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Institut Français d'Études Anatoliennes Georges Dumézil



Sciences et savoirs dans l'Empire ottoman

Ce séminaire mensuel s'inscrit dans le cadre du programme de recherche Sciences et savoirs en mouvements dans les mondes ottomans et post-ottomans coordonné par Philippe BOURMAUD (IFEA / Université Lyon 3 / IFPO) et Aude Aylin de Tapia (EHESS / Université du Bosphore / IFEA / Université Koç)

À la recherche d'une généalogie ottomane des savoirs

Des Balkans à l'Afrique du nord, quelle empreinte l'Empire ottoman a-t-il laissé dans l'ordre des savoirs ? Poser la question, c'est d'emblée souligner la diversité géographique des espaces ottomans et sous-entendre le poids du cloisonnement étatique après le morcellement de l'Empire. C'est aussi poser les territoires ottomans comme espaces de réception et surtout de production de savoirs. Les savoirs de tous ordres, produits, réappropriés et transmis, circulent pour être partagés et pour former des communautés autour de la connaissance.

Nous envisageons les savoirs ottomans de manière à éviter deux écueils principaux. Le premier est de ne s'occuper que de savoirs reconnus par une élite savante. Une telle approche conduirait à mettre l'accent sur les centres de production scientifique, et tout d'abord les capitales. Le séminaire s'appuie sur une conception non normative des savoirs, au-delà des sciences structurées en disciplines et en dispositifs formels de transmission. L'Empire ottoman est-il caractérisé par la concentration des lieux de savoir, par une communauté de savoirs distribuée à travers l'Empire, ou par une différenciation, voire un cloisonnement linguistique et géographique ?

Une science ottomane commune ?

Le deuxième écueil serait de considérer l'Empire ottoman comme une unité épistémologique autonome. Il a hérité de savoirs d'origines diverses et n'a cessé de s'en approprier de nouveaux, venant de tous les horizons. La circulation des savoirs invite à dépasser la fixation, fréquente dans l'historiographie, sur l'avant et l'après des réformes du dix-neuvième siècle et sur l'occidentalisation à partir du Tanzimat. Nous nous intéresserons donc aux échanges culturels et scientifiques avec des voisinages et des ailleurs multiples et pas seulement européens. Nous mettrons également l'accent sur la dimension endogène des savoirs, produits dans l'Empire se diffusant à travers l'Empire.  La circulation des savoirs engendre-t-elle un ou plusieurs mondes ottomans de la connaissance ? Comment se communiquaient les savoirs à travers l'étendue de l'Empire ? Est-ce que le démantèlement de l'Empire a mis fin à une épistémé commune ?

La circulation des savoirs pose des questions sur l'organisation technologique de l'Empire ottoman. Le monde ottoman constitue-t-il un espace propice à la circulation des savoirs tout comme, grâce au réseau des han qui jalonnent le territoire, il peut l'être pour la circulation des marchandises ? D'un côté, il existe des instances scientifiques normatives – pour les savoirs « nobles », les sciences religieuses, la médecine ou l'astronomie. D'un autre côté, les communautés de normes et de savoirs ne sont pas réellement centralisées avant le dix-neuvième siècle. Il y a  un paradoxe apparent : la culture écrite ottomane d'expression turco-arabo-persane semble un outil efficace d'uniformisation des connaissances (mais avec quelles différences sociales, et quelles poches régionales?). En revanche, l'accélération de la diffusion des idées et des informations qui accompagne la généralisation de l'imprimerie démocratise la diffusion des savoirs dans des langues diverses et favorise l'éclosion de nationalismes scientifiques. Si des langues communautaires deviennent les vecteurs de la production de savoir, est-ce pour autant que cela entrave l'intercompréhension entre gens de savoirs dans le cadre politique commun de l'Empire ? Est-ce alors un facteur précoce de cloisonnement en communautés scientifiques distinctes ? Ou bien  les nationalismes scientifiques se manifestent-ils par un dialogue empreint de rivalités, certes, mais plus actif que les échanges entre les communautés scientifiques séparées qui se forment dans les Etats issus du morcellement de l'Empire ottoman ?

L'idée d'un monde ottoman commun de la connaissance a une portée politique. La promotion de la recherche scientifique et l'organisation de la transmission des savoirs peuvent être des « outils d'Empire », pour promouvoir activement une intégration culturelle par l'uniformisation des apprentissages et des compétences scientifiques et techniques. Une telle perspective imprègne-t-elle l'action de l'Etat ottoman ? Si oui, cela s'explique-t-il par la bureaucratisation de l'Empire, par les mouvements nationaux et leurs efforts pour développer une culture savante, ou bien encore par la perspective de la colonisation européenne ?

 
 
FMSH
 
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