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Chapitres
- Présentation00'45"
- Introduction06'51"
- L'intuition numérique13'36"
- Le calcul inconscient19'52"
- Conclusion03'41"
- Questions: partie 113'05"
- Questions: partie 215'38"
Descriptif
Quelles représentations mentales et quelles structures cérébrales permettent au cerveau humain de créer des mathématiques ? Les nouvelles méthodes des sciences cognitives et de l'imagerie cérébrale permettent d'aborder cette question empiriquement, même si nous ne pouvons guère qu'effleurer le sujet en étudiant les plus simples des objets mathématiques : les petits nombres entiers. Je montrerai que la représentation des nombres dans le cerveau humain suit deux lois dont de nombreux mathématiciens, tels Poincaré, Hadamard ou Einstein, avaient pressenti l'existence en faisant appel à leur introspection. Tout d'abord, cette représentation est non-verbale : elle ne fait appel ni aux mots, ni aux aires corticales du langage, mais dépend des régions pariétales associées à la perception de l'espace. En second lieu, elle est susceptible de s'activer en l'absence de toute conscience. La région pariétale fournit une intuition des quantités dont nous ne réalisons l'importance, paradoxalement, que lorsqu'elle est détériorée : une lésion cérébrale, à l'âge adulte comme dans la petite enfance, entraîne une incapacité de calculer et, plus simplement, de comprendre ce que sont les nombres. Ainsi, si les mathématiques de haut niveau se construisent grâce au langage et à l'éducation, leurs fondements les plus élémentaires - concepts de nombre, mais aussi d'espace, de temps, d'opération... - sont à rechercher dans l'organisation même de notre cerveau.
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Texte de la 167e conférence de l’Université de tous les savoirs donnée le 15 juin 2000.
Les bases cérébrales de l’intuition numérique
par Stanislas Deheane
Le cerveau des mathématiciens fascine. Par quels mécanismes un tissu de neurones et de synapses, un imbroglio de neurotransmetteurs peuvent-ils « transformer du café en théorèmes » ? Quelles représentations mentales et quelles architectures neuronales donnent au cerveau humain – et à lui seul – accès aux vérités des mathématiques ? Périodiquement, certains affirment avoir trouvé la réponse dans le cerveau du plus mythique des savants du XXe siècle, Albert Einstein. De son vivant déjà, le grand physicien était sollicité pour toutes sortes d’expérimentations qui suscitaient les commentaires amusés de Roland Barthes : « Une image le montre étendu, la tête hérissée de fils électriques : on enregistre les ondes de son cerveau, cependant qu’on lui demande de ‘‘penser à la relativité’’ ». Plus tard, le précieux encéphale sera préservé, photographié, étiqueté, découpé, perdu et retrouvé. Il ressort périodiquement de son bocal pour de nouvelles révélations. En 1985, Marian Diamond, de l’université de Californie à Berkeley, rapporte une densité plus élevée de cellules gliales, qui constituent l’environnement des neurones corticaux, dans une région pariétale du cortex d’Einstein. En 1999, Sandra Witelson, de l’université McMaster dans l’Ontario, affirme avoir identifié, plus de quarante ans après la mort du physicien, une anomalie macroscopique de son anatomie cérébrale : ses lobes pariétaux seraient enflés, et leurs sillons se seraient si profondément détournés de leur tracé normal qu’une région corticale entière, l’opercule pariétal, en serait absente.
Je fais partie de ceux, nombreux, qui estiment anecdotiques et prématurées ces recherches qui prétendent trouver l’origine du génie dans quelques centimètres cubes de cortex supplémentaire. Malgré leurs avancées spectaculaires, les neurosciences cognitives ne sont pas prêtes à analyser le substrat neural de variations individuelles aussi subtiles que celles qui distinguent un prix Nobel d’un physicien de moindre envergure. Il leur revient de plein droit, par contre, de commencer à explorer ce qu’il y a de commun à tous les cerveaux capables de mathématiques. En dernière analyse, comme l’affirme Jean-Pierre Changeux dans son dialogue avec le mathématicien contemporain Alain Connes, « les objets mathématiques s'identifient à des états physiques de notre cerveau, de telle sorte qu'on devrait en principe pouvoir les observer de manière extérieure grâce à des méthodes d'imagerie cérébrale. » De fait, les nouvelles méthodes des sciences cognitives et de l'imagerie par résonance magnétique permettent aujourd’hui d’aborder empiriquement la représentation cérébrale des plus simples des objets mathématiques, ceux qui sont partagés par l’ensemble de l’humanité : les petits nombres entiers.
Focalisés sur les abstractions des mathématiques les plus récentes, quelques mathématiciens pourront ne voir là que des travaux d’intérêt périphérique sur des objets trop simples qui ne font pas ou plus partie du champ de la recherche mathématique. Ce serait oublier, cependant, que les nombres font partie des briques de base sans lesquelles l’édifice des mathématiques n’aurait jamais pu s’élever. La question des fondements de l’arithmétique occupe une place centrale en philosophie des mathématiques, depuis Platon et Descartes jusqu’à Bertrand Russell ou David Hilbert. Nos recherches suggèrent qu’un des fondements de l’arithmétique, l’intuition du concept de nombre, trouve son origine dans l’architecture de notre cerveau qui représente spontanément, vraisemblablement dès la naissance, ce paramètre essentiel du monde physique.
