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Pour un partage des savoirs. (2017, 9 février). Forum Nîmois - Charles GIDE - KREBS 9 FEVRIER 2017. [Vidéo]. Canal-U. https://www.canal-u.tv/61325. (Consultée le 21 février 2024)

Forum Nîmois - Charles GIDE - KREBS 9 FEVRIER 2017

Réalisation : 9 février 2017 - Mise en ligne : 9 février 2017
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Descriptif

L’activité de notre association Charles Gide reprend, pour son cycle de conférences "le forum Nîmois Charle GIDE" Jean MATOUK président de l'assosiation et professeur des universités recoit, le 9 février 2017, à la maison du protestantisme à Nîmes Jean KREBS.

  C’estun plaisir, cher Jean, de t’accueillir ici ce soir, devant ce Forum dont tu esun membre fidèle, avec ta sympathique épouse Brigitte, pour un sujet danslequel tu excelles, la Chine. Avant de te laisser la parole, un mot pour teprésenter à ceux qui ne te connaissent pas encore.

Ancien élève de l’Ecole centrale des arts et manufactures, tut’es orienté vers la Chimie industrielle. Grâce à une bourse Fullbright quin’était pas facile à obtenir, tu as pu aller passer un an à l’Université dePrinceton aux Etats- Unis, puis tu as eu la chance de faire un passage  chez Air liquide, qui est à la chimie des gazet fluides, ce qu’IBM a été à l’informatique. Un séjour solitaire dans l’îleHokkaido t’a convaincu, ensuite  de lanécessité d’apprendre les langues asiatiques. Tu as ensuite débuté ta carrièrechez Mobil, puis, comme il arrive souvent, une banque , le Crédit lyonnais, t’arecruté pour des missions à l’étranger, successivement à New York , où tu ascréé de toutes pièces un réseau de Crédit-bail, à Frankfort où tu étais détachéà la Commerzbank , puis à Berlin est, où tu as été affecté à la restructurationdu machinisme agricole est-allemand.. Tu as ensuite été muté à Honk-Kong pourmettre en place un service de crédit documentaire à l’exportation. Ce quidevait ensuite amener la banque à t’envoyer en Chine continentale, quandcelle-ci s’est ouverte. Mais, prévoyant ou intuitif, tu avais entretempscommencé d’apprendre le chinois. Bien t’en a pris, car tu as dû, seul, là-basobtenir la première accréditation d’une banque capitaliste, avec ouvertures debureaux à Pékin, puis Shanghai et Canton.

Vingt ans plus tard, tu as donc pris  une retraite bien méritée, mais une retraiteactive puisque tu as passé une licence d’histoire de l’art, une maîtrised’archéologie  et tu t’es initiée àl’égyptien hiéroglyphique. C’est dire si nous allons te solliciter souvent pournous parler d’Egypte

Mais, ce soir, tu vas nous parler de la République chinoiseet de son premier Président Sun Yat Sen. Je ne veux évidemment pas déflorer tonsujet. J’en serais d’ailleurs bien incapable. Mais je voudrais exposer deux idées introductives.

La République chinoise a été proclamée à Nankin début 1912,après la chute de la dynastie Qing des Mandchoux, laquelle avait elle-mêmesuccédé à la dynastie Mongols des Yuans. Les européens et les américains n’ontpas été pour rien, il faut le rappeler, dans la déstabilisation de ce systèmeimpérial millénaire, en contraignant la Chine, comme le Japon d’ailleurs, àl’ouverture commerciale. Monde renversé, c’est aujourd’hui  le Président Xi-Jinping qui, en réponse auxrodomontades protectionnistes de Trump, est allé plaider l’ouverturecommerciale à la réunion annuelle de Davos.

Mais cette pénétration commerciale forcée de ceux que l’ondevait appeler plus tard les occidentaux, et qui établirent finalement desconcessions sur le continent chinois entre 1861 et 1900, y ont aussi faitpénétré les idées des Lumières. Elles ont été incarnées par Sun Yat Sen, dontle frère avait émigré aux Etats-Unis, à Hawai, et auprès duquel il a fait ses études.Mais dans le peuple chinois lui-même, déjà, l’avènement de la démocratie, pouremployer le terme de Marcel Gauchet, était à l’œuvre et la courte République chinoise en fut une manifestationévidente. J’ose le dire, la démocratie, le droit du peuple de décider de sondestin, est une tendance profonde et irrésistible de l’humanité.

