Entretien

Entretien avec Carmen Posadas

Réalisation : 10 janvier 2007 Mise en ligne : 10 janvier 2007
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Descriptif

Invitée à Toulouse par l'Association Lectures Contemporaines, le 8 novembre2005, Carmen Posadas, écrivain uruguayenne de nationalité espagnole et PrixPlaneta 1998, est venue présenter "Le bon serviteur", récemment traduit enfrançais, aux étudiants et enseignants de l'UTM. Cet entretien fait suite pourdécouvrir sa personnalité et aborder son oeuvre et son travail d'écrivain.

GénériqueMontage : Bruno Bastard Interview, traduction et transcription : Matilde Munoz.

Chapitres
    Intervenants
    Thèmes
    Notice
    Langue :
    Espagnol, castillan
    Crédits
    Université Toulouse II-Le Mirail SCPAM (Publication), Université Toulouse II-Le Mirail (Production), Bruno BASTARD (Réalisation)
    Conditions d'utilisation
    Tous droits réservés à l'Université Toulouse II-Le Mirail et aux auteurs.
    Citer cette ressource:
    UT2J. (2007, 10 janvier). Entretien avec Carmen Posadas. [Vidéo]. Canal-U. https://www.canal-u.tv/33233. (Consultée le 18 août 2022)
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    Matilde MUÑOZ : Bonjour Carmen Posadas, et un grand merci d’être ici avec nous. Nous allons profiter de ton séjour ici à Toulouse, pour te poser quelques questions. Raconte-nous ton parcours : comment as-tu commencé à écrire, pourquoi ?

    Carmen POSADAS : Bon, il y a longtemps que je vis en Espagne, mais je suis uruguayenne et je commençai à écrire, je suppose parce que j’avais de grandes difficultés à parler ; vraiment. Lorsque j'étais petite, j’étais très timide et à la maison chaque membre de la famille était brillant et avait toujours des choses fantastiques à raconter, tandis que moi je n’avais jamais d'idées. Alors j’allais dans ma chambre et j’écrivais. Et bien plus tard, je commençai à publier ; vers l’âge de vingt trois ans environ. Ecrire, j’ai toujours écrit.

    MM : Alors, qu’est-ce que écrire représente pour toi : une manière de s’interroger, de réfléchir sur la vie ou bien d’obtenir des réponses ?

    CP : Eh bien oui, je pense que finalement c’est réellement une façon de s’interroger, beaucoup plus que de chercher des réponses parce que ça, c'est presque impossible. D’abord une façon de s’interroger et ensuite une manière de connaître davantage les autres, mais surtout de se connaître soi-même. Je crois que écrire est un peu comme une psychanalyse.

    MM : Et tu préfères les doutes ou les réponses ?

    CP : Je préfère les doutes. Des réponses, je crois qu’il y en a très peu dans la vie ; par contre des questions il y en a à foison. Et même si l’on n’obtient pas une réponse adéquate, une question soulève une autre question qui en soulève une autre. C’est cela la curiosité, et c’est ce qui caractérise le plus l’être humain.

    MM : Qu’est-ce qui te pousse à écrire : le désir d' observer le monde "par le trou de la serrure", selon le titre d’un de tes romans, pour éviter l’ennui comme préconise le personnage d’une nouvelle que tu as écrite, ou bien simplement pour donner un sens à ta vie ?

    CP : Nombreux sont les écrivains qui disent écrire parce que le monde tel qu’il est ne leur plaît pas et veulent le changer. Ce n’est pas mon cas. Ma situation ressemble davantage à l’image que donnait Stendhal :x mettre un miroir tout le long du chemin et voir ce qui s’y réfléchit. Le monde ne me plaît pas beaucoup, mais je ne pense pas pour autant pouvoir le changer ; alors, j’en fais le portrait.

    MM : Alors qu’elle est la finalité d’un écrivain, ou plutôt à quoi sert un écrivain ? Sert entre guillemets bien sûr.

    CP : Je pense qu’un écrivain doit être avant tout un témoin de son temps. Même quelqu’un qui écrit sur le Moyen Age ou sur l’époque des cavernes, ce qu’il fait en fin de compte c’est décrire l’époque. En ce qui me concerne je n’écris pas de roman historique, encore que j’ai écrit “ La Belle Otéro ”. Ce qui m’intéresse particulièrement c’est la psychologie des personnages et faire une certaine satire de la société. C’est ce qui m’amuse le plus. C’est un peu, pour revenir à l’idée de Stendhal et du miroir, comme poser un miroir afin que les personnes puissent se voir, se reconnaître, qu’elles rient ou j’espère qu’elles pleurent aussi parfois.

    MM : Et cela donne-t-il un sens à ta vie ?

    CP : Oui. Je n’imagine pas ma vie sans écrire, parce que c’est la seule chose que je sais faire. Alors, si je ne pouvais pas écrire… J’y pense souvent. Imagine…qu’il m’arrive la même chose qu’à Borges, que je deviens aveugle ou autre chose terrible. Mais bon, Borges continua d’écrire ; alors, j’espère que même si quelque chose de terrible m’arrivait je pourrais continuer d’écrire, parce que c’est ce qui donne sens à ma vie.

    MM : Comment te vient l’idée de l’histoire que tu vas écrire ?

    CP : Eh bien les idées peuvent surgir de diverses manières. Quelquefois à la suite d’un rêve, par exemple. J’ai écrit une histoire qui a pour titre “ L’homme de sa vie ”, où il est question d’une femme qui rêve d’un homme et qui au bout d’un certain temps s’aperçoit que cet homme aussi rêve d’elle, alors qu’ils ne se connaissent même pas. C’est le résultat d’une expérience que j’ai vécue : longtemps, j’ai rêvé d’un homme que je n’ai jamais vu. Et je pense que si un jour je rencontre cet homme, je lui demanderai si lui aussi rêvait de moi pendant tout ce temps. Donc, les idées se forment ainsi, soit à partir d’une anecdote personnelle, de quelque chose que j’ai vécu, soit également à partir de la lecture d’un journal. Le point de départ c’est toujours une toute petite idée qui me donne à réfléchir sur ce qui pourrait bien se passer à partir de là. C’est donc une toute petite idée issue d’un détail, qu’il faut laisser germer et se développer.

    MM : Je suppose par conséquent que tu es très observatrice ?

    CP : Oui, j’ai une… je ne sais pas si on peut dire une qualité… tout au moins un trait de caractère qui dans la vie quotidienne est plutôt gênant, mais qui est formidable lorsqu’on écrit : je suis beaucoup plus observatrice que participante. Donc, je peux dire que pour la vie sociale c’est davantage un défaut, mais pour écrire c’est une qualité, parce que finalement un écrivain doit être avant tout une sorte de "voyeur".

    MM : Une fois que tu as choisi le sujet du roman que tu vas écrire, comment se construit-il ?Je veux dire par là, est-ce que tu as une idée précise du début et de la fin, ou bien laisses-tu l’histoire s’écrire aussi d’elle même, peu à peu ?

    CP : Chaque écrivain a sa méthode. Il y en a qui préparent des plans précis et savent très exactement ce qui va se passer dans les chapitres 1, 2, et 3. Moi je n’en ai aucune idée ; je suis comme une espèce d’équilibriste sans filet, qui a très peur de tomber. Mais d’une certaine manière l’histoire se construit d’elle-même, çà c’est sûr. C’est un peu comme s’il existait un ordre logique que j’ignore, mais qui d’une certaine manière tisse l’histoire. Finalement, je suis la première lectrice, et la plus surprise par ce que j’écris.

