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La texture du présent : où en sommes-nous avec le présentisme ?


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La texture du présent : où en sommes-nous avec le présentisme ?

François Hartog

Directeur d'études EHESS


Le présent est notre lieu et notre milieu. Il faut s’en distancier pour en appréhender la texture ; c’est la démarche même des sciences sociales, comprendre plus pour agir mieux. Nous en savons beaucoup sur les différents présents, et en savons de plus en plus avec le développement des big data. Cela risque d’accentuer l’éclatement. Nous appréhendons les détails, pas toujours la composition du tableau. L’historien propose des allers-retours avec le passé, par la comparaison. Présentisme, c’est une prise de distance maximale par la comparaison de présents du passé avec le nôtre. Une nouvelle configuration où le présent a remplacé le futur dans le premier rôle. Le futur éclairait le présent et le passé, obligeant à accélérer vers un futur prometteur. Aujourd’ui, il est devenu impossible de croire que les progrès technologiques et humaines marchent du même pas, d’où une crise du futur depuis les années 70. Le présent prend une place croissante. Le présent devient à la mode et une injonction : travailler et vivre au présent, flexible, innovant. Les technologies de l’information ont démultiplié l’exploitation du « temps réel ». Le présent est devenu omniprésent, fabriquant en continu le passé et le futur dont il avait besoin. Le futur commence « maintenant ». Ces décennies ont été aussi les années « mémoire ». La mémoire et le patrimoine deviennent deux figures du discours politique et médiatique. Des commémorations, des politiques mémorielles se mettent en place, débouchant sur des lois mémorielles. La mémoire est une extension du présent au passé, le plus souvent douloureux, caché ou oublié. Les musées de la mémoire proclament : ne pas oublier pour ne pas recommencer. L’Histoire en revanche, ouvrait vers le futur, téléologique, ce faisant du côté des vainqueurs, la mémoire devenant l’arme des oubliés et des victimes. Diagnostiquer le présent : il y a des présentismes, celui qui est choisi, de ceux qui sont connectés, agiles, et celui qui est subi, de ceux qui ne peuvent se projeter, dans la précarité. Le plus démuni est le migrant, enfermé dans le présent sans fin de la migration. Des temporalités trop désaccordées entre groupes sociaux sont porteuses de danger. La discordance des temps alimente puissamment le conflit social, nourrit des mouvements de refus, de colère, de repli.


Dans les appels à sortir du présentisme ou du court-thermisme, à rouvrir l’histoire et l’avenir, s’opère une prise de conscience que cette bulle, en phase avec l’économie globalisée du capitalisme financier, est porteuse de dangers. En régime présentiste, le temps historique porté par le futur, patine. Ce temps là n’a plus cours, dans le monde du début du XXIe siècle. Une nouvelle conception de l’histoire rétablissant la circulation entre les trois catégories du passé, du présent et du futur, est nécessaire pour faire face au présent et récupérer une capacité d’action. A l’accélération et à l’urgence, on oppose le ralentissement, des modes de vie plus sobres – des petites sécessions silencieuses, plutôt individuelles, dont le nombre augmente, qui ne sont pas agies par la nostalgie du passé, mais par le souci du futur. Mais pour certains, le chemin le plus direct vers l’avenir est celui d’un passé mythifié. Ces critiques du présentisme ont été renforcées par le surgissement de la menace de l’anthropocène. Comme si un nouveau Chronos venait faire éclater le présentisme. L’anthropocène mobilise la catastrophe, comme le présentisme, la catastrophe en marche ou la catastrophe finale, la 6e extinction, l’effondrement, l’apocalypse. Le présentisme se trouve face à un « sombre abime du temps » (Buffon), mais est toujours actif, la révolution numérique poursuivant sa progression. Un temps long se dresse devant les individus vivant dans l’instantané. Certains essaient de donner un visage humain à la condition numérique. La nouvelle condition numérique est déchirée entre deux temporalités incommensurables. Est-il possible d’en faire un nouveau temps historique ? Double mouvement de mise à distance, observer le présent et s’efforcer de regarder la terre comme si on n’en était pas.

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    Date de réalisation : 6 Mars 2020
    Lieu de réalisation : Aix-en-Provence
    Durée du programme : 20 min
    Classification Dewey : Généralités sur les sciences sociales
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    Catégorie : Conférences
    Niveau : niveau Master (LMD), niveau Doctorat (LMD), Recherche
    Disciplines : Sciences de la société
    Collections : Conférences de l'Institut SoMuM, Journée de lancement de l'Institut SoMuM, 6 mars 2020
    ficheLom : Voir la fiche LOM
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    Auteur(s) : HARTOG François
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    Langue : Français
    Mots-clés : passé, futur, présentisme, histoire
    Conditions d’utilisation / Copyright : Licence Creative Commons
 

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