Chapitres
Notice
Retranscription
Je me suis intéressé à l'histoire d'enseignement supérieur dès mon recrutement à l'Université d'Angers comme assistant de mathématiques. Ensuite, en prenant des responsabilités, président d'université, puis conseiller d'hommes politiques, je me suis posé la question de savoir s'il y avait quelque chose de synthèse sur les politiques d'enseignement supérieur, leur élaboration, leur contenu, etc. Je me suis rendu compte que rien de tel n'existait, ce qui m'a amené à écrire ce livre. Cette histoire est une histoire politique parce qu'elle s'intéresse à la façon dont les politiques publiques d'enseignement supérieur sont élaborées en France. En France, l'enseignement supérieur est marqué très fortement par son rapport à l'État, donc ces politiques dépendent de décisions des gouvernements, de débats au Parlement, de relations avec les élus locaux, ce que j'essaie d'expliquer dans le livre. Elles dépendent aussi d'acteurs, les professeurs, les enseignants, leurs collectifs, syndicaux ou d'autres natures, sociétés savantes. Elles dépendent des étudiants, de leurs réactions, de leurs demandes, de leurs volontés. Elles dépendent de l'extérieur, les syndicats ouvriers, les syndicats patronaux. J'essaie d'expliquer ces interactions entre le pouvoir d'État, les élus et les forces sociales qui définissent les politiques. J'essaie aussi de faire autre chose, c'est-à-dire de rendre compte de projets qui n'ont pas abouti, qui n'ont même pas été tentés de mettre en œuvre, personne. Je trouve que c'est intéressant parce que ça donne une coloration à ce qui est possible et ce qui n'est pas possible en politique. Beaucoup d'idées sont éternelles dans l'enseignement supérieur. Éternelles, en gros, depuis 250 ans, 200 ans, elles reviennent. L'une que je trouve frappante, l'une d'entre elles, c'est l'idée qu'il faut il faut créer un nombre limité d'universités d'élites en France. C'est une idée qui est très claire dans le cas de Louis Liard à la fin du 19e siècle, un des grands réformateurs, quelqu'un de très impressionnant par ce qu'il a réussi à réaliser. Il voulait avoir six universités en France. À la fin des années 30, d'autres reviennent sur le sujet et proposent le même nombre d'universités, six, neuf universités d'élites. Plus récemment, à partir des années 2000, on a parlé d'une dizaine d'universités d'élite. Voilà une idée qui traverse le temps. En même temps, cette idée ne réussit jamais à faire des choses véritablement conformes à cet objectif. On ne se limite pas à 10 universités d'élite. Et pourquoi elle n'y arrive pas ? C'est parce qu'elle ne prend pas en compte l'extrême diversité des missions des universités, de leurs objectifs, de leurs relations avec les territoires. C'est une idée trop simplificatrice, mais qui subsiste dans le temps. 1968, c'est effectivement une grande rupture. La loi Faure est une réforme importante. Elle met fin à des dizaines d'années de déni sur l'absence de réformes. De 1896 à 1968, l'organisation générale de l'enseignement supérieur est stable alors qu'énormément de choses ont changé. De ce point de vue, il y a une véritable rupture. Des réformes qui n'avaient jamais été faites, souvent discutées mais toujours différées, se réalisent dans un temps très court. En même temps, ces réformes correspondent à des demandes beaucoup plus anciennes. Certaines remontent à la fin du 19e siècle, par exemple avoir un président élu à la tête des universités. C'est évoqué très clairement en 1880, il y a même un questionnaire…
Lire l'intégralitéHistoire politique de l'enseignement supérieur
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Descriptif
Interview de Jean-Yves Mérindol, dans le cadre de la sortie de son ouvrage "Histoire politique de l'enseignement supérieur".
Après un rappel historique de la création des universités françaises au Moyen Âge jusqu’à la Révolution, Jean-Yves Mérindol consacre son étude aux deux cents ans de politiques de l’enseignement supérieur en France à partir du moment où les universités de l’Ancien Régime disparaissent et que des plans audacieux comme Condorcet sont conçus. Et en traversant la grande histoire, pendant les périodes crises, notamment l’occupation et Vichy, en 1968, il s’intéresse aux « événements » qui agitent l’université qui obligent le pouvoir gaulliste à revoir cette architecture, donnant naissance aux universités modernes, sur la base de principes toujours d’actualité : autonomie, interdisciplinarité et participation. On ne peut qu’être frappé par l’actualité des questions posées entre 1789 et 1890 et par la façon dont se cristallisent les représentations sociales et politiques autour de grands clivages toujours actuels : recherche pure/application des sciences ; Paris/province ; grandes écoles/facultés. L’exhaustivité nécessaire afin de pleinement saisir le fonctionnement politique de l’université française apporte une somme qui fera date tant pour les historiens des institutions et de la fabrique du savoir que pour les administrateurs et personnes de terrain. Écrire une histoire politique des universités est un pari ambitieux, il a demandé à son auteur un travail d’une érudition nécessitant rigueur et didactique. Ce travail à la fois méticuleux et limpide ne pouvait sans doute être que le travail d’un enseignant-chercheur ayant également exercé les plus hautes charges dans l’administration des universités et dans le conseil, son expérience ayant nourri à la fois sa compréhension et sa connaissance.
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