    MM : Alors, pourrions-nous dire, ou dirais-tu que les personnages obéissent à leur destin ? Ou bien leur donnes-tu une esquisse, tu les mets en route, et tu les laisses libres afin qu’ils écrivent eux aussi l’histoire ?

    CP : Oui, parce que en fin de compte si on réussi à créer un personnage avec ses manies, ses qualités, ses défauts…Ce personnage agira d’une manière déterminée et toujours en adéquation avec sa personnalité. Et finalement ce sont eux qui racontent l’histoire. Ce n’est pas un tour de magie, c’est simplement que lorsqu’un personnage est bien construit il va agir d’une façon bien précise.

    MM : Penses-tu, alors, que notre vie est déterminée par notre destin ou bien que nous aussi nous pouvons œuvrer à notre guise ?

    CP : Les deux. Je pense que…pour faire une comparaison, nous sommes comme un bateau, un petit bateau sur la mer, que nous pouvons manœuvrer un peu : nous pouvons tenir la barre, hisser les voiles, baisser les voiles, que sais-je… regarder à tribord, à bâbord. Mais ensuite il y a la tempête, les vagues…

    MM : les conditions extérieures…

    CP : Donc nous pouvons dans une certaine mesure prendre une direction, mais ensuite la tempête arrive ; je ne sais pas ce qui se passe.

    MM : Quel genre de complice est pour un écrivain un personnage ? A quoi lui sert-il, à dire ce que pense l’écrivain ?

    CP : Eh bien il existe plusieurs genres de personnages. Les personnages principaux, les héros, du roman qu’ils soient hommes ou femmes me ressemblent assez. Il y a ensuite les personnages secondaires, qui moi me passionnent. Je pense que ce sont eux qui donnent la véritable substance au roman. C’est plus souvent les personnages secondaires que les héros qui enrichissent l’histoire. Et ce qui me plaît c’est faire le portrait des personnes qui ont attiré mon attention ; cela peut-être aussi bien un ennemi, alors habituellement j’en profite pour l’éliminer.(rires)

    MM : Comment sais-tu que le roman que tu es en train d’écrire arrive à la fin ? Quand tu arrives à la dernière page ?

    CP : Pas forcément quand j’arrive à la dernière page, parce que lorsque j’arrive à la dernière page je sais qu’il va falloir revenir en arrière et réécrire. En fin de comptes vois-tu, Matilde, écrire cela ressemble beaucoup au repassage (rires) : tu es en train de repasser et il y a toujours un petit pli là, qui reste dans un coin, mais tu continues quand même. Or, tu sais que ce petit pli est horrible et qu’il va falloir y revenir jusqu’à ce que cela reste impeccable. C’est aussi pénible que de repasser. Mais si on veut que le roman soit parfait, il faut y passer beaucoup de temps et sans cesse relire.

    MM : Tu as écrit dans un roman… ou plutôt non, tu as dit lors d’une interview que tu étais dans tous tes personnages. Est-ce là une façon de te révéler ou au contraire un moyen de te dissimuler ?

    CP : Eh bien, pendant très longtemps je n’ai pas osé exposer mes pensées à travers mes personnages, parce que écrire ressemble beaucoup à un streaptease. C’est terrible ! Finalement je trouvai une astuce assez bonne qui consistait à utiliser mes personnages pour me camoufler, des personnages qui n’avaient rien à voir avec moi d’un point de vue physique.

    J’inventai donc, par exemple dans “ Cinq mouches bleues ”, un personnage homosexuel de soixante ans, qui adore sa mère ; qui ne peut donc pas du tout me ressembler. Mais dans ce personnage si étranger à moi-même je pouvais me sentir aussi libre que quelqu’un qui se cache derrière un masque. En réalité dans les carnavals les gens ne mettent pas un masque pour éviter d’être reconnus, car finalement les autres le reconnaissent ; mais plutôt parce que cela représente une certaine impunité à être derrière un masque. C’est comme lorsqu’on sort dans la rue avec des grosses lunettes noires, simplement pour se sentir plus à l’abri, n’est-ce pas ? Par conséquent une bonne astuce pour faire ce streaptease qu’est l’écriture, c’est de prêter mes pensées à un personnage complètement différent de moi.

    MM : Si nous revenons quelques années en arrière, en 1998, que représentait alors pour toi l’obtention du prix Planeta ?

    CP : Je dois beaucoup à ce prix car il y a comme un avant et comme un après. Avant j’étais traduite en quatre ou cinq langues environ. Tout de suite après le prix Planeta j’ai été traduite en vingt deux langues ; c’est donc un changement assez remarquable.
    Par la suite j’ai eu la chance non seulement de gagner le prix Planeta, mais surtout d’y survivre ! Je veux dire par là que souvent, lorsque…disons…le prix Planeta a marqué la fin pour beaucoup. Parce que en plus d'être une récompense, c'est aussi un prix très controversé, très convoité : c'est le deuxième prix le plus important dans le monde. Après le prix Nobel, c'est le Planeta. Il y a donc là un nombre important de facteurs extra littéraires qui entrent en jeu. Je me souviens que, lorsque je rencontrai, après avoir obtenu le prix Planeta, Vazquez Montalban, il me conseilla de faire très attention à ce que j'allais écrire par la suite, parce que disait-il, on m'épinglerait sûrement à la sortie de mon prochain livre. (Rires)." Pourquoi me dis-tu cela ? " répondis-je. Si, si me dit-il, c'est ce qui m'est arrivé et j'ai mis des années avant de pouvoir surmonter la malédiction du prix Planeta. Je me demandais comment faire alors, car je n'avais véritablement aucune envie d'être touchée par la malédiction du prix Planeta ! Et donc finalement j'écrivis la Belle Otero ; comme il s'agissait d'une biographie, le livre divisa le poids si terrible de la critique entre le personnage et moi-même. C'est dire que si j'avais écrit un roman on m'aurait jugée beaucoup plus sévèrement, mais comme il s'agissait d'une biographie, la critique ne me jugeait pas elle jugeait la Belle Otero.

    MM : Ce fut une bonne stratégie.

    CP : Ça avait bien marché ; ce fut une chance.

    MM : En parlant de la Belle Otero, et d'autres romans, on constate que tu as essayé différents genres littéraires ; lequel t’a paru le plus difficile, et dans lequel te sens-tu le plus à l’aise ?

    CP : J'ai essayé tous les genres littéraires excepté la poésie. Je n'ai jamais écrit de poésie parce que je ne connais pas la métrique ; par conséquent cela me semblerait léger d'en écrire, même s'il existe des vers libres et que tout le monde peut écrire des poèmes. Mais ce serait comme essayer de peindre un tableau sans savoir dessiner, non ? Donc, je n'ai jamais écrit de poésie. De tous les genres, celui que je préfère c'est la nouvelle. Oui, je crois. C'est un grand défi pour un écrivain ; c'est un genre très difficile, très peu reconnu. Je regrette qu'il en soit ainsi car il me semble que nous menons actuellement une vie si pressée, avec si peu de temps… La nouvelle pourrait donc être un genre adapté à la vie moderne, cependant il y a un peu de cette attitude de la part des lecteurs qui achètent en fonction de la taille, n'est-ce pas ? (rires) Alors ils achètent le Code da Vinci qui est gros comme ça ; ils croient qu'ils en ont plus pour leur argent que s'ils achètent un petit livre de quelques pages.