Les bases cérébrales de l’intuition numérique
Comment cerner l’intuition numérique en laboratoire ? Considérons un exemple très simple : l’addition des petits nombres. L’addition 43+39=51 est-elle juste ? Un coup d’œil suffit pour répondre que non. Sans avoir à faire le calcul, nous reconnaissons que le résultat proposé est manifestement faux. Nous utilisons spontanément une métaphore spatiale : le résultat proposé, 51, est trop distant, peut-être même trop à gauche. Cette opération mentale d’approximation et de comparaison se déroule hors de notre introspection : nous savons que le résultat est trop petit, mais nous ne savons guère comment nous savons que nous le savons. Voilà caractérisée, en quelques phrases, cette intuition arithmétique que nous possédons tous. Il s’agit d’une sorte de carte spatiale, de « ligne numérique » sur laquelle nous posons mentalement les quantités et qui nous permet immédiatement de repérer les relations de proximité entre nombres, en sorte que nous savons immédiatement, mais de façon imprécise, quelle place tel nombre occupe relativement à d’autres.
La simplicité de ce sens du nombre est trompeuse. En effet, en dépit de son minimalisme, notre intuition numérique partage avec l’introspection des grands mathématiciens au moins deux traits fondamentaux. Tout d’abord, la pensée mathématique de haut niveau s’élabore souvent sans le support du langage. « Les mots et le langage, écrits ou parlés, ne semblent pas jouer le moindre rôle dans le mécanisme de ma pensée », affirme Einstein. De même l’intuition numérique ne fait appel ni aux mots, ni aux aires corticales du langage, mais dépend des régions pariétales associées à la perception de l'espace. En second lieu, la découverte mathématique repose sur des mécanismes inconscients. « Ce qui frappe », dit Poincaré, « ce sont les apparences d’illumination subite, signes manifestes d’un long travail inconscient ; le rôle de ce travail inconscient dans l’invention mathématique me paraît incontestable. » En ce qui concerne l’intuition du nombre, cette introspection fréquente chez les mathématiciens peut être confirmée rigoureusement par les méthodes de la psychologie expérimentale, qui démontrent l’existence de calculs subliminaux.
Le caractère non-linguistique de l’intuition des nombres apparaît clairement chez les personnes bilingues. Il faut cependant distinguer clairement le calcul exact de l’intuition des quantités. Le calcul exact dépend des circuits du langage. Tous ceux qui maîtrisent bien une seconde langue peuvent en faire l’expérience : même après des années, il est extrêmement difficile de faire des calculs mentaux dans une langue autre que celle dans laquelle nous avons appris l’arithmétique. Je connais un collègue italien qu’un séjour de plus de vingt ans aux États-Unis a transformé en bilingue presque parfait. Il parle et écrit en anglais dans une syntaxe rigoureuse et avec un vocabulaire étendu. Pourtant, dès qu’il doit faire un petit calcul, on l’entend marmonner les nombres dans son italien natal. Il ne parvient toujours pas à calculer avec fluidité en anglais. Cette anecdote révèle à quel point la mémoire exacte de l’arithmétique dépend du langage. Mais qu’en est-il de la faculté d’approximation intuitive ?
Dans une étude comportementale conduite par Elizabeth Spelke au Massachusets Institute of Technology, des sujets parlant couramment le russe et l'anglais étaient entraînés, dans l'une de leurs deux langues, à résoudre une série de problèmes d'addition. Certains problèmes requéraient une réponse exacte, et ne pouvaient donc pas être résolus par la seule intuition. Les autres ne nécessitaient que l’évaluation d’un ordre de grandeur. Après entraînement dans une langue donnée, on examinait ensuite la capacité des sujets à résoudre les mêmes problèmes posés dans l’autre langue. Au bout de quelques séances, tous les sujets donnaient plus vite la bonne réponse aux problèmes qui demandaient une réponse exacte lorsque la question leur était posée dans la langue utilisée au cours de l’entraînement, que lorsqu’elle était posée dans l’autre langue. Cela confirmait que ces connaissances exactes sont stockées dans le cerveau dans un format linguistique spécifique à une langue donnée. Cependant, les problèmes approximatifs se comportaient différemment : les performances étaient équivalentes dans les deux langues. Une fois mémorisé que cinquante plus quarante-sept font environ cent, répondre à la même question dans une autre langue ne pose aucune difficulté supplémentaire.
Nos connaissances sur les quantités approximatives sont donc stockées sous une forme indépendante du langage. Il y a au moins deux circuits cérébraux du calcul mental : un circuit verbal, qui permet de coder les nombres sous forme de mots et de stocker des tables sous formes de phrases apprises par cœur dans une langue donnée ; et un circuit non-verbal, où les quantités sont représentées sous une forme spatiale, et qui permet l’approximation.
