Entretien

Entretien avec Camila Guzmán (Rencontres 2007)

Réalisation : 20 mars 2007 Mise en ligne : 20 mars 2007
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Descriptif

Camila Guzmán, fille du cinéaste chilien Patricio Guzmán et documentariste, qui a grandi à Cuba, revient sur son film "Le Rideau de Sucre" (El telón de azúcar, 2007), l'évocation d'une enfance heureuse dans une révolution faite par la génération de ses parents, son départ de Cuba, le fait d'avoir été extérieure aux transformations actuelles de l'île.

Interview : Odile BOUCHET Transcription/traduction : Nathalie PADDON et Séverine SALOMO Production et moyens techniques : CAM/ Université de Toulouse-Le Mirail.

Chapitres
    Intervenants
    Thèmes
    Notice
    Langue :
    Espagnol, castillan
    Crédits
    Université Toulouse II-Le Mirail SCPAM (Publication), Université Toulouse II-Le Mirail (Production), Samir BOUHARAOUA (Réalisation), L'Université Numérique des Humanités (Production)
    Conditions d'utilisation
    Tous droits réservés aux auteurs et à l'Université Toulouse II-Le Mirail.
    Citer cette ressource:
    UT2J. (2007, 20 mars). Entretien avec Camila Guzmán (Rencontres 2007). [Vidéo]. Canal-U. https://www.canal-u.tv/30751. (Consultée le 28 juin 2022)
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    Odile Bouchet : Bonjour, Camila Guzmán. Nous te devons un très beau film dont nous allons parler aujourd’hui, Le rideau de sucre, qui parle de ton retour et de ton enfance à Cuba. Ma première question serait : comment est né ce film ?

    Camila Guzmán : Je crois que ce film est surtout le portrait d’une génération. Une génération un peu différente, un peu spéciale, parce que nous sommes nés et avons grandi pendant les meilleures années de la révolution cubaine. Quand nous avons eu 19 ou 20 ans, il y a eu la chute du mur de Berlin, et avec lui, beaucoup d’autres choses sont tombées. Cela nous a laissés, en parvenant à l’âge adulte, et tous les idéaux avec lesquels nous avions grandi ont disparu. Tu m’as demandé comment a commencé ce projet ? C’est tout un processus, une obsession pendant des années. J’ai quitté Cuba en 91, je suis partie, je n’aurais jamais cru… pour ce qui devait être une courte absence, et je suis revenue en 94, juste avant la crise des balseros à La Havane. Cela a été très dur, non seulement d’arriver et d’assister à ça, mais aussi de rentrer chez moi et de voir que ma maison était à moitié détruite, qu’il manquait des murs, qu’il n’y avait plus de tableaux, que les meubles étaient en pièces. C’est ce que j’ai ressenti. En plus d’un grand mécontentement. À ce moment là, je me suis dit : « Merde, ça n’était pas comme ça avant. Et cet avant était très récent.» J’ai alors ressenti le besoin de préserver, de garder mon enfance dans une petite boîte, le pays de mon enfance surtout, c’est-à-dire une expérience qui me paraissait unique. Je vivais déjà en Angleterre à cette époque-là, j’étais passée par l’Espagne. Je m’étais rendu compte que l’enfance que j’avais eue était en effet bien peu commune, par rapport à celle des anglais, des espagnols. Je faisais du cinéma mais en tant que caméraman, la réalisation ne m’intéressait pas. Je me disais toujours que quelqu’un allait le faire, ça se ferait, quelqu’un allait récupérer ce pays de notre enfance. Et le temps a passé, passé, passé. Je me suis tenue au courant de tous les films cubains qui sortaient, mais personne ne le faisait. Et en 98, j’ai finalement décidé d’écrire ce projet, car je me disais qu’il fallait que quelqu’un le fasse. Je l’ai écrit, je suis allée à Cuba. Je suis restée cinq à six mois à La Havane, pour m’y replonger et reconnaître ce nouveau pays qu’était Cuba à ce moment là, car il n’avait plus rien à voir avec le pays de mon enfance. J’ai écrit un projet, j’en ai parlé à mes amis qui, dès le départ, ont tous été d’accord pour le faire. J’ai commencé à chercher des bourses, quelque financement que ce soit pour faire le film. Et en 2002, j’ai obtenu une petite bourse à Paris, qui m’a permis de filmer. Alors une fois que le film était tourné, je n’avais plus d’autre choix que de le terminer ! Et depuis la fin du tournage en mars, avril 2003, et jusqu’en 2006, j’ai essayé de voir comment achever la post-production. J’ai pu la finir grâce à Cinéma en Construction, qui est d’après moi un espace merveilleux, il en faudrait plus dans le monde. Et grâce à Cinéma en Construction, et au prix de la télévision espagnole, nous avons enfin fini, je l’ai terminée après avoir passé deux ans et demie à faire le montage chez moi, à travailler, à faire le montage, à travailler on and off, travailler pour gagner ma vie, et faire le montage pour faire avancer le film.