    MM : J'aime beaucoup les nouvelles.

    CP : Moi aussi.

    MM : Ce que tu dis à travers un personnage, tu continues à le penser ensuite, des années plus tard, ou bien etait-ce seulement un questionnement d'alors ? Par exemple dans "Cinq mouches bleues" : "seuls les imbéciles craignent davantage de mourir que de vivre mal" ; et dans " La Belle Otero" : "je crois que les mensonges que les gens racontent sont très révélateurs de leur personnalité et finissent par les décrire beaucoup plus sûrement que la vérité".

    CP : Oui, oui, je souscris à ces deux réflexions, en effet. C’est vrai que quelquefois j’écris des choses contradictoires, parce que je n'adhère pas à tout ce que disent mes personnages. J'ai même certains personnages assez détestables qui disent des choses horribles que je ne pense pas. Ce serait impossible d'écrire un livre en étant d'accord avec tout ce qui y serait écrit. Si ce que j'écris dois refléter la société il est évident que je dois également rapporter des opinions que je ne partage pas. C'est un exercice difficile car ensuite les lecteurs me jettent à la figure : " mais comment as-tu pu écrire une chose pareille ?" Alors je réponds, non, ce n'est pas moi qui l'ai dit, c'est tel personnage.

    MM : Le personnage est un complice comme nous disions précédemment.

    CP : Oui, un alibi aussi.

    M M : Je ne me souviens plus très bien quel écrivain* espagnol a dit : " jamais je n'adviendrai par ce que je trouve mais plutôt par ce que je recherche." Cette phrase fait-elle écho à ta vie d'écrivain ?

    *(MM : Je rectifie ; il s’agit du poète chilien Daniel de la Vega dans “ Los Dioses sin cielo ”)

    CP : Oui, je crois que le plus important c'est la quête ; comme disait aussi Machado : " il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant". C'est sûr, car où allons-nous ? Malheureusement nous cheminons vers la mort, n'est-ce pas ? Nous ne voulons pas y arriver trop tôt, et cependant le chemin tout entier, c'est ce qui vaut réellement la peine d’être vécu.

    MM : En effet. Hier tu étais à la bibliothèque de l'Université où tu as pu rencontrer des lecteurs. C'est important pour toi cette rencontre avec eux, cette relation ?

    CP : Bien sûr, je pense que pour n'importe quel écrivain c'est fondamental. L'écriture est un travail terriblement solitaire. Et nous, disons, en général toute personne qui se consacre à l'écriture, est quelqu'un de solitaire. Sinon elle ne tiendrait pas le coup. Je suis quelqu'un de très solitaire et j'ai besoin de passer beaucoup d'heures sans voir personne. Mais écrire d'une certaine manière, c'est communiquer. Quoi d'autre sinon ? J'ai la sensation d'être comme un naufragé ou d'être comme celui qui jette une bouteille à la mer, ne sachant pas où elle va arriver ni même quel autre naufragé va la trouver. Alors de temps en temps parler avec ce naufragé qui a trouvé la bouteille, c'est très important. Autre point important : le fait que la plupart des lecteurs lisent un roman très différent de celui que j'ai écrit. Mais je pense que c'est précisément cela qui fait la magie de la littérature. Finalement, le roman ce n'est pas celui que j'ai écrit mais plutôt celui que les lecteurs ont lu. On peut donc dire qu'il y a autant de romans que de lecteurs et c'est fascinant pour moi de les entendre s'exclamer : " Eh bien ! Vraiment, vous pensiez que c'était ça ?" Incroyable.

    MM : Et partant de là tu t'interroges, aussi ?

    CP : Oui, notamment lorsque deux ou trois personnes me disent la même chose. Alors je me dis que vraiment il faut faire attention, en tout cas savoir que ça existe. Le feedback des lecteurs c'est très important, en même temps cela peut faire peur.

    MM : A propos des lecteurs, comment peut-on connaître le mieux un écrivain : en lisant les oeuvres dans l'ordre chronologique d'écriture de l'auteur, ou en les abordant dans le désordre ? Cette question m'est venue en lisant " Petites infamies " et ce qui se passe dès les premières pages, un homme enfermé dans une chambre froide, je le retrouvais dans une de tes nouvelles. Alors, je m’interrogeai.

    CP : Oui, oui c'est très intéressant que tu aies remarqué ça. Cet épisode que tu cites, qui est le début de Petite infamies, et qui raconte qu'un chef cuisinier se retrouve enfermé dans une chambre froide, a un antécédent écrit presque vingt ans plus tôt : l'histoire d'une fiancée qui toute habillée dans sa robe de mariée se retrouve enfermée dans une chambre froide où elle meurt congelée. Et lorsque j'écrivis Petites infamies je décidai de retirer cette nouvelle pensant que les lecteurs pouvaient croire que je me répétais.

    MM : Eh bien moi j'ai trouvé cela justement très intéressant.

    CP : Je suis enchantée que tu me le dises, parce que cela m'incite à ressortir cette nouvelle. Mais à l'époque je craignais que les lecteurs eussent pu croire que je me répétais.

    MM : J'ai trouvé ça particulièrement intéressant parce que cela permettait de mettre en relation une histoire, un détail…

    CP : C'est vrai ; d'autre part la situation n'est pas du tout la même. Dans un cas il est question d'un chef cuisinier, dans l'autre d'une femme dans sa robe de mariée. En réalité je ne réutilisais pas une idée, x il s'agit d'une expérience personnelle. Je l'ai vécue ; j'avais failli me retrouver enfermée dans une chambre froide. Par conséquent comme c'est un événement qui m'avait marquée, c'est ressortit deux fois !

    MM : Dans une autre nouvelle de " mon frère Salvador et autres mensonges ", un personnage dit, je cite : " un écrivain n'a jamais assez de distance pour juger de ce qu'il écrit ". Ce personnage le dit, et toi, le penses-tu ?

    CP : Oui, sans aucun doute. Quand j'ai terminé un roman, surtout je le laisse reposer dans un tiroir ; c'est un peu comme faire une paëlla. Il faut la laisser reposer, parce que ensuite, en relisant, je me rends compte de quantité de détails que je n'avais pas vus en cours d'écriture. C'est important de le faire aussi avec une autre personne ; j'ai une grande amie, avec laquelle je reécris tous mes romans, et nous devons laisser passer un peu de temps pour avoir une meilleure perspective. C'est la même chose dans la vie : nous sommes très souvent le pire juge de nous-même parce que nous manquons de distance.

    MM : Par conséquent, comme nous disions précédemment, terminer un roman ce n'est pas x arriver à la dernière page mais laisser passer un peu de temps et…

    CP : Et ensuite reécrire encore et encore, oui. J'admire beaucoup ces écrivains qui disent "tout est parfaitement réussi" comme ça, du premier coup. C'est formidable ! Tu n'imagines pas combien je réécris, moi. Et comme je suis terrorisée à l'idée que l'ordinateur puisse perdre ce que j'écris, alors j'imprime beaucoup. Et je risque de venir à bout de tous les arbres de l'Amazonie ! J'imprime sans cesse.

    MM : Dans quel courant littéraire est-ce que tu situes ton œuvre ?