Grâce à l’imagerie fonctionnelle par résonance magnétique (IRM) du Service Hospitalier Frédéric Joliot d’Orsay, nous avons pu visualiser directement quelles aires du cortex cérébral contribuent à ces deux circuits. L’IRM permet de voir l’entrée en activité des circuits cérébraux dans une tâches cognitive. Toute activation d’un groupe de neurones s’accompagne en effet d’une augmentation locale du débit sanguin dans les capillaires qui entourent cette région. Cette augmentation vient compenser la consommation accrue d’oxygène et de glucose dans le tissu nerveux. L’afflux de sang altère les propriétés magnétiques locales des tissus examinés, et modifie de façon mesurable le signal de résonance magnétique. Celui-ci reflète donc, indirectement, l’état d’activité des populations de neurones du tissu.
Pendant la mesure d’IRM, nous avons demandé à un groupe d’étudiants de résoudre alternativement des problèmes d’approximation (par exemple, 2+1 font-ils environ 4 ou 9 ?) et d’autres qui exigeaient un calcul exact (2+1 font-ils 3 ou 5 ?). Bien que les sujets aient été soumis aux mêmes problèmes d’addition dans les deux cas, les résultats ont montré que l’adoption d’une stratégie d’approximation ou de calcul exact s’accompagnait de modifications radicales de l’activité cérébrale. Le calcul exact activait un réseau latéralisé dans l’hémisphère gauche et impliquait des aires associées au traitement linguistique de haut niveau (la portion inférieure du cortex frontal gauche et le gyrus angulaire). Au cours de l’approximation, au contraire, l’activité était bilatérale et équivalente dans les deux hémisphères cérébraux. Elle était centrée sur le sillon intrapariétal, une région située hors des aires du langage et associée à la manipulation des objets dans l’espace. [figure] Cette région cérébrale joue un rôle crucial dans l’intuition des nombres. Elle s’active dès que nous devons réfléchir aux quantités mises en jeu dans un problème d’arithmétique. Bien entendu, elle n’est pas dépositaire de l’ensemble de nos connaissances mathématiques. Il ne s’agit pas d’une « bosse des maths » au sens des phrénologistes du XIXe. Insérée au sein d’un vaste réseau distribué, et en coordination étroite avec les aires associées au traitement des mots et des chiffres, la région pariétale semble contribuer à une fonction restreinte mais cruciale, le positionnement des nombres dans l’espace des quantités.
Figure : Localisation du sillon intrapariétal, où l’on observe une intense activité cérébrale lors du calcul mental et du traitement des quantités. Seul l’hémisphère gauche est visible, vu de trois-quarts arrière.
Activations cérébrales et lecture subliminale
Récemment, Lionel Naccache et moi-même sommes parvenus à démontrer que la région pariétale peut effectuer ses calculs sans que nous en ayons aucunement conscience, confirmant ainsi les hypothèses de Poincaré et d’Hadamard. Dans le domaine des nombres au moins, l’intuition mathématique se fonde bien sur la possibilité d’un intense travail inconscient.
Notre expérience est simple. Un volontaire est placé face à un écran d’ordinateur. On le prévient que vont s’afficher au centre de l’écran, d’abord un signal composé de lettres aléatoires, puis un nombre. Celui peut être écrit en toutes lettres (SIX) ou en chiffres arabes (6). La personne dispose de deux boutons, l’un à main droite, l’autre à main gauche. On l’instruit d’appuyer le plus rapidement possible à droite si le nombre est supérieur à 5, et à gauche s’il est inférieur à 5. Les boutons sont connectés à l’ordinateur, qui mesure à la milliseconde près combien de temps s’écoule entre l’apparition du nombre sur l’écran et la réponse motrice du sujet.
Voilà tout ce que notre volontaire a conscience de faire... mais nous ne lui avons pas tout dit. À son insu, chaque nombre cible est précédé d’un autre nombre totalement invisible, que nous appellerons le nombre amorce. Comment celui-ci est-il rendu invisible ? Nous utilisons une méthode de masquage visuel qui consiste à faire précéder et suivre le mot amorce, que l’on désire effacer de la conscience, par des chaînes de caractères sans signification telles que XHJGKS ou PLMZTA. Lorsque ces lettres sont présentées exactement au même point que le mot amorce, et que la durée de présentation de ce dernier n’excède pas quelques centièmes de secondes, le sujet ne perçoit qu’un clignotement de caractères illisibles. Il est incapable de déchiffrer le mot masqué, ou même d’en percevoir l’existence.