    O. B. : C’est un long chemin. Et à Cuba, comment s’est passé le tournage ? Je sais qu’au niveau administratif, tu ne peux rien filmer sans autorisation spéciale. Alors tu montres des écoles démolies, ou bien ce centre de vacances…

    C. G. : Tarará.

    O. B. : Oui, alors comment ça s’est passé ?

    C. G. : J’ai eu le soutien de l’ “Escuela Internacional de Cine y Televisión” de San Antonio de Los Baños avant de commencer à filmer. J’étais déjà en contact avec eux, j’ai envoyé le projet au directeur de l’école, qui était alors (ce n’est plus lui) Julio García Espinosa, et l’EICTV a décidé de soutenir mon projet, ce qui a été merveilleux. C’est finalement grâce à cela que j’ai pu filmer. En effet, sans leur soutien… Surtout en ce qui concerne les écoles, parce qu’ensuite dans les rues, dans les maisons, dans les supermarchés même… j’ai filmé un vote et on ne m’a rien demandé, sauf dans les écoles. Et par l’intermédiaire de l’école de cinéma, nous avons demandé une autorisation au Ministère de l’Éducation et nous l’avons obtenue après une longue attente. Je n’ai eu aucun problème pour filmer.

    O. B. : De toutes façons c’est pareil en France, il faut une autorisation pour filmer dans une école. Ceci n’a rien d’étrange.

    C. G. : Non je sais, en France il faut même un permis pour filmer dans la rue, pas à Cuba.

    O. B. : Bien...

    Odile Bouchet. : Dans le film, une scène m’a beaucoup marquée, c’est le moment où ta maman s’exprime, face à la caméra, et toi on te voit dans un miroir en train de la filmer, c’est-à-dire qu’on te voit qui regardes dans la même direction qu’elle, et elle est en train d’évoquer son départ du Chili. C’est un moment très fort, car ta maman est visiblement émue de parler et je voulais savoir comment tu as vécu ça, et quelle a été la présence de ta maman dans la révolution, dans l’une et dans l’autre, tout ça...

    Camila Guzman. : Je crois que pour la génération de ma maman, celle de tous les parents de mes amis, ils vivent une autre histoire, une autre... Ils ont une autre relation, notamment envers la situation actuelle à Cuba. Je crois que ce sont des gens... c’est la génération qui a construit la révolution : quand nous étions enfants, eux, ils construisaient ce pays, qui pour nous était le paradis, et pour qui ils ont tout donné. Ma maman n’a jamais été activiste ni impliquée politiquement, mais d’une façon ou d’une autre, chaque personne dans la société contribue à cette construction. Ma maman croyait à fond dans ce projet, comme la majeure partie des parents de mes amis. Et je crois que c’est une relation très difficile aujourd’hui pour cette génération de reconnaître les erreurs qui ont été commises, les erreurs de la société cubaine actuelle et j’ai ressenti un décalage entre ma maman et moi, qui reflète celui qui existe entre les deux générations. Je crois qu’à Cuba aujourd’hui il existe une grande séparation générationnelle, ce qui est très bizarre, parce qu’après..., moi avec la génération de ceux qui ont vingt ans maintenant, je ne trouve strictement rien en commun. Et je crois que ces générations ne se comprennent pas, que chacune a eu son propre pays..., et le pays actuel, je ne le comprends pas vraiment, et je ne le connais pas non plus. À propos de ce plan, celui de l’image de ma maman, je crois que cela a été filmé un peu inconsciemment ; je savais que quelque chose allait sortir de cette entrevue, mais jamais je n’aurais pensé que ce serait ça. Je pensais qu’elle allait me parler de son arrivée à Cuba, de ses premières années qui furent vraiment remplies de bonheur. Je l’ai interviewée car je pensais qu'elle avait des souvenirs plus précis que les nôtres qui étions enfants. Jamais je n'avais pensé qu'en regardant ces photos, elle me parlerait du coup d’État au Chili.