    CP : Finalement je crois que même si cela fait très longtemps que je vis en Espagne et que bien sûr j'aime ce pays, mes filles sont espagnoles et mon mari l'était aussi, je suis essentiellement une écrivaine latino américaine. Une écrivaine sud latinoaméricaine et plus précisément rioplatense. Nous n'avons pratiquement pas, nous, d'influence indigène, cependant nous avons beaucoup d'influence européenne différente de l'espagnole, par exemple anglaise ou française. Je dirais que je suis rioplatense.

    MM : Comment définirais-tu la situation actuelle du roman en Espagne ?

    CP : Je pense que c'est une période très riche, il existe un grand nombre d'écrivains. C'est une x période très éclectique parce qu'il y a de tout. J'ignore ce qui demeurera et ce qui ne demeurera pas, le temps nous le dira. Là aussi il faut laisser reposer comme la paëlla. Mais le fait qu’il existe un offre si importante signifie d’une certaine façon que nous vivons une période culturelle intéressante. Après la Transition par exemple et des personnes de différentes générations. Ce qu'il n'y a pas ce sont des écrivains métis. Je me considère une écrivaine métisse, tout au moins de culture métisse. Je pense que le métissage est toujours enrichissant.

    MM : Mais tout de même davantage uruguayenne qu'espagnole ?

    CP : Oui, plus uruguayenne que espagnole, mais métisse ; pas forcément par le sang, métisse par les influences culturelles.

    MM : Quels sont les livres et les auteurs qui ont le plus compté pour toi ?

    CP : Eh bien cela change au fil des ans. Si tu m'avais posé cette question l'année dernière, j'aurais répondu différemment. Mais les fondamentaux disons les livres de chevet, ce sont certainement Dickens et Shakespeare. Ensuite j'aime beaucoup Proust à cause de son merveilleux sens de l'humour et parce qu'il a une faculté d'observation extraordinaire que j'admire énormément. Et puis j'aime aussi des écrivains d'apparence légère mais qui en réalité sont profonds tels que Evelyn Vaught et Truman Capote. J'aime aussi des écrivains latino américains comme bien sûr Cortazar, Borges, Garcia Marquez évidemment, Vargas Llosa. Je pense que l'Amérique Latine a revigoré la littérature. D'une certaine manière nous sommes davantage liés à la terre, et le "boom" latinoaméricain représente un apport considérable pour la culture mondiale.

    MM : Dans ces livres essentiels pour toi, y a-t-il une phrase qui t'a aidée, qui t'a inspirée, qui a orienté ta vie, c'est-à-dire une phrase fondamentale pour toi ?

    CP : Je suppose qu'il y en a beaucoup. Mais à l'instant il m'en vient une en mémoire de Evelyn Vaught que je cite souvent quand on me demande pourquoi j'utilise autant l'humour dans mes livres : il disait que la vie c'est quelque chose de trop sérieux pour être pris au sérieux. Alors, je crois que l'humour dans la vie en général et dans la littérature en particulier c'est fondamental parce que certaines choses terribles ne peuvent être décrites qu'à travers l'humour.

    MM : Tu as écrit avec Sophie Courgeon, ta traductrice, " A l'ombre de Lilith ", et avec ta fille aussi. Peux-tu nous parler de cette expérience, comment as-tu vécu le fait de partager l'écriture ?

    CP : Ecrire c'est comme je te disais, une activité très, très solitaire. Par conséquent c'est très difficile d'écrire à deux. Je ne pense pas être capable de pouvoir partager l'écriture d'un roman, pas même avec ma fille, même si ce fut très agréable et que nous nous amusâmes beaucoup. Le genre de livre que j'ai écrit avec Sophie Courgeon et avec Sophie ma fille, ce sont des livres qui peuvent être écrits à deux, chacun en prenant un bout. Concernant ma fille, comme elle est médecin, nous étions chargées par un journal de tenir une rubrique : " le journal de l’hypocondriaque". Alors, chaque semaine j’avais une maladie horrible et ma fille trouvait la solution ; c’était relativement facile parce que je tenais le rôle de l'hypocondriaque et elle celui du médecin. Dans le cas de Sophie Courgeon nous avons écrit un livre : "A l'ombre de Lilith" qui fait l'étude des femmes aux prises avec le pouvoir. Comment à l'origine, disons déjà dans les sociétés les plus primitives le pouvoir était partagé. A une certaine période la femme était considérée presque comme une déesse. Vint ensuite la période où l'homme eut le privilège du pouvoir. Ce travail était facile à réaliser ensemble, parce que nous nous répartissions le travail. Sophie s'occupait de certains chapitres et moi d'autres. Ce genre de livre peut être écrit à quatre mains mais un roman, je ne vois pas comment.

    MM : Comment t'organises-tu dans ton travail au moment d'affronter une œuvre ?

    CP : Eh bien, avant de commencer à écrire un roman, je lis énormément sur le sujet que je vais aborder. Par exemple le "Bon serviteur" où il était beaucoup question du diable. Le plus amusant de ce livre ce fut tout ce que je pus lire autour du diable. En commençant par la Bible ensuite par les Saints, que sais-je, Giovanni Papini… Disons, tous les écrits faisant référence au diable. Une fois réunies toutes ces informations, ce que je crois que doit faire un écrivain c'est les oublier sans quoi il court le risque de devenir un écrivain pédant qui aurait l'air d'un faiseur de leçon semblant dire : remarquez bien lecteurs comme je suis intelligent et combien grand est mon savoir, et combien vous êtes ignorants. Il faut apprendre énormément pour écrire un livre, mais il faut désapprendre aussi. Ensuite ma méthode… comment je m'y prends pour écrire ?... Je suis comme un fonctionnaire (rires). Tous les jours à huit heures précises du matin je m'assois devant mon ordinateur et que je sois ou non inspirée, je ne me lève pas avant deux heures de l'après-midi.

    MM : J'imagine qu'il te vient toujours une idée, non ?

    CP : Des fois oui, des fois non. Mais je crois beaucoup à ce que disent les anglais : "is not inspiration is perspiration", ce n'est pas de l'inspiration, c'est de la transpiration !

    MM : Peux-tu nous dire si actuellement tu es en train d'écrire quelque chose, ou si tu as un projet d'écriture ?

    CP : Oui, je viens de terminer un roman, mais je dois encore repasser !… Il aborde le sujet de la méchanceté. Une fois que j'en avais fini avec le diable je suppose que le thème de la méchanceté se présentait comme un passage obligé. Non pas la méchanceté des fous ou des psychopathes, plutôt celle des gens raisonnables, sensés, qui est si inquiétante. Alors, je compris que pour écrire sur ce thème, je devais revenir à l’enfance. Mais aussi parce que je tombais sur une anecdote, une histoire vraie survenue aux Etats-Unis et qui est à la base du roman dont je n'ai pas encore le titre pour le moment ; je n'ai pas d'idée.

    MM : Ici où nous sommes, dans cette université, la rue porte le nom d'un célèbre poète espagnol : Antonio Machado. Et je vais te lire un vers, tu me diras ce que tu en penses.
    " Aime ta joie et aime ta tristesse, si tu cherches sur Terre des chemins fleuris ".

    CP : Il a tout à fait raison, en effet. Je suis complètement d'accord, parce qu'il y a des personnes qui aiment soit la joie soit la tristesse, mais les deux à la fois, il y en a peu. Je pense que c'est une phrase très équilibrée et je compte la noter.(rires)

    MM : Voyons, le mot qui te plaît le plus ?