Mais elle est d’autant plus difficile, donc longue à mettreen œuvre, que le territoire sur lequel elle veut s’étendre est grand et,surtout, peuplé. La Chine du début du XXème siècle comptait déjà 400 millionsd’habitants. D’aussi grandes masses sont difficiles à gouverner d’uncentre ; elles sont  très fertilesen révoltes centrifuges. Si la dynastie Ming, qui régna du XIV au XVIIèmesiècle, y avait un peu mieux réussi, c’est en raison de  sa remarquable organisation, que célébrèrentles premiers jésuites au XVIIème siècle. Notre Vauban s’en inspira d’ailleurspour écrire son fameux modèle fiscale, la Dime Royale.

La République de Sun Yat Sen, par contre, ne tint bon qu’unedizaine d’année, avant la guerre totale que devaient se livrer Mao Tse Toung etTchang Kai Chek, et l’établissement du régime dictatorial communiste.Dictatorial, j’ai presqu’envie de dire par nécessité, au moins temporaire

Mais, aujourd’hui, à nouveau, en Chine, sous ce régime trèsautoritaire , on revoit percer, partout, et bien sûr depuis Honk-Kong qui a« fréquenté » dirais-je, la démocratie britannique, cet avènement desidées libérales. Les dirigeants chinois ne sont pas dans l’âme des dictateurs,et la liberté d’entreprendre, comme toujours, entraîne le désir des autreslibertés, mais ils ne peuvent pas ouvrir trop vite les vannes, car il est alorstrès probable que réapparaitraient les forces centrifuges.

Le même constat peut être fait pour la Russie. A la fin duXIX ème et au début du XXème, l’économie de marché y avait largement pénétré.Une tentative de République, avec Kerenski, se fit également jour, mais leParti social-démocrate, devenu bolchevik, dirigé par Lénine avait pris les devants et ne fit qu’une bouchée deKereski pour établir une République des soviets. Lénine avait  l’illusion qu’après la paix prématurée avecl’Allemagne, puis la guerre contre les « russes blancs » il pourraitdonner une allure démocratique à son projet. Constatant l’échec économiqueimmédiat, il choisit même de réintroduire de l’économie de marché, avec la NEP,mais Staline son successeur, ne peut que constater l’incompatibilité entre uneéconomie planifiée et administrée, et les libertés civiles, sur un telterritoire, même si la population n’était que de 80 millions Il établit donc ,commeMao plus tard,  une dictature politique. Dansce cas, cependant, la démocratie a finalement triomphé, même si, avec Poutine,on note un net recul démocratique sous Poutine. Mais la démocratie russe reprendrason cours. Comme en Chine, même si cela prend des décennies.

Tu vas nous expliciter l’expérience à deux coups, si je puisdire,  de Sun Yat Sen, mais permets moid’ajouter une idée qui m’est venue récemment à l’esprit. Les dirigeantschinois,  ne sont pas de grandsdémocrates, et ignorent, ou, plutôt, feignent d’ignorer  superbement des droits de l’homme que toutesles cultures du monde n’ont pas encore intégrés. Pour autant je pense que cesdirigeants eux-mêmes, savent voir loin Ils connaissent, et incarnent, unehistoire. Grâce à eux, aujourd’hui ,la Chine, face à l’hitlero-capitalisteTrump, à une Russie économiquement naine, donc géopolitiquement  agressive , à l’ «absence» diplomatiquede l’Europe, où manque cruellement un Churchill ou un de Gaulle, avec un ProcheOrient en ébullition et  une Afrique enpleine effervescence économique mais aussi remplie de conflits locaux et depetits potentats corrompus, la Chine, donc, constitue un pôle de stabilitérassurant dans le monde.

Merci de nous éclairer sur une partie passionnante del’histoire de cet Empire du milieu, qui, finalement, porte bien son nom si,comme je viens de l’imaginer, le monde doit se recentrer sur lui. 

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Documentation