    En découvrant tout ça au montage, j’étais très contente qu’elle ait mentionné comme au passage mes origines chiliennes, car moi, je ne voulais pas avoir à dire : « Je suis née au Chili… », ça ne me paraissait très ennuyeux.

    Cela m’a beaucoup surprise, tout ce qu’elle m’a dit ; je crois que la séquence a été très difficile à filmer, et si je me suis mise à côté d'elle dans le miroir, c'est parce que pour elle aussi c'était difficile que je la filme, de fait, elle m’avait dit non ... (je reprends la phrase), de fait elle m’avait dit non à plusieurs reprises, qu’elle ne voulait pas que je la filme, jusqu’à la veille de la fin du tournage où elle me dit que si, qu’elle se devait de le faire, c’était inévitable, et comme j’ai compris que c’était si difficile pour elle de se laisser filmer, j’ai voulu l’accompagner sur l’image, je me suis dit, on est ensemble dans cette affaire, et c'est pour ça que j'ai mis le miroir, tu vois ? Je n’avais jamais pensé que... C’est un cadre, un cadrage, un encadrement ... Je crois que ça aussi a été inconscient.

    O.B. : Oui, car vous terminez en regardant toutes les deux dans la même direction, ce qui est aussi très intéressant...

    C.G. : Je ne sais pas, c’est... Oui, il y a beaucoup de gens qui viennent me parler de cette scène.

    O.B. : C’est que c’est très fort. On le reçoit..., en tout cas, moi, ça m’a beaucoup impressionnée. C’est vraiment une scène marquante. Quand tu parles de ton enfance heureuse, il y a un autre personnage, je crois que c’est le jeune homme aux cheveux si longs, qui dit qu’avoir eu cette enfance-là vous a donné à vous autres une force extraordinaire. Cela est aussi très bien, et doit t’avoir rendue différente des autres, mais avec plus de force.

    C.G. : Quand il dit différent, je le dis aussi, et je trouve que c’est très positif, comme expression. Mon enfance a été meilleure que toutes celles des amis que je connais en dehors de Cuba, et j’en suis très reconnaissante à Cuba, je crois que nous sommes ce que nous sommes grâce à notre enfance, et d’une certaine manière, je crois que c’est ce qui nous permet de tenir jusqu’à présent, malgré l’exil, malgré les désillusions.

    O.B. : Parlons maintenant de ton départ de Cuba, puisque tu viens de parler d’exil, justement.

    C.G. : Quand je suis partie de Cuba, c’était pour un voyage de six mois, pour travailler, pour faire un peu d’apprentissage sur un tournage de mon papa, et voilà tout, j'allais voyager six mois et ensuite revenir. Mais les programmes ont changé à l'université, et au lieu de rentrer au bout de six mois, je devais revenir après un an et demi, parce qu’il fallait que je recommence le premier semestre, bref, c’était compliqué. Donc, ces six mois sont devenus un an et demi, et ça m’a menée à 1993, au plus fort de la crise à Cuba. Il n’y avait rien, littéralement rien : pas d’eau, pas de nourriture, pas d’électricité, pas de gaz, pas de voiture, rien. Je me souviens de mes amis, avec lesquels j’avais toujours gardé le contact, qui commençaient à dire : « Ici ?! Tu reviens? Mais quoi faire ? Tu es folle, il n’y a plus rien ici, ne reviens pas. » Et de si loin, je comprenais mal. On ne se rend pas compte, il faut le voir pour le croire ; ma propre sœur allait à l’université en vélo et je me disais : « Hein, quoi ? Pourquoi pas, après tout ? ». On ne s’imagine pas le contexte tel qu’il est.

    Alors, j’ai commencé à différer mon retour et je suis donc partie étudier en Angleterre, pour rentrer en 94 et j’ai vu ce qu’ils m’avaient raconté, ce qui m’a profondément déprimée, et au sujet de l’idée du film, qui était ta première question, voilà, finalement en 92-93, j'ai décidé d'attendre, d'attendre de rentrer, et j'attends toujours. Je ne me suis jamais dit : « Je pars », tu comprends ? Je suis partie pour une raison bien précise, puis j’ai dû attendre un peu, puis un peu plus, et j’ai attendu, attendu, attendu... et je continue d’attendre.