    CP : J'ai eu à répondre récemment à cette question pour la télévision. En ce moment j'adore un mot quant à sa sonorité mais dont le sens est laid. C'est curieux, moi qui suis tout le temps en train de batailler avec les mots… Selon moi, les mots ont une personnalité, du caractère… Certains sont beaux comme le mot "amor", dont le sens est superbe, mais le mot "amor", sa sonorité, est moche. Je n'aime pas du tout. En français ça sonne mieux : "amour". C'est plus joli. Mais "amor"… Cependant il y a des mots qui ont un sens horrible, mais qui sont jolis à entendre. Par exemple le mot "malaria" ; c'est joli, non ? (rires)

    MM : Et celui qui te plaît le moins ?

    CP : Celui qui me plaît le moins… Je ne sais pas. Je te disais à l'instant que "amor" n'est pas un mot joli, pourtant le sens est bien sûr très beau… Mais des mots laids…je ne sais pas… il y en a tellement ! Il y a des mots que j'essaie d'utiliser le moins possible, comme le mot "olor". Je n'aime pas ce mot.

    MM : Bien, nous approchons de la fin de cet entretien, alors… y a-t-il une question que tu souhaites que je te pose ?

    CP : Je ne crois pas. Tu m'as posé un tas de questions intéressantes ce dont je te remercie, et j'en suis très contente, parce qu'elles sont différentes. Je t'en remercie beaucoup, Matilde.

    MM : Alors je crois que nous terminons là ?

    CP : Merci à toi.

    MM : Merci à toi, surtout ! Et j'espère que tu continueras à nous régaler avec tes livres pendant longtemps encore.

    CP : J’espère aussi ! Et que nous puissions nous revoir.

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    Matilde Muñoz : Buenos días Carmen Posadas y muchísimas gracias por estar con nosotros. Aprovechamos tu estancia aquí en Tolosa para hacerte unas preguntas. Cuéntanos tu trayectoria : cómo empezastes, por qué empezastes a escribir ?

    Carmen Posadas : Bueno, yo llevo mucho tiempo viviendo en España, pero soy uruguaya, y empezé a escribir supongo porque me costaba mucho hablar ; eso es la pura verdad. Yo de niña era muy tímida y entonces en casa eran todos muy brillantes siempre se les ocurría cosas fantásticas que contar, y a mi núnca se me ocurría nada. Así que iba a mi cuarto y escribía. Y… bueno, bastante más adelante empecé ya a publicar. Pero eso fué , yo que sé, cuando yo ya tenía 23 años o una cosa así. Pero escribir de siempre.

    MM : Qué sentido entonces tiene escribir para tí : es una manera de preguntarse, de reflexionar sobre la vida, o de obtener respuestas ?

    CP : Ah pués si,si. La verdad es que al final yo creo que es una manera de interrogarse ; mucho más que de buscar respuestas, porque eso es casi imposible. Primero de preguntarse, y después una manera de conocer más a los demás y de conocerse sobre todo a uno mismo. Yo creo que escribir tiene mucho psicoanálisis.

    MM : Entonces, prefieres las dudas o las respuestas ?

    CP : No, no. Prefiero las dudas. Respuestas creo que hay muy poquitas en la vida ; en cambio preguntas, hay cantidad y aúnque no se logre, la respuesta adecuada una pregunta lleva a otra y a otra. Eso es la curiosidad, lo que identifica más al ser humano.

    MM : Entonces, qué es lo que te empuja a escribir : el deseo de retratar el mundo por el ojo de la cerradura, para citar el título de un libro tuyo, o para no aburrirte, como dice el protagonista de una novela corta tuya que se titúla el reloj parado, o simplemente para dar un sentido a tu vida ?

    CP : Muchos escritores dicen que escriben porque no les gusta como es el mundo en la realidad y lo quieren reformar. No es mi caso. Mi caso es más parecido a eso que contaba Stendhal de poner un espejo a lo largo del camino, y ver qué se refleja. A mí el mundo no me gusta mucho pero, tampoco pienso que lo puedo arreglar, así que lo que hago es retratarlo.

    MM : Entonces cuál es la finalidad de un escritor, o mejor dicho para qué sirve, entre comillas sirve claro, un escritor ?

    CP : Yo creo que un escritor debe ser sobre todo un testigo de su tiempo. Incluso alguien que escribe sobre la Edad Media o sobre la época de las cavernas, lo que hace es siempre retratar el momento que le ha tocado vivir. Entonces en mi caso yo no hago una novela histórica, aunque sí tengo una que se llama la Bella Otero. Pero sobre todo me interesa la psicología de los personajes y hacer una cierta sátira de la sociedad. A mi eso es lo que más me divierte. Es un poquito, volviendo a la idea de Stendhal y el espejo, poner un espejo para que la gente se mire, se reconozca, se ría o algunas veces, espero que llore también.

    MM : Y da un sentido a tu vida ?

    CP : Y, sí. Yo no me imagino ahora mi vida sin escribir. Entre otras cosas porque es lo único que sé hacer. Así que si no pudiera escribir… Yo muchas veces lo pienso. Imaginate… que me pasa como a Borges…que me quedo ciega… o algo terrible. Bueno, Borges siguió escribiendo, así que espero que a pesar de que me pase algo terrible, pueda seguir escribiendo, porque es lo que da sentido a mi vida.

    MM : Me interesaría saber también cómo te surge la idea de una historia que vas a escribir.

    CP : Bueno, las ideas surgen de maneras muy distintas ; algunas surgen de un sueño. Por ejemplo hay un cuento que se llama el hombre de su vida, que es una mujer que sueña con un hombre y al cabo de un tiempo se da cuenta que ese hombre sueña con ella. No se conocen. Y esto viene de una experiencia real, ¿no? Yo me he pasado años soñando con un señor que nunca he visto. Pero pienso que a lo mejor, ese hombre, si me lo encuentro algun día le voy a preguntar : “pero usted soñaba conmigo todo este tiempo?”. Viene de eso, viene de alguna anécdota personal, de algo que me ha pasado, también algo que he leido en el periódico. Siempre es una idea muy pequeñita, y a partir de ahí yo me pregunto, bueno, qué pasaría si ocurriera tal cosa. O sea que es una idea muy chiquitita que después hay que hacer germinar y crecer.

    MM : Entonces, me figuro que eres muy observadora.

    CP : Si, yo tengo una….no sé si es una cualidad, pero en fin en todo caso un rasgo de mi carácter que para la vida normal es muy malo, pero que para escribir es muy bueno : es que yo soy mucho más una observadora que una participante. Entonces ya digo, esto para la vida no es muy bueno, pero para escribir sí, porque al final un escritor tiene que ser sobre todo una especie de “voyeur ”.

    MM : Una vez que ya tienes el tema de la novela que piensas escribir, como se va desarrollando ?Mejor dicho, tienes ya una idea fija del principio y también del desenlace final o vas escribiendo la historia poco a poco ?

    CP : Si, los escritores tienen distintos sistemas. Hay quien hace esquemas y sabe perfectamente lo que va a pasar en el capítulo 1, en el capítulo 2, en el capítulo 3,…Yo no tengo ni idea. Soy como una especie de equilibrista sin red, y tengo muchísimo miedo de caerme. Pero de alguna manera la historia se va tejiendo sola ; eso sí que es cierto. Es como si hubiera un órden que yo no conozco pero que de alguna manera se va haciendo, ¿no? Yo soy al final la primera lectora y la más sorprendida de todo lo que escribo.

