L'éducation aux médias et à l'information, ce n'est pas seulement apprendre à analyser des images ou à vérifier des sources. C'est aussi comprendre comment fonctionnent les technologies numériques, les plateformes, les algorithmes, leurs modèles économiques et leurs impacts sociaux, politiques et environnementaux de l'information. Le techno-discernement, c'est cette capacité à prendre du recul sur nos usages, leurs effets et les intentions de ceux qui conçoivent les plateformes. L'idée n'est pas juste de savoir utiliser des outils, mais de comprendre comment et pourquoi ils fonctionnent et de questionner le techno-solutionnisme. L'éducation aux médias et à l'information permet donc de développer une conscience critique de nos usages numériques et de transmettre des connaissances pour comprendre comment fonctionne cet environnement. Elle s'inscrit dans une démarche d'engagement citoyen vers la sobriété numérique. Alors à partir de cette définition du techno-discernement, qui est l'objectif de l'éducation aux médias et de son lien avec la sobriété numérique, je m'appuierai dans cette présentation sur deux grandes dimensions de l'éducation aux médias pour explorer ce qui est possible de faire avec vos élèves. L'éducation aux médias et à l'information, c'est un chemin pour apprendre à s'informer sur le numérique lui-même. Avant de produire ou d'agir, il s'agit de comprendre d'où vient l'info, comment elle circule et quels enjeux elle recouvre. Développer une culture des sources, c'est s'intéresser à la manière dont vos élèves s'informent et les sources qu'ils utilisent au quotidien. On peut par exemple organiser des débats en classe autour de la notion de l'influence responsable, l'occasion d'interroger vos élèves sur les valeurs qui sont portées par leurs influenceurs préférés, de découvrir quelles sont leurs responsabilités sociales et environnementales ? quels sont les modèles économiques qui se cachent derrière ces créateurs ? L'analyse d'études chiffrées sur l'impact environnemental du numérique, qu'il s'agisse de l'empreinte carbone des plateformes, des producteurs de contenu, du streaming ou de l'intelligence artificielle, permet aussi de développer leur esprit critique et les amène à croiser leurs sources. Ils pourront, à l'occasion de ces recherches, découvrir par exemple qu'il existe un certificat de l'influence responsable délivré par l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité qui a déjà certifié près de 2200 créateurs. Dans cette démarche, l'enjeu, c'est aussi de rendre visible l'invisible. Cela peut passer par un travail d'enquête sur les infrastructures du numérique pour montrer que le cloud, par exemple, repose en réalité sur des centres de données très énergivores et que les données qui circulent à l'échelle mondiale le font à travers des câbles sous-marins. On peut aussi aborder très concrètement les conséquences environnementales de nos usages de l'IA. Par exemple, avec l'outil Compar:IA du ministère de la Culture, qui est un outil public et gratuit. Il permet d'interroger à l'aveugle deux modèles de langage conversationnel et de comparer leurs réponses, leurs biais, mais aussi leurs coûts écologiques à travers différents critères. À partir de cet outil, vous pouvez organiser des ateliers à la fois ludiques et critiques pour sensibiliser à l'impact environnemental des usages de l'IA. En comparant en direct les réponses des deux modèles, vos élèves peuvent tester, analyser et échanger ensuite sur les enjeux de la sobriété numérique. Comprendre les sources et les acteurs de l'information, c'est essentiel, mais ce n'est pas suffisant. Il faut aussi s'intéresser à la manière dont l'information nous parvient concrètement, à travers les plateformes et à la façon dont notre attention est sans cesse captée et orientée. Plusieurs compétences sont mobilisées ici. D'abord, la littératie algorithmique pour comprendre comment fonctionnent les algorithmes de recommandation. Ensuite, l'éducation aux données personnelles pour identifier ce qui est collecté et dans quel objectif. Enfin, la compréhension des modèles économiques des plateformes et en particulier des mécanismes de captation de l'attention. Pour les lycéens, le CLEMI propose par exemple une séquence en quatre séances consacrée à l'économie d'attention. Vos élèves commencent par observer les techniques utilisées pour capter leur attention, comme le scroll infini, les notifications, les systèmes de récompense ou le dark design. Ils analysent ensuite la collecte de données à partir des conditions d'utilisation, puis la personnalisation des contenus et la notion de bulle de filtres. Enfin, ils découvrent comment leurs données sont monétisées et comment fonctionne le marché publicitaire fondé sur le ciblage. Ce travail permet aux élèves de comprendre que plus ils passent de temps sur une plateforme, plus celles-ci collectent des données, que leurs interactions influencent directement les contenus qui leur sont proposés et que leur attention est une véritable ressource économique. C'est pour ça qu'on parle d'écologie de l'attention. Comprendre l'économie de l'attention, c'est retrouver du contrôle et remettre du choix là où les plateformes nous poussent à automatiser nos usages. Cette prise de conscience peut être salutaire et déboucher sur des actions concrètes. Des choses toutes simples, limiter, couper les notifications, réduire la qualité de visionnage des vidéos, mais aussi instaurer des temps sans écran pour favoriser la concentration et l'attention et prendre soin de son attention. Une fois que les élèves ont appris à analyser l'information, les sources, les circuits de diffusion et ses impacts, on peut mobiliser une autre dimension essentielle de l'éducation aux médias, la pratique. Les élèves peuvent par exemple réaliser un podcast, une émission de radio, un article, une vidéo sous votre supervision, autour d'une thématique directement liée à la sobriété numérique. Par exemple, créer un contenu avec comme sujet la fabrication des smartphones. L'objectif est de les amener à construire une information rigoureuse et à expérimenter des règles de l'écriture journalistique. Ils travaillent sur la démarche d'enquête, ils hiérarchisent l'information, ils vérifient leurs sources et prennent conscience de la notion de responsabilité éditoriale. Produire de l'information, ce n'est pas seulement restituer des faits, c'est aussi l'occasion de réfléchir au sens et à l'utilité sociale de l'information que l'on produit. Vous pouvez inscrire cette production dans une approche constructive en vous appuyant sur le kit « Journalisme de solutions » proposé par le CLEMI et Reporters d'Espoirs. Cela permet d'enquêter sur des initiatives locales, de proposer des pistes d'action concrètes. Les élèves deviennent pleinement acteurs du changement. Ici, produire un contenu sur la sobriété numérique permet de faire le lien entre information, citoyenneté et transition écologique en s'ancrant dans la réalité locale de vos élèves. Apprendre à s'informer et apprendre à informer sont deux dimensions indissociables pour développer le technodiscernement. En rendant visible l'invisible, en comprenant les mécanismes de captation de l'attention et en donnant aux élèves les moyens de produire une information rigoureuse, l'éducation aux médias à l'information permet de former des citoyens capables de faire des choix numériques éclairés et de contribuer à un numérique plus juste et plus humain.
L'éducation aux médias et à l'information au service de la sobriété numérique
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