Cours/Séminaire
Notice
Lieu de réalisation
Cnrs site Pouchet
Langue :
Français
Crédits
Fabien Lechevalier (Intervention)
Détenteur des droits
CNRS CIS
Conditions d'utilisation
CC BY 3.0FR
DOI : 10.60527/fjpw-se88
Citer cette ressource :
Fabien Lechevalier. CNRS_Pouchet. (2024, 25 janvier). Pour une esthétique du numérique au service de l’humain. De la régulation du design à une régulation par le design. [Vidéo]. Canal-U. https://doi.org/10.60527/fjpw-se88. (Consultée le 25 juin 2024)

Pour une esthétique du numérique au service de l’humain. De la régulation du design à une régulation par le design

Réalisation : 25 janvier 2024 - Mise en ligne : 22 avril 2024
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Descriptif

Pour une esthétique du numérique au service de l’humain. De la régulation du design à une régulation par le design

Ces dernières années, une esthétique propre au domaine numérique s’est développée. Les interfaces numériques jouent dorénavant un rôle essentiel dans notre perception esthétique du monde, comparable à d’autres formes d’art. Cette esthétique ne s’adresse pas au simple amateur du beau mais à des publics précis : du consommateur à l’électeur en passant par l’usager d’un service public. En cela, on peut la qualifier d’esthétique fonctionnelle. Bien que l’utilisateur de services numériques en ait souvent peu conscience, cette esthétique vise à influencer subtilement et significativement ses comportements. Le design de l’interface, grâce à des techniques de tromperie ou de manipulation, est alors en capacité de subvertir et altérer l’autonomie, la prise de décision ou le choix d’un utilisateur dans le cadre de ses activités en ligne. Mais ces formes conçues pour manipuler ou parfois simplement faciliter, au prix fort, notre expérience en ligne ne recueillent plus d’adhésion. Ce désaveu est probablement la conséquence d’une exploitation trop abusive et récurrente des vulnérabilités humaines tant systémiques (asymétries de pouvoir et d’information) que cognitives (rationalité limitée et biais).

Face à ces pratiques, les autorités de régulation et le législateur ne sont pas restés simples spectateurs. Toutefois, les réponses apportées ont tendance à se concentrer sur les seuls aspects juridiques et techniques. Ces deux aspects, bien qu’essentiels, ne tiennent néanmoins pas suffisamment compte de l’espace d’interaction entre l’utilisateur et la machine. C’est précisément dans cet espace, mis en forme par le designer, que la contrainte s’exerce sur l’utilisateur. Paradoxalement, le design semble difficilement trouver sa place dans l’action des régulateurs. Paradoxalement car le design des interfaces apparait comme le médium essentiel par lequel se jouera tant l’encapacitation des utilisateurs que la mise en application réelle des textes réglementaires. Pour compléter l’action des régulateurs, des initiatives contestataires (adversarial design) de designers, chercheurs ou activistes, ont alors émergé ces dernières années. Ces praticiens explorent des alternatives, prototypent des contre-mesures ou introduisent des éléments de subversion et de critique dans le processus de conception qui remettent en question les intentions ou les pratiques indésirables.

Cette présentation invite à la réflexion sur le rôle actif que peuvent jouer les pratiques « adversariales » des designers auprès des pouvoirs publics, notamment les autorités de régulation et le législateur. Elle met en avant l’importance cruciale du dialogue entre juristes et designers pour promouvoir une esthétique numérique plus belle, durable et humaniste.

Fabien Lechevalier est doctorant en droit à l’Université Paris-Saclay. Il est chercheur au Centre d’études et de recherche en droit de l’immatériel (CERDI) et à l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique (OBVIA). Ses recherches portent sur la dimension collective du droit à la vie privée informationnelle, les modèles de gouvernance des données personnelles et sur plusieurs thématiques à l’interface des disciplines du droit et du design. Il a été Visiting fellow au Digital Life Initiative de Cornell Tech. et est membre du NYU Privacy Research Group. Avec un parcours pluridisciplinaire, au croisement du droit, de l’économie et du design, il s’intéresse aux démarches de recherche-action et recherche-création dans le milieu juridique. Il enseigne le droit dans plusieurs institutions (Université Paris-Saclay, Mines-Télécom) et co-pilote actuellement le Lab Surveillance, un laboratoire étudiant éphémère de recherche juridique expérimentale par le design porté par l’ENSCI-Les Ateliers et l’Université Paris-Saclay

Intervention