    MM : Entonces podemos decir o puedes decir también que los personajes tienen un destino ? o les das un matiz, los pones en camino y les dejas las riendas sueltas y ellos también escriben la historia…

    CP : sí, porque al final si has conseguido crear un personaje con sus manías, con sus cualidades, con sus defectos…ese personaje actúa de una manera determinada, y siempre tiene que actuar de una manera coherente con su forma de ser. Y entonces al final, son ellos que van contando la historia ; pero no por arte de magia, sino porque un personaje que está bien construido actúa de una manera determinada.

    MM : Y crees que en la vida tenemos un destino o también andamos con las riendas sueltas ?

    CP : Creo que las dos cosas. Pienso que…para hacer una comparación : somos un barco, un barquito en el mar, y nosotros podemos maniobrar un poco. Podemos mover el timón, podemos subir las velas, bajar las velas…yo qué sé, mirar a estribor a babor... Pero luego está la tormenta, están las olas, que son todos los imponderables...

    MM : las condiciones exteriores...

    CP : Así que uno puede maniobrar un poquito, pero si luego viene la tormenta, no sé qué pasa.

    MM : ¿Qué clase de cómplice es un personaje para un escritor ? Para qué le sirve al autor el protagonista de una novela : ¿para decir cosas que piensa el escritor ?

    CP : Bueno hay distintos tipos de personajes ; los personajes centrales o protagonistas dentro de una novela, en general se parecen bastante a mí aunque sean hombres o mujeres ; se parecen bastante. Y luego en los secundarios, que a mí me encantan los personajes secundarios, creo que son los que dan la verdadera riqueza a una novela. Son muchas veces más los secundarios que los protagonistas. Y entonces me gusta retratar gente que a mí me ha llamado la atención. O algunas veces también algún enemigo, y entonces lo mato, normalmente aprovecho para matarlo. (risas)

    MM : Y ¿cómo sabes que una novela o lo que has empezado a escribir ya está acabado, cuando llegas a la última página ?

    CP : No necesariamente cuando llego a la última página, porque cuando llego a la última página sé que tengo que volver, y otra vez reescribir.Yo al final creo, fijate, Matilde, que escribir se parece mucho a planchar (risas).Tu estás planchando y entonces siempre te queda una arruguita ahí en la esquina y entonces sigues adelante ; pero aquella arruguita está fatal y sabes que tienes que volver. Y hasta que no quede todo perfecto… es igual de pesado que planchar. Pero si quieres que la novela quede perfecta tienes que echarle muchas, muchas horas y repasarla sin parar.

    MM : En una novela escribiste… no, era en una entrevista. Dijiste que estabas en todos tus personajes. Es una manera de revelarte o al contrario de esconderte ?

    CP : Bueno, yo durante muchísimo tiempo tuve un gran pudor a poner pensamientos propios en los personajes, porque escribir se parece mucho a hacer un strip-tease. Es terrible. Y al final encontré un truco bastante bueno, que era camuflarme en personajes que no tuvieran nada que ver conmigo desde el punto de vista físico. Entonces me inventé por ejemplo, en “ cinco moscas azules ” un personaje que es un homosexual de sesenta años que adora su mamá. O sea que no se puede parecer menos a mí. Pero en ese personaje tan, tan ajeno, yo me sentía tan libre como alguien que se oculta detrás de una máscara. En realidad, en el carnaval uno no se pone la máscara para que los demás no lo reconozcan porque al final los demás lo reconocen ; sino porqué da una cierta impunidad el estar detrás de un antifaz. Igual como cuando uno sale a la calle y se pone los lentes negros ; uno se siente más seguro simplemente porque tiene los lentes negros, ¿no? Entonces fué un truco bastante bueno para poder hacer ese strip-tease que es escibir, el poner mis pensamientos en un personaje completamente distinto a mí.

    MM : Si volvemos unos cuantos años atrás, en 1998, qué representó entonces para tí obtener el premio Planeta ?

    CP : Yo le debo mucho a ese premio, porque hay como un antes y un después en mi carrera. Yo antes estaba traducida a cuatro o cinco idiomas, una cosa así. A raiz del premio Planeta estoy traducida a veintidos ; o sea que es un cambio bastante notable. Luego he tenido la suerte, no sólo de ganar el premio Planeta, sino de sobrevivir a él. Quiero decir que muchas veces, cuando… Hay cantidad de gente que ha ganado el premio Planeta y que ha sido su fin. Porque después de un premio es sobre todo un premio muy controvertido y muy codiciado. Es el segundo premio con mayor dotación del mundo. Después del Nobel, el de mayor dotación : el Planeta. Entonces, hay cantidad de factores extra literarios que juegan. Y me acuerdo que me encontré con Vazquez Montalban después de ganar el premio. Me dijo “ tén mucho cuidado con lo que escribas, porque seguro que con el próximo libro te van a crucificar ”. (risas) Digo “ pero por qué me dices eso ?” Dice sí, sí, a mí me pasó eso y tardé muchos años en remontar la maldición del premio Planeta. Entonces yo digo bueno, ¿qué hago ?, porque realmente no tengo ninguna gana que me toque la maldición del premio Planeta. Y al final escribí la Bella Otero, que al ser una biografía, de alguna manera dividió el peso ese tan terrible de la crítica entre el personaje biografiado y yo. O sea, si yo hubiera escrito una novela, seguramente me hubieran juzgado mucho más duramente, pero como era una biografía, juzgaban a la Bella Otero y no me juzgaban a mí.

    MM : Fué una buena estrategia.

    CP : Salió bien. Con suerte, sí.

    MM : Y, es verdad que hablando de la Bella Otero y otras novelas, has tocado a diferentes generos literarios : novelas, cuentos infantiles, biografías, guiones para la televisión…¿Cuál te ha parecido más dificil y cuál disfrutas más escribiendo ?

    CP : A ver, la verdad es que he probado todos los géneros literarios excepto la poesía. Nunca he escrito poesía porque no sé métrica. Entonces, me parece como una frivolidad escribir poesía a pesar de que ahora hay versos libres. Todo el mundo puede escribir poesía ; pero sería casi como intentar pintar un cuadro sin sabe dibujar, ¿no? Asi que poesía no he hecho nunca. De todos los géneros, el que más me gusta es el cuento corto. Sí, yo creo. Es un gran reto para un escritor, es un género muy difícil. Está muy poco valorado y a mí me da mucha pena que sea así porque pienso que hoy día llevamos una vida tan apresurada, con tan poco tiempo…Debería ser un género muy adaptado a la vida moderna y sin embargo hay un poco de la actitud de los lectores que compran por tamaño, ¿no? Entonces se compran el código Da Vinci que es así de gordo y parece que les dan más por su dinero que si compran un cuentito que tiene tres paginas.

    MM : A mi me gustan mucho las novelas cortas.

    CP : A mi también.

    MM : Lo que dices a través de un personaje, lo sigues pensando luego, años más tarde, o solo fue un planteamiento de entonces ? Por ejemplo en la novela Cinco moscas azules : “ solo los imbéciles temen más a la muerte que al malvivir ” y en la Bella Otero : “ creo que las mentiras que la gente cuenta son muy reveladoras de una personalidad y acaban por describirla más certeramente que la verdad ”.