Bien que tous nos volontaires nient ainsi farouchement avoir vu le moindre nombre dans les instants précédant la cible, cela suffit-il à affirmer l’absence de toute conscience ? Comme l’a souligné le philosophe américain Daniel Dennett, il est impossible de savoir si la personne qui nie avoir eu conscience d’une information n’en a effectivement jamais perçu la teneur, ou si elle ne souvient plus d’en avoir brièvement pris conscience. Toutefois, nous pouvons quantifier, de façon objective, à quel point le nombre masqué est inaccessible au traitement conscient. Nous avons recruté un nouveau groupe de volontaires chez lesquels nous avons examiné la capacité de perception des nombres amorces dans des condition extrêmes. Nous fournissions à ces nouveaux volontaires tous les détails sur la nature des nombres amorces utilisés dans notre expérience. Nous leur disions également de focaliser leur attention sur ce nombre amorce, et de négliger totalement le second nombre. Dans ces conditions, parviendraient-ils à recueillir consciemment au moins quelques bribes d’informations sur l’amorce? La réponse fut clairement non. À la durée de présentation utilisée dans nos expériences, les volontaires entraînés ne parvenaient même pas à dire s’il y avait une amorce ou pas (en fait, ils répondaient presque toujours qu’il n’y en avait pas). Ils étaient encore moins capables de dire si l’amorce était un nombre ou une chaîne aléatoire de lettres. Dans les deux cas, leur capacité de détection, mesurée par la théorie de la détection des signaux dans le bruit, était nulle.
La profondeur du traitement de tels stimuli subliminaux dans le cerveau humain a toujours fait l’objet d’un intense débat en psychologie. Certains psychologues soutiennent qu’un mot subliminal peut éventuellement être analysé au niveau de la forme visuelle de ses lettres, mais certainement pas au niveau de son sens. Nos données montrent clairement que leur scepticisme n’est pas justifié. Plusieurs résultats démontrent que le nombre amorce, quoique totalement invisible, peut être comparé inconsciemment avec un autre nombre, ce qui implique que son sens – la quantité qu’il représente – a été analysé. Tout d’abord, les réponses de nos sujets sont accélérées lorsque le nombre invisible représente une quantité proche de celle du nombre qu’ils ont à juger consciemment. Ainsi, il est plus facile de juger consciemment que 6 est plus grand que 5 lorsque cette présentation est précédée du nombre subliminal 9 (qui est également plus grand que 5), que lorsqu’elle est précédée du nombre 1 (qui est plus petit que 5). À l’extrême, cette facilitation devient très importante lorsqu’il y a répétition de la même quantité dans le nombre amorce et dans le nombre cible. « Voir » le chiffre 4, inconsciemment, quelques centièmes de secondes avant de le revoir, cette fois consciemment, accélère grandement notre vitesse de traitement de l’information numérique.
Crucialement, le changement de notation n’affecte en rien le traitement subliminal des quantités. Même lorsque les nombres cible et amorce sont présentés dans des notations différentes (par exemple amorce QUATRE, cible 4), le même degré de facilitation est observé. Ainsi, l’influence inconsciente s’exerce à un niveau de traitement sémantique des informations qui ne dépend pas de la notation utilisée. Serait-ce donc la représentation spatiale des quantités ? Grâce à l’IRM, nous avons pu visualiser directement les aires cérébrales traversées par l’information inconsciente, et démontrer l’implication du cortex pariétal. La répétition subliminale d’un même nombre conduit à une habituation de l’activation cérébrale dans les régions pariétales qui sous-tendent le sens approximatif des quantités. L’influence du nombre invisible s’étend même bien au delà : les aires motrices, qui s’activent lorsque nous préparons un mouvement de la main, montrent une pré-activation induite par l’amorce. Si par exemple, le nombre invisible est plus petit que 5 alors que le suivant est plus grand, on pourra voir s’activer très brièvement l’aire de contrôle de la main gauche, puis la rectification de cette activation en direction de la main droite. Il s’agit là de la première démonstration qu’un stimulus inconscient peut traverser le cerveau de part en part, depuis les aires visuelles jusqu’aux représentations sémantiques et aux circuits moteurs, sans pour autant que le sujet s’en aperçoive.
Que conclure de ces expériences ? Le traitement subliminal des mots fait l’objet d’un très vieux débat en sciences cognitives, et il ne suffira sans doute pas de quelques nouveaux résultats pour convaincre les plus sceptiques. Néanmoins, notre expérience apporte de l’eau au moulin de ceux qui, tels le psychologue anglais Anthony Marcel, affirment depuis longtemps que notre cerveau restitue inconsciemment le sens des mots. Nos manipulations indiquent qu’une chaîne sensori-motrice complexe, qui implique une opération mathématique, peut s’exécuter sans conscience. La particularité de nos expériences est de démontrer que même des instructions arbitraires – appuyez à droite si vous voyez un nombre plus grand que 5 – sont susceptibles de s’exécuter intégralement sans être accompagnées d’un sentiment de contrôle conscient. Quelles sont les limites du traitement inconscient dans le cerveau ? Y a-t-il certaines opérations qui ne peuvent s’effectuer que sous contrôle conscient ? Ces fonctions pourraient-elles expliquer l’avantage évolutif qu’a apporté l’émergence de la conscience chez les primates supérieurs et l’ homo sapiens ? L’exploration de ces questions permettra peut-être de confirmer ou infirmer les introspections des mathématiciens qui rapportent que même des opérations aussi complexes que la démonstration d’un théorème d’algèbre sont susceptibles de s’exécuter en l’absence de conscience.
