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Les entretiens du Celsa Mémoire, histoire et patrimoine : gisements du passé, valeurs pour entreprendre?


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Les entretiens du Celsa Mémoire, histoire et patrimoine : gisements du passé, valeurs pour entreprendre?

Dans Le Portrait du roi, Louis Marin [1] commente longuement une lettre adressée par Paul Pélisson-Fontanier à Colbert pour obtenir la fonction d’historiographe du roi. Pélisson y loue l’histoire comme le récit le plus apte à assurer au Roi-Soleil l’admiration du public. Il écrit : « Il faut louer le Roy partout, mais pour ainsi dire sans louange, par un récit de tout ce qu’on lui a vu faire, dire et penser, qui paraisse désintéressé, mais qui soit vif, piquant, et soutenu, évitant dans les expressions tout ce qui tourne vers le panégyrique […]. Il serait à souhaiter sans doute que Sa Majesté approuvât et agréât ce dessein, qui ne peut peut-être pas bien s’exécuter sans elle. Mais il ne faut pas qu’elle paraisse l’avoir agréé, ni su, ni commandé ». Voici une formule, matricielle et prémonitoire, pour tous les conseillers en communication et en opinion, qui nous offre une belle transition entre nos derniers Entretiens, portant sur la légitimation des figures du pouvoir [2], et ce débat, qui regarde l’histoire, la mémoire et le patrimoine. Bien entendu, l’historiographe, professionnel de la rhétorique d’influence, n’est pas l’historien, expert de la distance aux sources. Cependant, notre relation à l’histoire tire sans doute sa force de cette double polarité, la valeur de connaissance d’un récit et le potentiel de valeur contenu par un savoir. C’est donc de nos façons de percevoir, raconter, publier notre relation au passé qu’il est question dans ce débat qui réunit comme tous nos Entretiens les points de vue universitaire, industriel, médiatique et politique. Dans quelle mesure le passé, saisi par la mémoire sociale, la science historique, la médiation patrimoniale, conditionne-t-il la vie des organisations et des entreprises ? Quelle place occupe la mémoire des gestes, des personnalités et des firmes dans l’univers du travail ? L’histoire se laisse-t-elle interpréter, maîtriser, instrumentaliser ? En quoi consiste le patrimoine organisationnel et industriel ? Tout cela représente-t-il de la valeur, des risques, des ressources ? Une définition très générale de la relation au passé, à la mémoire, à l’histoire et au patrimoine, peut servir de point de départ. Il s’agit de celle qui est donnée par Jean Davallon dans Le Don du patrimoine [3]. Toutes les activités sociales s’inscrivent dans un passé, même les plus radicalement innovantes. Il n’y a pas de table rase, pas plus dans les entreprises que dans tout autre domaine. La mémoire sociale caractérise tout ce qui est vivant dans les représentations partagées, ce qui nous permet de donner sens à des objets du passé. Pour prendre un exemple simple, il y a de plus en plus de jeunes qui n’identifient plus la faucille et le marteau comme l’emblème du communisme et nombreux sont ceux qui ignorent pourquoi il a été crucial à une certaine époque de symboliser l’union des ouvriers et des paysans. Et il est probable que les vestiges craquelés des publicités murales de Dubonnet ou de Saint-Raphaël n’évoquent pas pour eux la saga des écritures publiques. Lorsque les objets sortent de la mémoire vivante des personnes, l’histoire se charge de reconstruire ce lien par le biais de méthodes et de concepts, ce qui suppose bien des questions épineuses que nos invités ont évoquées dans leurs travaux et qui portent sur ce qui se voit, se sait, s’écrit. Mais on sait bien que l’historien est de longue date invoqué au tribunal des médias et de la politique. Le patrimoine, quand à lui, relève d’un processus de communication spécifique, que Davallon appelle la « patrimonialisation ». Il consiste à choisir, depuis notre présent, des objets qui pourront être présentés comme une rencontre, une reconnaissance, une consécration du passé. C’est un geste de communication publique, qui suppose des stratégies et des dispositifs, et qui, selon la formule de cet auteur, rend présent le passé dans le présent. Des repères initiaux méritent d’être discutés, enrichis, critiqués, à partir du moment où nous cherchons moins à définir des termes qu’à comprendre des enjeux. Nos invités abordent différemment les relations entre histoire, mémoire et patrimoine parce qu’ils soulignent précisément des enjeux distincts, ce qui fait tout l’intérêt de ces Entretiens. Or c’est bien ce que la mémoire, l’histoire et le patrimoine font à la communication, à l’organisation, à l’entreprise, à l’économie, que nous souhaitons discuter aujourd’hui. Place donc à la déconstruction.

Yves Jeanneret.


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[1] Marin, Louis, Le Portrait du roi, Paris, Les Éditions de Minuit, 1981, p. 49-107.

[2] « Légitimation et déligitimation des figures du pouvoir », Entretiens du CELSA, 21 novembre 2011, avec Michèle Cotta, Simon Goldworthy, Xavier Huillard, Raymond Soubie.

[3] Davallon, Jean, Le Don du patrimoine. Une approche communicationnelle de la patrimonialisation, Paris, Hermès-Lavoisier, 2006.

 

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