    CP : Sí, sí yo suscribiría a las dos cosas desde luego. Es verdad que hay veces que escribo cosas contradictorias, porque yo no suscribo todo lo que dicen mis personajes. Incluso tengo algunos personajes bastante deleznables que dicen cosas horribles que yo no pienso, no. Pero sería imposible escribir un libro en el que estaría de acuerdo con todo lo que se dice.
    Si una está tratando de reflejar la sociedad, muchas veces tiene que reflejar opiniones que no comparte. Y esto es difícil porque los lectores muchas veces me lo echan en cara. Dicen, pero cómo has podido decir tal cosa ! A no, no, yo no lo he dicho lo ha dicho el personaje.

    MM : Sí, es un cómplice como decíamos antes, el personaje.

    CP : si, una coartada también.

    MM : No recuerdo bien qué escritor español dijo : “ nunca seré por lo que encuentre sino por lo que busque ”*. Te parece tener esta frase algún parecido con tu vida de escritora ?
    (*MM : En realidad se trata del poeta chileno Daniel de la Vega en “ Los Dioses sin cielo ”, y la frase exacta es : Yo seré por lo que busque y nunca por lo que encuentre.)

    CP : Sí, sí. Yo creo que lo más importante es la búsqueda. También decía Machado “ caminante, no hay camino. Se hace camino al andar. ” Y es cierto. O sea, adónde vamos ? desgraciadamente vamos a la muerte, ¿verdad ? O sea que no queremos llegar demasiado pronto y mientras tanto, todo el camino es realmente lo que vale la pena.

    MM : Ayer, estuviste en la biblioteca de la universidad dónde encontraste a los lectores. ¿Es importante para tí ese encuentro con ellos, esa relación ?

    CP : Claro, yo pienso que para cualquier escritor es fundamental. Escribir es una labor terriblemente solitaria. Y nosotros, hombre, en general todo el mundo que se dedica a escribir, es una persona solitaria. Porque si no, no lo aguantaría. Yo soy una persona solitaria, y necesito pasar muchas horas del día sin ver a nadie. Pero de alguna manera si uno escribe... escribir es comunicar. ¿Qué otra cosa es sino ? Y uno tiene la sensación de que eres como un naúfrago, o que estás tirando la botella al mar. Nunca sabes adonde va a llegar la botella, ni qué otro naúfrago la va a encontrar por ahí. Entonces, de vez en cuando hablar con el naúfrago que se encontró la botella (risas) es muy importante. Y otra cosa que es muy interesante, es que la mayoría de los lectores leen una novela muy distinta de la que yo escribí. Pero yo creo que eso es precisamente la maravilla de la literatura. La novela no es la que yo escribo sino la que leen los lectores. Y hay tantas novelas mías como lectores, ¿no? Entonces para mí es fascinante oirles decir “ ahí va, pero de veras usted pensó que esto era así ? Si ; increible.

    MM : Y a partir de ahí ¿te interrogas también ?

    CP : Sí. Sobre todo cuando hay dos o tres personas que me dicen lo mismo. Entonces me digo, ahí va, pués hay que tener cuidado, o hay que saber que esto puede pasar, ¿no? Si, el feedback con los lectores es muy importante y por otro lado, algunas veces da miedo.

    MM : Justamente, hablando de los lectores, cómo se conoce mejor a un escritor : leyendo sus obras por orden cronológico como las ha ido escribiendo o leyendolas de una manera más salteada ?Se me ocurrió esta pregunta leyendo Pequeñas infamias, y lo que ocurre desde las primeras páginas, lo habia leido ya en una novela corta.

    CP : Sí, sí. Eso es muy interesante que te hayas dado cuenta…
    Este caso que me estás mencionando, es el comienzo de “ pequeñas infamias ” que es un chef que se queda encerrado en una cámara frigorífica ; tiene un antecedente que está escrito casi veinte años antes, es una novia que vestida de novia se mete en una cámara frigorífica y se muere ahí congelada. Y yo , cuando escribí pequeñas infamias retiré el cuento ese porque dije, bueno, los lectores van a creer que me repito mucho.(risas)

    MM : Pués yo lo encontré interesante.

    CP : Por eso ahora estoy encantada que me digas eso, porque lo voy a volver a sacar. Pero en su momento, pensé va, los lectores van a pensar que me repito.

    MM : Yo lo encontré interesante porque se podía poner en relación una historia, un detalle…

    CP : Sí, porque además la situación cambia completamente. En una es un chef, y en la otra es una chica vestida de novia. No es que yo haya reutilizado el recurso. Además era una experiencia x autobiográfica : a mi me pasó. Casi me quedo encerrada en una cámara frigorífica. Entonces como es algo que me marcó bastante, pues ha salido dos veces.

    MM : Por eso me interrogué : bueno, es una idea fija o algo que le ocurrió a Carmen Posadas ?
    En otra novela corta de “ mi hermano Salvador y otras mentiras ” dice el personaje, lo leo : “ …un escritor no tiene nunca bastante distancia para juzgar de lo que escribe ”. Ese personaje lo dice, y tú ¿lo piensas ?

    CP : Sí, sin duda. Sobre todo cuando termino una novela procuro dejarla descansar, meterla en un cajón, no sé, como hacer una paella, igual. Dejarla reposar, porque cuando la reeles te das cuenta de una cantidad de cosas que en su momento no has visto. Y es útil también el hacerlo con otra persona. Yo tengo una gran amiga con la que reescribo todas mis novelas, sí. Y tenemos que dejar pasar un tiempito porque uno no tiene perspectiva. Igual que pasa con la vida : uno muchas veces es el peor juez de sí mismo porque no tiene perspectiva.

    MM : Entonces como decíamos antes cuando acabas de escribir una novela no es llegar a la última página sino dejar pasar un tiempo y luego...

    CP : Y luego reescribir y reescribir. Si. Yo admiro mucho a esos escritores que dicen “ me sale todo perfecto ”, y al minuto, ya. ¡Qué barbaro ! Porque no sabes lo que yo reescribo… Además como me da terror que se me borre en el ordenador, imprimo, y es que voy a acabar con los árboles del Amazonas. Llevo imprimiendo todo el rato.

    MM : En qué corriente literaria podrías situar tu obra ?

    CP : Yo creo que al final, a pesar de que llevo mucho tiempo viviendo en España, y por supuesto quiero a este pais, y mis hijas son españolas y mi marido también lo era, yo soy una escritora latinoamericana carísimamente. Una escritora latinoamericana, y en concreto rioplatense, porque es muy distinto un escritor del Caribe, por ejemplo Garcia Marquez, a un escritor rioplatense¿no ? Nosotros no tenemos influencia indígena prácticamente, pero en cambio tenemos mucha influencia europea distinta de la española, en concreto inglesa o francesa. Yo diría que soy rioplatense.

    MM : Y cómo podrías definir la situación actual de la novela española ?

    CP : Yo creo que es un momento muy rico ; que hay cantidad de escritores. Un momento muy ecléctico porque hay de todo. No sé qué es lo que va a permanecer y qué no, porque eso lo tiene que decir el tiempo. Una vez más hace falta que repose como la paëlla. Pero el que haya una oferta tan grande de alguna manera significa que es un momento cultural interesante. Después de la transición por ejemplo y gente de distintas generaciones. Lo que no hay es muchos escritores mestizos. Yo me considero una escritora mestiza, de cultura mestiza por lo menos.Y de eso no hay todavía. Pero el mestizaje, pienso que siempre es enriquecedor.

    MM : Pero más urugaya que española, entonces ?

    CP : Sí, sí, más uruguaya que española pero mestiza ; no necesariamente de sangre sino mestiza de influencias.

