Cours/Séminaire
Notice
Lieu de réalisation
Rouen
Langue :
Français
Crédits
Jacques Theys (Intervention), Thomas Kekenbosch (Intervention)
Détenteur des droits
CIST
DOI : 10.60527/mc3a-0g48
Citer cette ressource :
Jacques Theys, Thomas Kekenbosch. CIST (FR2007). (2025, 11 décembre). L’histoire de la statistique environnementale. [Vidéo]. Canal-U. https://doi.org/10.60527/mc3a-0g48. (Consultée le 14 janvier 2026)

L’histoire de la statistique environnementale

Réalisation : 11 décembre 2025 - Mise en ligne : 2 janvier 2026
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Descriptif

Cette 2e séance du séminaire 2025-2026 “Quantifier l’écologie. Les enjeux épistémologiques de l’évaluation de la transition écologique territoriale” propose les interventions de :

Jacques Theys, docteur en mathématique et en économie, ex-directeur scientifique de l’Institut français de l’environnement – Une histoire (subjective) de la statistique de l’environnement, du début des années 1970 au Grenelle de l’environnement
Partant de son expérience personnelle, Jacques Theys, ancien rapporteur de la Commission des comptes du patrimoine naturel puis cofondateur et directeur scientifique de l’Institut français de l’environnement (IFEN), présente les grandes étapes de l’émergence puis de la consolidation de la statistique au ministère de l’Environnement – du début des années 1970 à sa fusion avec celui de l’Équipement, en 2007. Il dresse un bilan des progrès réalisés et des insuffisances et met plus particulièrement en évidence les difficultés d’articulation entre contingences normatives, inventions conceptuelles ou institutionnelles et pressions politiques.

Thomas Kekenbosch, doctorant en sciences sociales, Centre Maurice Halbwachs (EHESS) – Introduire l’environnement dans l’économie. Statistiques et comptabilité environnementales en France dans les années 1970
Cette communication suit les travaux menés par des statisticiens et économistes experts qui accompagnent la formation de l’environnement en tant que nouveau domaine de l’action publique en France à partir du début des années 1970. Alors que les savoirs statistiques et comptables sont souvent étudiés comme supports fondamentaux de la croissance économique d’après-guerre, mais aussi de la performativité des savoirs économiques, leur rôle dans l’institutionnalisation de l’environnement est méconnu. Cette étude permet ainsi d’affiner les chronologies de la mise en économie de l’environnement, avant que ne se déploie le paradigme du développement durable et ses indicateurs.
La sociologie économique et celle de la quantification ont mis en évidence le rôle des savoirs statistiques et comptables dans la construction de l’économie, autant comme ensemble de connaissances aux effets performatifs puissants (Desrosières, 1993 ; Didier, 2012) que comme une sphère autonome et gouvernable. La comptabilité nationale est décrite comme une technologie discrète mais centrale dans la bascule vers le paradigme de la croissance économique, devenue l’étalon de la puissance pour les États-nations d’après-guerre (Fourquet, 1980 ; Mitchell, 1998 ; Schmelzer, 2016). Il n’est donc pas anecdotique que les productions et catégories de la statistique publique aient été remises en discussion dans les années 1970, en même temps qu’émergeaient de nouvelles problématiques liées au « tournant environnemental », aux contours débattus. L’environnement “technocratique” se présente comme un cadrage majeur, y compris dans la mémoire collective (Vrignon, 2022). Pourtant, malgré la centralité des travaux sur l’action publique (Lascoumes, 1994), le rôle des statistiques et de la comptabilité nationale dans l’institutionnalisation de l’environnement est peu étudié pour les années antérieures au paradigme du développement durable et au développement des indicateurs afférents (Vanoli, 2013 ; Pagnon, 2022). Impulsée par le nouveau ministère de l’Environnement, la mise en statistiques, puis en comptabilité, de l’environnement, jusqu’à l’intégration dans les modèles de la science économique, est un leg méconnu de cette période. La quantification de l’environnement est un produit autant qu’une condition de l’institutionnalisation et de la mise en gouvernement. Les travaux produits contribuent à solidifier l’environnement comme une “catégorie administrative” (Charvolin, 2003) qui informe le cadrage des réflexivités environnementales contemporaines. A partir de littérature grise et des rapports produits par les comptables nationaux, on observe qu’ils étrennent des difficultés nombreuses dont le dépassement reste au coeur des débats contemporains. La mise en comptabilité implique ainsi un questionnement sur les frontières et la valeur de l’environnement, ainsi que les métriques pertinentes pour le prendre en compte. L’étude de la quantification de l’environnement permet ainsi d’affiner les chronologies parfois discordantes de la “mise en économie” de l’environnement, voire de sa marchandisation (Pestre, 2016 ; Levrel & Missemer, 2019). Ce faisant, elle constitue une caisse de résonance pour suivre les discordances entre la mise à l’agenda politique de l’environnement au début des années 1970 et la temporalité plus longue du travail d’expertise au sein de l’État.

Intervention / Responsable scientifique