Perdre l’intuition du nombre
L’intuition du nombre est si profondément ancrée dans la profondeur de nos sillons pariétaux, si inconsciemment présente derrière le moindre de nos calculs, que nous n’en réalisons pas l’importance. Nous comprenons sans le moindre effort que 3 est plus petit que 5. Il nous paraît tellement évident que 2 et 2 font 4 que nous nous interrogeons guère sur l’appareil cérébral qui est à l’origine de cette intuition.
Nous ne prenons conscience de son importance, paradoxalement, que lorsqu'elle se détériore. Depuis près de 80 ans, les neurologues savent qu’une lésion cérébrale de la région pariétale, à l'âge adulte comme dans la petite enfance, peut entraîner une incapacité totale de comprendre ce que signifient les nombres. Dans certains cas, le déficit est si global que même la lecture et l’écriture des nombres devient impossible ; ces objets deviennent soudain si vides de sens que le patient est incapable d’en faire le moindre usage. D’autres patients peuvent conserver de bonnes capacités de lecture et d’écriture des nombres, voire même de récitation par cœur de la table de multiplication. Cependant, même s’ils se souviennent des mots « trois fois neuf, vingt-sept », ils n’en connaissent plus le sens.
À l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, le professeur Laurent Cohen et moi-même avons examiné un homme âgé d’une soixantaine d’années et qui avait eu l’infortune de subir un accident vasculaire dans la région pariétale droite. Il éprouvait de telles difficultés de soustractions que nous avions dû interrompre le test après qu’il ait échoué sur le calcul de 3-1 (il avait répondu 7). Ses difficultés n’étaient pas liées à une modalité particulière de présentation : il faisait autant d’erreurs, que les problèmes lui soient présentés par écrit ou par oral, et qu’il doive produire le résultat à haute voix ou se contenter de le sélectionner parmi plusieurs. Il échouait également dans des tests de comparaison, jugeant par exemple que 6 était plus petit que 5. Dans un test de bissection, il jugea tout naturellement que le nombre qui tombe entre 2 et 4 est 6 « parce que deux-quatre-six ». Il comprenait pourtant notre requête, puisqu’il savait dire quel jour tombe entre mardi et jeudi, ou quelle lettre se situe entre B et D. Seul le domaine des nombres semblait dramatiquement détérioré.
Nous disposons aujourd’hui de plusieurs observations similaires, chez des patients de tous âges et de tous pays. Toutes indiquent que les lésions de la région pariétale s’accompagnent de troubles sévères de l’intuition des quantités – y compris, semble-t-il, chez le très jeune enfant. La dyscalculie du développement est un trouble de l’arithmétique comparable à la dyslexie en ce qu’elle touche une fraction importante des enfants (entre 3 et 6 % selon les rares enquêtes épidémiologiques disponibles). Certains au moins de ces enfants souffrent de déficits isolés de l’arithmétique, remarquablement comparables à ceux que l’on peut observer chez l’adulte après un accident vasculaire. Mes collègues anglais Brian Butterworth et Luisa Girelli ont ainsi étudié un jeune adulte d’intelligence normale, appelé Charles, qui a toujours souffert de difficultés extrêmes avec les nombres. Charles possède une thèse de psychologie, maîtrise le langage à la perfection, et a bénéficié d’une éducation normale doublée de cours particuliers en mathématiques. Néanmoins, il doit toujours compter sur ses doigts pour réaliser le moindre calcul. Les tests psychologiques révèlent au moins deux déficits majeurs. Premièrement, Charles n’a aucune perception immédiate du nombre. Il est incapable de décider combien d’objets sont présents devant lui, même s’il n’y en a que 2 ou 3, si on ne lui laisse pas le temps de les compter. Deuxièmement, l’intuition de la taille des nombres lui fait défaut. Nous prenons normalement d’autant moins de temps pour comparer deux nombres que la distance qui les sépare est grande, sans doute parce que des nombres clairement séparés sont plus faciles à positionner mentalement sur l’espace des quantités. Chez Charles, cet effet de distance est inversé : il lui faut d’autant plus de temps que les nombres sont distants, parce qu’il doit compter même pour se rendre compte que 9 est plus grand que 2.
Aucun examen d’imagerie cérébrale n’a été proposé à Charles. Cependant, un autre cas de dyscalculie du développement, récemment examiné en spectroscopie par résonance magnétique, montre une anomalie focale du métabolisme exactement là où nous postulons que se situent les circuits neuronaux de la compréhension des quantités : la région pariétale inférieure. Il semble que, bien avant la naissance, la migration neuronale des neurones du cortex pariétal ait été anormale. Certaines maladies génétiques, mais aussi d’autres facteurs tels que la prématurité ou l’exposition à l’alcool au cours de la grossesse, semblent favoriser ces dysfonctionnements cérébraux précoces et accroître l’incidence de la dyscalculie.