    O.B. : Bien, Camila, je te remercie beaucoup d’avoir répondu à toutes ces questions. Bon séjour ici à Toulouse.

    C.G. : Tout se passe très bien, c’est l’un des festivals les plus agréables que je connaisse.

    O.B. : J’en suis ravie.

    C.G. : Un grand merci pour l’accueil.

    O.B. : Nous avons défendu ton film, auquel nous croyons beaucoup. Nous sommes donc très contents de te voir ici.

    C.G. : Merci infiniment.

    O.B. : Merci à toi.

    ,

    Odile Bouchet : Buenos días Camila Guzmán, te debemos una película muy bonita, y de ella vamos a hablar ahora, El telón de azúcar, sobre, bueno, tu retorno y tu infancia cubana. Bien. Entonces, bueno la primera pregunta sería cómo surge esa película ?

    Camila Guzmán : Sí, es una película que yo creo que es sobre todo un retrato de generación. Una generación creo un poco diferente, un poco especial porque crecimos y nacimos, nacimos y crecimos en los años más bonitos de la revolución cubana y cuando cumplimos 19, 20 años, se cayó el muro de Berlin y con eso se cayó, se cayeron muchas otras cosas. Y nos dejó un poco, o sea, entrando en la edad adulta y todos nuestros ideales con los que habíamos crecido desaparecieron. Y ¿cómo empezó el proyecto, me preguntaste? Es un proceso muy... es una obsesión de muchos años. A ver... yo me fui de Cuba en el 91, me fui ..., nunca pensé que fuera... me fui por un tiempo corto, y volví en el año 94 y fue justo antes de la crisis de los balseros en La Habana, que fue terriblemente duro de ver, de llegar y ver eso, y no solamente eso, fue llegar a mi casa y que mi casa estaba semidestruida, faltaban paredes, no habían cuadros, los muebles estaban destrozados, algo así sentí yo. Y además un descontento muy grande. Y en ese momento dije, yo me dije a mí misma : “Coño, pero antes no era así, antes había sido hacía muy poco.” Y en ese momento como que tuve la necesidad de preservar, de guardar en una cajita mi infancia, mi país de infancia sobre todo, o sea una experiencia que a mí me parecía única. Yo ya vivía ahí en Inglaterra en esa época, había pasado por España. Me había dado cuenta que efectivamente la infancia que yo había tenido era bastante poco común, porque ya la confrontaba a la de los ingleses, de los españoles. Y me dije, bueno yo esta haciendo cine pero hacía cámara no hacía... no me interasaba realizar, y siempre me decía alguien la va a hacer, alguien va a hacer... a recuperar este país de nuestra infancia, ¿no? Y pasó el tiempo, pasó el tiempo, pasó el tiempo, y yo siempre he seguido todas las películas que sean de Cuba y que sé yo, y nadie la hacía. Y en el año 98, finalmente decidí escribir el proyecto porque me dije, esto alguien tiene que hacerlo. Escribí el proyecto, estuve... de ahí me fui a Cuba, estuve unos cinco seis meses en La Habana, remetiéndome en el país, reconociendo ese nuevo país que era Cuba en ese momento porque ya no tenía que ver con mi país de infancia. Y escribí un proyecto, se lo hablé a mis amigos, en esa época estuvieron todos del principio muy de acuerdo de hacerlo. Y empecé intentar a buscar ‘bourses’, o sea becas, algún tipo de financiamiento para hacer la película. Y en el 2002, obtuve una beca, una pequeña beca en París, que me permitió ir a filmar. Entonces ahí, bueno, una vez que está filmada la película ya no tenía opción, había que terminarla. Y estuve... desde, marzo, abril del 2003 que terminó la filmación, hasta 2006 intentando viendo cómo finalmente terminar la postproducción, que se terminó gracias a “Cine en construcción”, que es un espacio a mi juicio maravilloso, que habría que hacer más “Cine en construcción” en el mundo. Y gracias a “Cine en construcción”, y al premio de Televisión Española, finalmente terminamos, terminé después de haber estado dos años y medio montando en casa, trabajando, montando, trabajando, ‘on and off’, trabajando para ganarme la vida y montando en casa, avanzando con la película.

