JNE 2025 - Conclusion

Retranscription

Mari Le Béchec (Université de Lorraine) — Je dois conclure et promis, je vais essayer d'être hyper, hyper rapide. 
Juste pour saluer une personne qu'on n'a pas vu aujourd'hui, qui est notre collègue de l'Urfist de Paris, Aline Bouchard. Alors oui, vous avez émargé auprès d'elle mais elle n'est pas venue sur scène. Voilà. Or c'est elle qui nous permet en fait au sein de notre réseau, alors ancien réseau pour moi, aujourd'hui de vous réunir. 
Alors cette journée, pour nous, elle n'a pas été conçue à l'aide d'une IA mais par un dialogue, une conversation sans assistance, sans cyborg, si on reprend Donna Haraway, mais peut-être en étant un petit peu augmenté par l'IA. Alors, je souris parce que il y a quelques années, j'avais une formation avec des étudiants de première année où je leur disais que, finalement, dans quelques années, on pourra les augmenter et je n'avais jamais imaginé que ce serait nous en tant que chercheuses qui serions augmentées par l'IA. Ce qu'on peut dire, c'est que nous, dans l'enseignement, ça devient très, très compliqué. Voilà, on ne sait plus si on évalue des étudiants ou si on évalue des IA. Et je trouve que les présentations aujourd'hui, notamment le questionnement sur qui seront les doctorants et aussi les chercheurs et chercheuses de demain, ce sont des personnes qui auront utilisé des IA génératives certainement depuis leurs premières années post doc. En fait, en vous écoutant et en écoutant toutes les présentations très riches aujourd'hui, j'ai repensé à une citation de Jack Goody dans "La Raison graphique"  que je cite un peu de mémoire mais dans laquelle il dit que si on ne peut pas réduire un message à son moyen de communication, tout changement dans les moyens de communication a d'importants effets sur les contenus transmis. Et je trouve que vos présentations aujourd'hui ont souligné un renforcement des faits qu'on voyait déjà avant, l'effet Mathieu, c'est-à-dire qu'on finit par citer ceux qui sont les plus cités. C'est quand même un problème. Un vocabulaire qui peut aussi se restreindre ou renforcer certains termes. On peut dire qu'aussi ça renforce certains usages qui étaient déjà déviants dans la chaîne de production d'articles scientifiques. Et donc, on a une modification dans l'accès et la production des connaissances et on finit, si on reprend Goody, par représenter le monde. 
Alors, on a entendu parler de colonialisme de la pensée peut-être, mais on voit, en tout cas, qu'un certain nombre d'outils qui ont été utilisés ne sont effectivement pas européens. Ce qu'on a aussi vu, c'est que cette machine, elle pouvait nous conseiller et finalement, elle peut être une meilleure conseillère qu'une collègue, qui apporterait donc la confiance en soi. La machine vient donc renforcer ce que j'ai vu ou ce que j'aurais vu. Elle permet aussi de faire de la recherche d'informations peut-être en tant que "patch" sur une surproduction scientifique et on dit qu'effectivement, on n'est ni dans la fraude, ni dans la falsification de la preuve scientifique par ses usagers. Donc oui, on peut s'intéresser à ses imaginaires, on peut certainement s'intéresser aux narratifs. Moi, je viens du domaine aussi des "Platform studies". Ce sont des questions qu'on s'est posé pendant très longtemps et cette question des règles, je pense qu'elle est importante. On a la question de la régulation aussi des règles parce qu'au final, les chartes d'usage, les serments, je dirais même les bons sentiments, ne vont pas, en fait, amener des questionnements sur les données d'entraînement, la sobriété, les questions de modération, de modèles économiques ou de rémunération juste. Et on peut constater, encore une fois, que ce ne sont pas des outils magiques mais qui reposent, on n'en a peut-être pas parlé aujourd'hui mais je sors juste d'une conférence sur le travail invisible et invisibilisé, sur des petites mains qui travaillent, il y a des petites mains qui sont invisibilisées et on a même vu qu'il y a des petites mains qui sont équipées, mais des petites mains qui surveillent, signalent, débranchent, et dans le cadre de nos équipes et de nos collègues de Toulouse, c'est assez impressionnant. 
J'ai juste un tout petit paragraphe. Donc voilà, On s'est posé effectivement des questions sur les modèles économiques et je suis contente, aujourd'hui, qu'on ait aussi parlé d'éthique et de confiance. Peut-on mieux faire, sans jeu de mots sur FAIR(E), c'est une blague pour Émilien ?  Ce qu'on voit  c'est qu'on a des tests, des réflexions, des expérimentations qui sont en cours  et on aura toujours la même question qu'on a eu et qu'on a toujours autour de la science ouverte, c'est qu'elle va être la pérennité de ces infrastructures ? C'est encore un appel pour dire que tout ça ne fonctionnera que si les chercheurs effectivement ont accès pour tous à ces infrastructures et que ces infrastructures sont pérennisées. Alors certainement avec des modèles plus frugaux, avec moins d'impacts environnementaux, avec des infrastructures mutualisées, fédérées et des systèmes, et on sait que ces infrastructures sont des systèmes de communication, et si on reprend Jack Goody, effectivement, elles auront des effets sur les contenus et les savoirs transmis. Notre question de départ, elle était vraiment de comprendre quelles sont les cultures scientifiques, comment mieux comprendre les cultures scientifiques. J'espère qu'on vous a donné des éléments de réflexion. On n'aura pas de réponse aujourd'hui, encore une fois, mais en tout cas,  on voit déjà que ces cultures scientifiques sont impactées par l'IA. 
Merci beaucoup.