Intuition et éducation mathématique
La dyscalculie du développement, plus que toute autre donnée empirique, place le cerveau au cœur de notre compétence mathématique. On a cru voir dans les mathématiques une construction culturelle fondée sur l’invention de symboles et de règles formelles, ou encore un langage universel pour décrire la structure de l’univers. Mais cette construction, ce langage, ne prennent leur sens que parce que notre cerveau est doté, dès la naissance, de circuits neuronaux aptes à saisir la structure intuitive du domaine qui deviendra celui des mathématiques. Si les mathématiques de haut niveau se construisent grâce au langage et à l’éducation, leurs fondements les plus élémentaires – concepts de nombre, mais aussi d'espace, de temps, d'opération... – sont à rechercher dans l’organisation même de notre cerveau. Les recherches en neurosciences cognitives de l’arithmétique confirment de façon éclatante la modularité des opérations cérébrales. Le cerveau n’est pas un organe isotrope qui absorberait comme une éponge la culture de son environnement. Il est plutôt comme une collection d’organes, chacun pré-adapté pour préparer l’enfant en développement à trouver, dans son environnement, des points de repères cognitifs. L’école, que ce soit en mathématiques ou dans d’autres domaines, ne peut construire que sur ces intuitions fondatrices incrustées dans nos circuits cérébraux au cours de l’évolution. Qu’une maladie neurologique interfère avec l’une de ces pré-adaptations, et c’est un domaine du savoir, l’arithmétique peut-être, qui risque de s’étioler, voire de disparaître.
Replacer le cerveau et ses représentations modulaires aux fondements de l’apprentissage des mathématiques n’oblige pas à adhérer à une forme naïve de réductionnisme. Il ne faut nier ni l’existence de représentations cérébrales stables des objets mathématiques, ni l’influence de la culture et de l’éducation sur ces états neuronaux. Les états d’activité que nous voyons par imagerie cérébrale chez l’adulte sont le résultat des contraintes croisées de l’apprentissage et de la structure initiale des réseaux cérébraux. Souligner le rôle des contraintes biologiques n’implique aucun fixisme, ni aucune passivité face au handicap. De même que la myopie se soigne par le port de lunettes, rien n’interdit de penser que l’étude attentive des réseaux neuronaux des dyscalculiques ne conduira pas au développement de stratégies d’éducation ou de ré-éducation optimisées pour ces enfants. Au minimum pourra-t-on éviter que ces élèves, qui sont répétons-le d’intelligence normale dans de nombreux domaines, ne soient étiquetés comme cancres ou paresseux et découragés de poursuivre leurs études.
Inversement, l’existence d’une base biologique universelle du sens des nombres n’implique en rien que celle-ci montre des variations anormales chez les surdoués des mathématiques. S’il existe d’authentiques déficits de l’intuition numérique, rien, pour l’instant, n’indique que dans la population normale, certains naîtraient dotés d’une plus grosse « bosse des maths ». Bien au contraire, tout suggère que l’intuition numérique fait partie du patrimoine génétique de tous, mais qu’elle est susceptible de s’épanouir à des degrés divers selon le travail et la passion que nous y apportons. Les enquêtes internationales montrent que les stratégies éducatives européennes, américaines ou asiatiques ont un impact radical sur le taux de réussite des étudiants aux mêmes tests. Les biographies des plus grands mathématiciens soulignent que ceux-ci ont travaillé et réfléchi intensément et quotidiennement, souvent dès le plus jeune âge, avant de voir leur talent s’épanouir. Peut-être le mathématicien de talent est-il celui qui, mieux que les autres, sait exploiter les multiples intuitions que notre cerveau projette sur le monde.
Bibliographie
– Dehaene (S.), La bosse des maths, Paris, Odile Jacob, 1997.
– Butterworth (B.), The Mathematical Brain, London: Macmillan, 1999.
– Dehaene (S.), Spelke (E.), Stanescu (R.), Pinel (P.), et Tsivkin (S.), Sources of mathematical thinking: Behavioral and brain-imaging evidence, Science, 284, p970-974, 1999.
– Dehaene (S.), Naccache (L.), Le Clec'H (G.), Koechlin (E.), Mueller (M.), Dehaene-Lambertz (G.), van de Moortele (P.-F.), et Le Bihan (D.), Imaging unconscious semantic priming, Nature, 395, p597-600, 1998.
– Levy (L.-M.), Reis (I.-L.), et Grafman (J.), Metabolic abnormalities detected by H-MRS in dyscalculia and dysgraphia, Neurology, 53, 639-641, 1999.
– Witelson (S.-F.), Kigar (D.-L.), et Harvey (T.), The exceptional brain of Albert Einstein, Lancet, 353(9170), p2149-53, 1999.