    O. B. : Bueno, o sea que es un largo trayecto. Y en Cuba, ¿qué tal resultó la filmación?, si fue... yo sé que a nivel administrativo, tú no puedes filmar absolutamente nada que no tenga su permiso especial. Entonces tú muestras escuelas derruidas, o sea el centro vacacional ese...

    C. G. : Tarará.

    O. B. : Sí, bueno, ¿cómo fue eso ?

    C. G. : Yo tuve... tuve el apoyo de la Escuela Internacional de Cine y TeleVisión de San Antonio de Los Baños, antes de irme a filmar. Ya estaba en contacto con ellos, le mandé el proyecto al director de la escuela, entonces que es, que ya no es, Julio García Espinosa, y la EICTV decidió apoyar mi proyecto. La EICTV decidió apoyar el proyecto, lo cual fue una maravilla, fue... gracias a eso finalmente se pudo filmar. Sin el apoyo de ellos efectivamente... sobre todo para las escuelas, porque después en las calles, en las casas, en los supermercados incluso, en... yo filmé una votación, no me pedían nada, no pasaba nada o sea realmente donde hace falta es en las escuelas. Y a través de la escuela de cine, solicitamos un permiso al Ministerio de Educación que después de un largo tiempo de espera, obtuvimos. Y yo no tuve ningún problema para filmar.

    O. B. : De todas formas en Francia es lo mismo, hace falta un permiso para filmar en una escuela. No es nada del otro mundo.

    C. G. : Sí, yo sé, yo sé, yo sé, incluso en Francia se necesita un permiso para filmar en la calle, en Cuba, no.

    O. B. : Bueno...

    O.B. : En la película, hay una escena que a mí me llamó bastante la atención que es el momento en que habla tu mamá, frente a cámara, y a ti se te ve por un espejo filmándola, es decir que se te ve a ti mirando para la misma dirección que tu mamá. Y tu mamá está evocando el momento en que se va de Chile, y bueno, ese momento que es fuerte porque tu mamá está muy emocionada hablando, yo quería saber un poco, pues, cómo lo vives tú, cómo fue la presencia de tu mamá en la revolución en una, en otra, y eso...

    C.G. : Yo creo que para la generación de mi mamá que es la generación, o sea como todos los padres de mis amigos, viven otra historia, viven otra..., tienen otra relación, incluso con la situación actual de Cuba, ¿no?. Creo que son gente, es una generación que construyó la revolución, o sea cuando nosotros éramos niños, ellos estaban construyendo este país, que entonces nos parecía un paraíso y dieron todo por ello. O sea mi mamá nunca fue activista ni política, pero de alguna manera cada persona de la sociedad contribuye a eso, y mi mamá creía muchísimo en ese proyecto, como la mayoría de los padres de mis amigos, y yo creo que es una relación muy difícil hoy día para esta generación el reconocer los errores que se han cometido, los errores de la sociedad cubana de hoy, y que he sentido un ‘decalage’ entre mi mamá y yo, que es el mismo que existe entre las dos generaciones. O sea yo creo que en Cuba ahí, hay grandes divisiones generacionales, que es muy extraño, porque después yo con la generación de los chicos de veinte años, no siento absolutamente nada en común, yo creo que las generaciones somos incomprendidas porque cada una tuvo su país y el país de ahora yo no lo entiendo mucho, no lo conozco tampoco. Y sobre el plano, sobre la imagen de mi mamá, creo que fue filmada con un poco de inconsciencia, yo sabía que algo iba a salir de esa entrevista pero nunca pensé que fuera eso. Yo pensé que ella me iba a hablar de cuando llegó a Cuba, sus primeros años, que fueron realmente felices ; y yo la entrevisté, pensé que a lo mejor ella tenía recuerdos más precisos que los que teníamos nosotros que somos niños. Nunca pensé que al ver esas fotos, ella me hablara del golpe en Chile.

    O.B. : Y después cuando descubrí eso en la sala de montaje, me dio mucha alegría de que ella me hablara de pasada para contar mis orígenes chilenos que yo no quería que fuera mi voz diciendo : “Yo nací en Chile...,” que me aparecía muy aburrido, ¿no?

