial, car les problèmes qu'affronte l'Etat ne sont pas seulement affaire de taille ou de poids. Parler de super-Etat pour répondre à la crise de l'Etat, c'est donc prendre tout simplement le risque d'amplifier, au niveau d'une macro-région ou du monde, la crise de l'Etat. Ce qui vaut pour l'Etat vaut naturellement pour la démocratie. Combattre la dévitalisation de la démocratie par une sorte de translation à l'échelle macro-régionale ou mondiale est tout aussi illusoire. La gouvernance ne saurait donc être une simple affaire de translation institutionnelle vers un niveau plus élevé. Elle est plutôt un processus de réduction de l'indétermination historique qui pèse sur l'avenir de l'Etat à travers la construction d'arrangements entre acteurs hétérogènes du système mondial. Elle est une manière de penser le politique en dehors et au-delà de la question de la souveraineté, question à laquelle a été historiquement liée la réflexion sur l'Etat. La gouvernance sanctionne par là même la fin des visions téléologiques qui assigneraient à un sujet historique – l'Etat par exemple – une responsabilité particulière. C'est la raison pour laquelle toute tentative destinée à assigner à un nouvel acteur – par exemple la société civile – une sorte de nouvelle responsabilité historique qui succéderait à celle jouée par les Etats paraît peu crédible. (Zaki Laïdi, Extrait de « Etat, politique et mondialisation », préface à Un monde privé de sens, Hachette, coll. Pluriel, 2001)

Date de réalisation :

05/07/2003

Durée du programme :

80 minute(s) et 14 secondes

Classification Dewey :

Science politique

Catégorie :

Conférences

Niveau :

Tous publics / hors niveau

Disciplines :

Sciences politiques

Fiche LOM-FR :

Obtenir la fiche

Langue :

Français


Générique :

Producteur(s) :

UTLS - la suite

LAÏDI Zaki

Statut

Politologue, IEP de Paris

Parcours

- 1974 - Agrégation et doctorat d'état en géographie
-1984 - 1993 Chargé de recherche au CNRS
- Depuis 1992, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris
- Depuis 1993 professeur des universités à Reims
- Depuis 2001 conseiller à la direction de la recherche au ministère de la recherche

Spécialités

Jacques Levy est spécialiste en géographie du politique, il a mené de nombreuses missions de recherche sur l'urbanité dans des villes du "nord" et du "sud" et il participe activement au débat sur les villes, l'aménagement du territoire, les relations entre espace et politique, l'Europe et la mondialisation.

Particularités

Zaki Laïdi a écrit de nombreux articles dans des revues nationales et internationales
Il est l'auteur de différents ouvrages :
- Les contraintes d'une rivalité, Paris, la Découverte, 1986
- Enquête sur la banque mondiale, Paris, Fayard 1989
- Un monde privé de sens, Paris, Fayard 1994
- Le sacre du présent, Flammarion, 2000
- Malaise dans la mondialisation, Textuel, 2001
- La gauche à venir, politique et mondialisation, Aube, 2001