Divers
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Documentaire
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Aux frontières de la science - Les pouvoirs de l'esprit - Nimbus n°28
De l'astrologie à l'ufologie, les parasciences ont envahi nos esprits : 10 millions de français consultent un voyant et 3 millions d'américains affirment avoir eu contact avec des extraterrestres. Les facultés de notre cerveau sont peut-être plus grandes qu'il n'y paraît. Ainsi, l'hypnose, la méditation ou la transe permettent d'accéder à des états de conscience modifiés. La parapsychologie et les travaux de psychokinésie (action de la pensée sur la matière) se sont développés dès les années 30 avec le professeur Rhine. Il est apparu alors que certaines personnes semblent douées de perception extrasensorielle : clairvoyance, prémonition ou encore télépathie... De même, par simple effet de conviction, un placebo peut soigner de véritables maladies. Le pouvoir de l'esprit ne s'arrête pas là. Des millions de personnes ont vu resurgir les sou
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Conférence
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La physique dans le noir
Jean-Marc Lévy-Leblond est un physicien, philosophe et essayiste de renom, professeur émérite de l’Université de Nice Sophia Antipolis. Il dirige la collection Science ouverte aux éditions du Seuil ainsi que la belle revue Alliage (culture, science, technique) qu’il a fondée il y a plus de vingt ans. Il travaille plus généralement à « (re)mettre la science en culture », selon ses propres termes. Ce qu’il fait à merveille ici, avec humour et pédagogie, en nous plongeant dans de grandes questions de l’astronomie et de la physique relatives à la « couleur » noire : du noir de la nuit à celui de la matière, de l’énergie et des trous noir. Avec lui nous prenons conscience de l’immensité des mystères que nous cache encore l’Univers, mais aussi de la relativité de nos modèles de représentation. Conférence organisée le 8 avril 2014, par le Collèg
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Conférence
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Le propre de l'homme ? Il y a de quoi rire !
Picq, Pascal (1954-....)
« Si on fait le bilan de ce que l'on a observé depuis 30 ans chez les chimpanzés, on s'aperçoit que tout ce que l'on avait cru voir se manifester en termes d'adaptation uniquement chez les hommes c'est-à-dire la bipédie, l'outil, la chasse, le partage de la nourriture, la sexualité, les systèmes sociaux, le rire, la conscience, l'empathie, la sympathie, les chimpanzés le font aussi. Donc, soit ils ont tout acquis indépendamment, soit cela vient du dernier ancêtre commun, ce qui est plus plausible. Cela veut dire que déjà dans le monde des forêts, il y a 6 à 7 millions d'années, toutes ces caractéristiques que l'on a cru propres à l'homme existaient et font partie d'un bagage ancestral commun. » Pascal Picq Pascal Picq est paléoanthropologue et maître de conférences au Collège de France où il collabore avec le profes
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Pourquoi mon ordinateur calcule faux?
Boldo, Sylvie (19..-....)
Dans cet exposé Sylvie Boldo nous fait prendre conscience de l'importance des bugs en informatique et des conséquences historiques qu'ils ont pu engendrer. Elle se concentre ensuite sur les problèmes liés aux calculs numériques et montre de manière détaillée et constructive comment prendre la mesure des approximations numériques qui s'effectuent lors d'un calcul numérique au sein d'un logiciel. Elle nous offre à la fois des garde-fous pratiques et une compréhension théorique de la problématique. Cet exposé s'est inscrit dans le cadre d'une formation INRIA proposée en juin 2009 et s'adressait aux professeurs des établissements de l'académie de Versailles proposant l'option Informatique et Objets Numériques à leurs classes de seconde pour l'année scolaire 2009-2010.
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Y-a-t-il une barrière entre l'homme et l'animal ?
Prochiantz, Alain (1948-.... ; neurobiologiste),
Lestel, Dominique (1961-....)
Alain ProchiantzLa question n'est pas "Être OU ne pas être un animal" mais "être ET ne pas être un animal"Qu'appelle t-on la "culture chimpanzée" ?Ce sont toujours les humains qui écrivent sur les chimpanzés et pas l'inverse !L'approche des biologistes : les différences entre les gènes humains et animaux (chimpanzés).La conscience, l'angoisse, la solitude. Dominique LestelComment caractériser l'homme par rapport à l'animal ?Les écrivains (exemple de Romain Gary), les philosophes, les scientifiques ont essayé de déterminer le "propre de l'homme".Le langage et ses caractéristiques, La bipédie, les critères intellectuels (le travail, l'outil...)Les humains sont ils aptes à se comparer à l'animal ? (difficultés conceptuelles, anthropomorphisme, ethnocentrisme)Un exemple d'ethnocentrisme : "Les oiseaux font-ils de la musique ?"
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Conférence
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Connaissances et pensée mathématiques : les bases cérébrales de l'intuition numérique
Dehaene, Stanislas (1965-....)
Quelles représentations mentales et quelles structures cérébrales permettent au cerveau humain de créer des mathématiques ? Les nouvelles méthodes des sciences cognitives et de l'imagerie cérébrale permettent d'aborder cette question empiriquement, même si nous ne pouvons guère qu'effleurer le sujet en étudiant les plus simples des objets mathématiques : les petits nombres entiers. Je montrerai que la représentation des nombres dans le cerveau humain suit deux lois dont de nombreux mathématiciens, tels Poincaré, Hadamard ou Einstein, avaient pressenti l'existence en faisant appel à leur introspection. Tout d'abord, cette représentation est non-verbale : elle ne fait appel ni aux mots, ni aux aires corticales du langage, mais dépend des régions pariétales associées à la perception de l'espace. En second lieu, elle est susceptible de s'acti
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Conférence
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Prolégomènes - Sensibilité animale : qu'est-ce que le biologiste peut apporter au juriste ?
