Documentaire
Chapitres
Notice
Lieu de réalisation
Société d'études de Port-Royal, Paris 5e
Crédits
Alexandre Moatti (Publication), Valérie Guittienne-Mürger (Intervention)
DOI : 10.60527/y833-dw30
Citer cette ressource :
Valérie Guittienne-Mürger. cultureGnum. (2025, 10 décembre). Mémoire(s) de Port-Royal . [Vidéo]. Canal-U. https://doi.org/10.60527/y833-dw30. (Consultée le 3 novembre 2026)

Mémoire(s) de Port-Royal

Réalisation : 10 décembre 2025 - Mise en ligne : 23 février 2026
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Descriptif

Enfant du 17e siècle, apportant une modification profonde du rapport de l'Homme à la religion, ce que ses ennemis (les jésuites notamment) appelleront le "jansénisme", a eu une profonde influence politique et religieuse, bien après sa condamnation par le pape et la destruction du monastère par un Louis XIV en fin de règne, années 1709-1713. Aujourd'hui symbolisé par les ruines du monastère de Port-Royal-des-Champs, en vallée de Chevreuse, l'ensemble de ses riches et belles archives est tenu par la Société d'études de Port-Royal, à Paris.

La vidéo, tournée dans l’écrin que constitue cette bibliothèque, se déroule de manière non chronologique. Elle présente d’abord (de manière chronologique) les principaux fonds constituant la bibliothèque, évoquant les événements historiques auxquels ils se rattachent.

Le premier fonds évoqué est celui des archives du monastère de Port-Royal des Champs, ou plutôt de leur copie d’urgence par plusieurs religieuses, les originaux ayant été détruits lors de la suppression du monastère, en 1709 sur ordre de Louis XIV. Le lieutenant de police d’Argenson, chargé de l’exécution de l’ordre royal, avait permis ces copies. L’une est à la BnF, l’autre (Mlle de Théméricourt) dans la bibliothèque de Port-Royal.

Le deuxième fonds évoqué est celui d’Adrien Le Paige (1712-1802), avocat au Parlement de Paris, et un des principaux animateurs du mouvement dit janséniste (ce sont leurs ennemis les jésuites qui les désigneront ainsi). Le fonds Le Paige s’articule autour de plusieurs thèmes : la lutte contre les jésuites et la résistance à la bulle papale Unigenitus (1713), condamnant toute forme de gallicanisme religieux. Cette bulle est faite loi d’État par le cardinal de Fleury, ministre de Louis xv, en 1730 : les « jansénistes » durent alors se battre sur le plan politique comme sur le plan religieux. Le Paige est par ailleurs, aussi curieux que cela puisse paraître – mais à l’époque il n’y avait pas contradiction –, secrétaire du mouvement des Convulsionnaires, qui voient à partir de 1727 des miracles au cimetière de Saint-Médard, que la population parisienne interprète comme favorables au jansénisme.

Le troisième fonds est celui de l’Abbé Grégoire (1750-1831), l’une des principales figures de la Révolution française, partisan de l’abolition de l’esclavage, auteur du statut des Juifs du royaume, par ailleurs fondateur des Arts et Métiers. Même si la Révolution peut paraître lointaine idéologiquement du dit jansénisme, ce dernier est un combat pragmatique contre une emprise papale, et les principes fondateurs de l’Église constitutionnelle (1790) ne lui sont pas totalement étrangers (la volonté de constituer une église gallicane, notamment) – Grégoire fut élevé en Lorraine dans des milieux religieux proches de ces idées, et de la défense de la liberté de conscience en général. L’intervenante insiste sur la vision des relations Église-État qu’avait l’abbé Grégoire, fort différente de celle sur laquelle la France se construira finalement. Le jansénisme sera, tout au long du 19e siècle, un mélange d’archaïsme religieux (à titre d’exemple, il est très réticent à l’idée jésuite d’un « Dieu d’amour ») et de progressisme politique et social.

La vidéo revient par la suite de manière plus approfondie sur ces périodes. Le Paige (lui-même au Parlement de Paris) est au cœur de la résistance des Parlements à l’autorité royale, dans sa longue vie au 18e siècle. C’est un théoricien de droit, souhaitant un droit du Royaume (qui n’existe pas, puisque le pouvoir royal est de droit divin). La bulle Unigenitus (1713) avait condamné le jansénisme comme doctrine religieuse, mais aussi condamné la déclaration de 1682 des évêques de France revendiquant une forme de gallicanisme, c'est-à-dire (entre autres) une volonté de passage obligé par la loi et le droit français pour les édits papaux : d’où cette alliance tacite d’idées entre Parlements et jansénisme « politique ».

En remontant dans le temps, dans l’affaire de la Régale (1673-1693), conflit qui oppose Louis xiv au pape Innocent xi, à propos des revenus financiers des évêchés vacants, les jansénistes sont, cette fois-ci, du côté du pape, défendant les intérêts de l’Église. Ce sera d’ailleurs une des raisons de la condamnation royale ultérieure de Port-Royal par le roi.

Et, toujours en remontant le temps, est évoquée la nomination en 1602 à Port-Royal de l’abbesse Angélique Arnauld (1591-1661) ; elle instaure une règle monacale bien plus stricte, symbolisée par la Journée du Guichet (25 septembre 1609), où les familles n’ont plus accès à la clôture. En 1665, après la première bulle papale Cum occasione (1653) condamnant le «  jansénisme », les moniales se séparent, celles qui restent « jansénistes » restent à Port-Royal des Champs dans la vallée de Chevreuse, les autres s’installant à Port-Royal de Paris.

Enfin, à partir de 1830, le jansénisme est en déclin : après Grégoire, son dernier héraut (quoique non officiel), il sort de l’action pour entrer dans l’histoire. Le Port-Royal de Sainte-Beuve, publié de 1840 à 1859, fixe le mythe d’un Port-Royal littéraire (rhétorique et langage, Pascal, Racine, …), sur lequel on fonctionne encore aujourd’hui. La Société de Port-Royal, sise en son immeuble actuel qu’elle achète en 1817, est au 19e siècle le centre d’accueil du mouvement, qui continue à lutter, contre le dogme de l’infaillibilité pontificale (1870, Vatican I), contre celui de l’Immaculée-Conception (Pie ix, 1854). Les combats politico-religieux sont perdus à partir de Vatican I ; en revanche existe une subsistance des mouvements convulsionnaires – sous une forme plus rationnelle, et à travers la France. Notamment les mouvements de Petite Église (par exemple à Lyon, avec des familles connues de la ville) : héritiers de groupes ayant refusé le Concordat de 1801, ils fonctionnent à présent sans clergé (puisque le clergé issu du Concordat n’est pas reconnu), avec donc des pratiques sacramentelles particulières ; leur caractéristique commune étant d’être anti-romains (voir Jean-Pierre Chantin (dir.), Les Marges du christianisme. « Sectes », dissidences, ésotérisme, Beauchesne, 2001, lien).

Dans cette bibliothèque de Port-Royal, se déroule donc une riche histoire politico-religieuse, parfois contradictoire, en tout cas différente du mainstream, et qui aurait pu avoir des conséquences fort différentes sur l’histoire de France elle-même si ces idées d’un gallicanisme réel s’étaient établies entre 1770 et 1820.

(libre résumé par A. Moatti de la vidéo)

Intervention / Responsable scientifique

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