    C.G. : Y me sorprendió mucho, pues eso, todo lo que ella me dijo, y fue una secuencia bastante difícil de filmar yo creo, y si me puse al lado de ella en el espejo, es porque para ella también fue difícil que la filmara, y siempre tuvo...bueno de hecho me dijo que no, ...(retomo la frase) de hecho me dijo que no, que no quería que la filmara varias veces, hasta que el día antes de irme de la filmación, me dijo que sí, que ella lo tenía que hacer, no tenía nada que hacer, y como vi que para ella era tan difícil dejarse filmar que quise acompañarla al imagen y estamos juntas en eso, y por eso puse el espejo ¿sí? Nunca pensé que..., es un cuadro, es un “cadrage”, un encuadre, creo que es bastante inconsciente también.

    O.B. : Si, porque terminan mirando las dos en la misma dirección, lo cual es muy interesante también...

    C.G. : No sé, es... Sí, hay mucha gente que me habla de este plano, mucha gente.

    O.B. : Es que es muy fuerte... Uno lo recibe..., o sea a mí me impactó mucho, es fuerte realmente. Ahora, cuando tú hablas de tu infancia feliz, hay otro personaje, me parece que es el muchacho que tiene ese pelo tan largo, que dice que de todas formas haber tenido esa infancia, les da a ustedes una fuerza extraordinaria. Y bueno, eso también es bonito, serás diferente de otros, pero tendrás más fuerza.

    C.G. : Cuando dice diferente yo incluso lo digo... pero a mí, ser diferente lo entiendo muy positivo la palabra. Yo siento que mi infancia fue mejor que todas las infancias de los amigos que tenía a fuera de Cuba y le agradezco mucho a Cuba, creo que somos lo que somos gracias a esa infancia y de una alguna manera sí, es eso lo que nos sostiene hasta el día de hoy, a pesar del exilio, a pesar de la desilusión.

    O.B. : Hablemos ahora de tu salida de Cuba, pues, ya que vienes de hablar de exilio.

    C.G. : Cuando me fui de Cuba, me fui por un viaje de seis meses, a trabajar, a trabajar un poco de aprendiz, en un rodaje con mi papá, y nada, viajé para seis meses y a los seis meses, iba a volver. Y en eso, cambiaron los programas de la universidad y en vez de volver a los seis meses, tenía que volver al año medio porque tenía que retomar todo del primer semestre, bueno... complicado. Entonces bueno, esos seis meses se conviertiron en año y medio, y en ese año y medio era el año 1993, que en Cuba era..., había una crisis tremenda, no había nada, no había nada, literalmente nada : agua, comida, luz, gas, carros, nada, y me acuerdo que bueno yo siempre mantuve cartas, contactos con mis amigos, mis amigos empezaban a decir “¿A qué? tú vuelves ¿a qué ? Estás loca, aquí no hay nada, no vuelvas.” Y yo no entendía mucho de lejos, ¿no? Porque no te das cuenta, hasta que tú no ves lo que se cuenta, mi hermana se iba a la universidad en bicicleta, decía : “Hmm, ¿qué? Bueno, ¿porqué no?” pero no te imaginas el contexto cómo es.

    Y yo empecé a postergar el retour y por eso me fui a Inglaterra a estudiar para volver en el 94, y porque vi lo que me habían ido contando, entré en una gran depresión, y sobre la idea de la película que es la primera pregunta que me preguntaste, y entonces nada, o sea cuando finalmente en 92-93, decido esperar, o sea esperar para volver, y todavía estoy esperando.

    Nunca decidí : “Me voy”, ¿entiendes ? Me fui por una cosa muy específica, esperar un poco más, y esperé y esperé y esperé y esperé...y estoy esperando.

    O.B. : Bueno, Camila, te agradezco mucho haber respondido todas las preguntas. Que pases una buena estadía aquí en Toulouse.

    C.G. : Lo estoy pasando muy bien, es uno de los festivales más agradables en que he estado.

    O.B. : Me alegro.

    C.G. : Muchísimas gracias por la acogida.

    O.B. : Es que nosotros hemos defendido tu película, creemos en ella. Entonces nos interesa verte aqui.

    C.G. : Muchísimas gracias. Muchas gracias.

    O.B. : Gracias a tí.

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