Ce colloque international "La sensibilité animale : approches juridiques et enjeux transdisciplinaires", porté par la MRSH, organisé par Aloïse QUESNE, Maître de conférences en droit privé, sous l’égide de la Chaire Normandie pour la paix, avec le soutien de l’Institut Demolombe, de Caen la Mer et de l’Université de Caen Normandie.
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Entretien
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Freud, Sartre, Huston et les autres. Table ronde
À la fin des années 1950, John Huston, cinéaste passionné d'aventures et d'« exploration », a une idée doublement iconoclaste : consacrer un film de fiction au jeune Sigmund Freud, et en confier le scénario à... Jean-Paul Sartre, le philosophe de l'existentialisme qui avait pourtant dit et écrit ne pas croire à l'inconscient, et qui étonnamment accepte la proposition. Dans Freud, passions secrètes, Montgomery Clift incarnera le rôle du jeune homme de sciences qui, au cours de la période « héroïque » des débuts, à la fois seul, incompris et névrosé, hésitant et déterminé, va recourir à l'hypnose avant d'inventer, à la fin du XIXe siècle, une méthode inédite pour accéder à ce qui échappe à la conscience de l'homme et, en même temps, le détermine. C'est l'histoire de ce scénario impossible et des rebondissements menant au film qui vaut d'êtr
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Conférence
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Que dirait la physique si elle pouvait parler du temps ? par Etienne Klein
Étienne Klein anime une conférence intitulée "Que dirait la physique si elle pouvait parler du temps ?", jeudi 19 mai 2016, de 18 h à 20 h, au Patio. Étienne Klein abordera un paradoxe autour du mot "temps" : alors qu’il ne donne lieu à aucune difficulté dans une simple phrase, il devient très embarrassant dés qu’il est isolé des mots qui l’entourent. Il se change en énigme, devient tourment terrible de la pensée : Qu’est ce que le temps ? S’agit-il d’une substance particulière ? Existe-il par lui même ? Est-il un produit de la conscience ? Étienne Klein nous guidera pour savoir si la physique peut nous aider à répondre à toutes ces questions qui touchent à la fois la métaphysique et notre quotidien. Étienne Klein est physicien, professeur à l’École centrale à Paris et directeur du laboratoire de recherche au Commissariat à l’énergie
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Conférence
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Le cinéma comme art
Makovski, Claude (1936-2020)
Le cinéma comme art par Claude Makovski Abel Gance disait : " Il y a le cinéma et l'art du cinéma ". Il savait de quoi il parlait, lui qui nous a laissé quelques chef-d'oeuvres incontestés du 7ème art : La Roue, J'Accuse ou le prodigieux Napoléon. Après une description introductive à la praxis cinématographique, puis une seconde partie consacrée aux aléas qui jalonnent la jeune histoire du cinéma (105 ans, bientôt 106 : quatre générations d'imaginaires renouvelés), la troisième partie de l'exposé sera dévolue au récit de quelques exemples choisis qui montreront en outre la fragilité de la pérennité des oeuvres cinématographiques, dont l'avenir dépendra de nouvelles vigilances de conservation et d'une prise de conscience non exclusivement sectaire ni marchande du patrimoine filmé, source inépuisable de culture et de création. Enfin, les no
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Conférence
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Adieu à l'esthétique
Schaeffer, Jean-Marie (1952-....)
La relation à l'esthétique se présente dans le cadre de ce que l'on considère généralement comme la philosophie de l'esprit. Il faut préciser que c'est une philosophie de « l'esprit naturalisé » qui considère que l'esprit humain, avec toute ses caractéristiques, la conscience, les articulations cognitives et les normes de conduites, s'inscrit dans la continuité de l'Histoire. Histoire qui est celle de l'évolution du vivant sur la planète Terre. C'est une philosophie pour laquelle l'esprit lui-même est une caractéristique biologique de l'être humain. C'est ce qu'on désigne par le terme « naturalisation ». Il faut préciser que cette conception est loin d'être acceptée par tous les philosophes. Beaucoup considèrent qu'elle a été totalement réfutée par la phénoménologie. Toutefois, c'est ce cadre qui est ici utilisé pour l'analyse de la rela
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Conférence
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EEHU 2014 Ouverture Corps et Esprit
Journée thématique de l’espace éthique hospitalier et universitaire de Lille Mardi 18 novembre 2014 Corps–esprit ? Que soignons-nous ? Qui soignons -nous ? Ouverture. François-René PRUVOT, Coordonnateur de l’E.E.H.U de Lille et représentant de la C.M.E Jean-Olivier ARNAUD, Directeur général du C.H.R.U de Lille Corps - Esprit ? : Corps ou esprit ? Corps et esprit ? Corps-esprit et quoi d'autre ? Un corps malade et un esprit sain ? Un esprit malade dans un corps sain ? Unité, dualité ? Que soignons-nous ? Qui soignons-nous ? Une conscience agissante dans un corps-objet ? Le corps n'est-il qu'un matériel caractérisé par des propriétés physico-chimiques ? N'est-il qu'une substance étendue animée par une substance pensante ? Qu'en est-il de la douleur, de la souffrance, des pulsions ? Qu'en est-il des pathologies à la
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