    MM : ¿Cuáles son tus libros y tus autores fundamentales ?

    CP : Bueno eso cambia a lo largo de los años. Si me hubieras hecho esta pregunta el año pasado, te hubiera contestado otra cosa, pero los fijos, digamos los fondo de armario, serian sin duda Dickens y Shakespeare. Después me encanta Proust porque creo que tiene un sentido del humor maravilloso y un poder de observación que yo admiro mucho. Después me gustan también unos escritores con apariencia ligera pero que tienen fondo como puede ser Evelyn Vaught o puede ser Truman Capote. Me gustan mucho los escritores latinoamericanos por supuesto, Cortázar, Borges, García Marquez sin duda, Vargas Llosa. Sí, yo creo que Latinoamérica ha dado una sangre nueva a la literatura. Pienso que nosotros estamos más pegados a la tierra de alguna manera ; y que ha sido el boom latinoamericano que ha hecho una aportación muy importante a la cultura mundial.

    MM : Y de esos libros fundamentales o autores fundamentales para tí, tienes alguna frase que te ha ayudado, que te ha inspirado, que ha orientado tu vida, en fin una frase fundamental para tí ?

    CP : Supongo que hay muchas pero ahora me acuerdo de una de Evelyn Vaught que yo cito bastante cuando me preguntan que por qué utilizo tanto el humor en mis novelas. El decía que la vida es demasiado seria como para tomarsela en serio. Entonces yo creo que el humor en la vida en general pero en la literatura en concreto es fundamental porque hay cosas muy terribles que solamente se pueden retratar a través del humor.

    MM : Has escrito con Sophie Courgeon, tu traductora, “ A la sombra de Lilith ”, y con tu propia hija también. Entonces, qué experiencia es, cómo has vivido esto de compartir autoría ?

    CP : Bueno, escribir como te decía antes es un acto muy, muy solitario. Entonces es muy difícil compartir con otra persona. Yo no creo que fuera capaz de escribir una novela a medias con nadie, ni siquiera con mi hija que nos divertimos mucho y lo pasamos muy bien juntas. El tipo de libro que hemos escrito tanto con Sophie Courgeon que con Sofía mi hija, son libros que se pueden hacer a la limón como dicen en los toros. En el caso de mi hija, ella es médico, y entonces nosotras teníamos una columna en un periódico que se llama “ el diario del hipocondriaco ”. Yo era el hipocondriaco, todas las semanas tenía una enfermedad horrible y mi hija era la que daba la solución. Entonces era fácil porque yo era el hipocondríaco, y ella era el médico. Y en el caso de Sophie Courgeon hicimos un libro que se llama “ A la sombra de Lilith ”, que es un ensayo sobre las mujeres y el poder. Cómo en el origen, digamos en las sociedades más primitivas, el poder estaba compartido. Luego la mujer tuvo un momento en que era casi una diosa digamos. Y luego vino toda la época en la que el marido digo el hombre ha tenido preponderancia. Entonces era muy fácil, porque nos dividíamos el trabajo. Ella se ocupaba de unos capítulos y yo me ocupaba de otros. Ese tipo de libro se puede escribir a cuatro manos, pero una novela…yo no sé cómo se hace.

    MM : Cómo te organizas en el trabajo a la hora de encarar un libro, una novela,… ?

    CP : Bueno antes de comenzar a escribir una novela, leo mucho alrededor del tema que quiero tratar. Por ejemplo el buen sirviente, trataba del tema del diablo ; lo más divertido del libro fue lo que leí sobre el diablo. Empezando por la Biblia, siguiendo por los santos padres, yo qué sé, Giovani Papini,… Bueno, todas las lecturas que tenian que ver con el diablo. Y una vez que ya tenía ese fondo digamos, lo que tiene que hacer un novelista es olvidarlo, normalmente, porque sino corre le peligro de convertirse en un escritor pedante que parece que está dando clases a los lectores, ¿ no ? Como diciendo miren lectores lo listo e inteligente y lo mucho que sé yo y lo idiotas que son ustedes. Hay que aprender mucho para escribir una novela pero hay que desaprender también. Y después el método, cómo hago? Soy como una oficinista (risas) : todos los días a las ocho de la mañana me siento delante del ordenador y se me ocurra algo o no se me ocurra, no me levanto de ahí hasta las dos de la tarde.

    MM : Me imagino que siempre se te ocurre algo, no ?

    CP : Sí, algunas veces más y otras veces menos. Pero yo creo mucho más en eso que dicen los ingleses :
    “ is not inspiration, is perspiration ”. No es inspiración es sudoración.

    MM : Puedes decirnos si estás escribiendo algo, o tienes en vista algo ?

    CP : Sí, acabo de terminar una novela, pero me falta planchar todavía, que es sobre la maldad. Me interesaba el tema de la maldad. Una vez que había escrito sobre el diablo supongo que era el paso obligado. Pero no la maldad de los locos, ni psicópatas, ni nada de eso ; sino la maldad de los cuerdos que es tan inquietante. Entonces me dí cuenta que para escribir sobre ese tema me tenía que remitir a la infancia. Y luego me topé con una anécdota, pero enfin es un caso real, de una historia que ocurrió en EE.UU y que es la base de esta novela que no tiene título de momento ; no se me ocurre.

    MM : Aquí donde estamos en esta Universidad, la calle lleva el nombre de un famoso poeta español : Antonio Machado. Te voy a leer un verso de él y me dirás lo que piensas : “ Ama tu alegría y ama tu tristeza si buscas caminos en flor en la tierra ”

    CP : Tiene toda la razón, si , estoy completamente de acuerdo, porque hay gente que ama la alegría y otra gente que ama la tristeza ; pero las dos cosas, muy pocas personas. Y pienso que es una frase muy equilibrada y que me la voy a apuntar

    MM : Luego te la doy entonces si quieres. A ver, ¿ la palabra que más te gusta ?

    CP : El otro día me hicieron esta pregunta para la televisión. Y ahorita me encanta una palabra como sonido pero que el significado es malo. Es curioso porque como yo me estoy peleando todo el tiempo con las palabras… Para mi las palabras tienen carácter, tienen personalidad ; y hay palabras bonitas como la palabra amor ; osea que el significado es muy bonito pero la palabra amor a mi me parece muy fea, no me gusta nada. En francés suena mejor : “ amour ”. Suena mejor. Pero amor… En francés, nada. Y sin embargo hay palabras que significan cosas feas pero que son muy bonitas. Por ejemplo la palabra malaria. A que es bonita, ¿ no ? (risas)

    MM : Y ¿ la que menos ?

    CP : Y la que menos me gusta …. pués yo qué sé. Igual que te decía que amor es una palabra fea para mí, el significado es bonito obviamente. Pero palabras feas, no sé, hay tantas…Hay palabras que yo procuro usar poquísimo por ejemplo la palabra olor. No me gusta olor. (risas)

    MM : Bueno, llegamos al final de la entrevista : hay alguna pregunta que te hubiese gustado que te hiciera ?

    CP : No yo creo, me has hecho una cantidad de preguntas buenísimas, con lo cual estoy muy contenta, sí, porque han sido diferentes. Además te lo agradezco mucho, Matilde.

    MM : Bueno, pues creo que acabamos aquí.

    CP : gracias a tí.

    MM : Gracias a tí, sí, sí. Y espero que nos sigas deleitando con todos tus libros durante muchos años.

    CP : ¡Ojala ! y que nos veamos.

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