Entretien

Entretien avec Ciro Guerra (Rencontres 2008)

Réalisation : 30 mars 2008 Mise en ligne : 30 mars 2008
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Descriptif

Ciro Guerra, cinéaste colombien, a fait un film, "L'ombre de Bogotá" (La sombra del caminante), singulier et austère, qui relate une amitié entre deux hommes, l'un est un déplacé victime de la guerre, l'autre un homme étrange et masqué, qui exerce un vieux métier: celui de porteur d'hommes. Le cinéaste est arrivé à la capitale à l'époque où ont commencé à affluer les déplacés, où certains ont occupé des lieux et il veut traiter le sujet de la guerre sans se laisser écraser par les images télévisées et banalisantes, en montrant comment la guerre pénètre les consciences, et seule l'amitié peut en guérir les plaies. En Colombie, les lois du cinéma vont permettre une renaissance de la cinématographie. "Cinéma en Construction" a permis à son film de parvenir jusqu'aux salles obscures, il est actuellement dans les salles de Midi-Pyrénes, et en Colombie, il fait une carrière longue dans le temps, et se vend en DVD.

Intervenants
Thèmes
Notice
Langue :
Espagnol, castillan
Crédits
Université Toulouse II-Le Mirail SCPAM (Publication), Université Toulouse II-Le Mirail (Production), Nathalie MICHAUD (Réalisation)
Conditions d'utilisation
Tous droits réservés aux auteurs et à l'Université Toulouse II-Le Mirail.
Citer cette ressource:
UT2J. (2008, 30 mars). Entretien avec Ciro Guerra (Rencontres 2008). [Vidéo]. Canal-U. https://www.canal-u.tv/41361. (Consultée le 28 juin 2022)
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Entretien avec Ciro Guerra - Traduction
Odile Bouchet : Bonjour, Ciro Guerra. Vous êtes un cinéaste colombien. Vous nous avez offert ce film, à la fois très beau et austère, qu’est L’ombre de Bogotá.
Ciro Guerra : Bonjour.
Odile Bouchet : Pouvez-vous nous parler un peu de cette idée, de ces personnages si singuliers ?
Ciro Guerra : Eh bien, le film est né quand je suis arrivé à Bogotá. En fait, je ne suis pas de la capitale, je viens d’une petite province. Quand je suis arrivé à Bogotá pour la première fois, en 1998, je me suis retrouvé… dans les rues, on voyait une grande vague des déplacés, fuyant la violence de certaines régions du pays. Et ces gens sont… enfin, ils arrivent à Bogotá sans rien et commencent à sortir, ils sortent dans la rue pour trouver comment gagner leur vie, parfois de manière peu ordinaire. En fait, d’où je viens, il y a très longtemps, il y a 20 ans, j’avais vu un homme qui portait des gens sur son dos. Et dans le contexte de la Bogotá d’aujourd’hui, de ses rues, de ce qu’on appelle la débrouille, c’était une image transposable du contexte rural à la ville et qui pouvait avoir une certaine signification, non ?... C’est un peu à partir de là qu’a commencé la construction des personnages du film.
Odile Bouchet : Ce personnage du porteur d’homme fait écho à Humboldt et Luis Alejandro Restrepo avait déjà fait… une œuvre d’art vidéo qui s’appelle El paso del Quindío, d’après la gravure de Humboldt, non ?
Ciro Guerra : Oui. Aujourd’hui encore, on le voit dans la Cordillère de Baudó dans le Chocó, sur la côte pacifique de la Colombie, on voit encore ce personnage qui porte les gens. Dans certaines parties du Magdalena Medio, c’est en fait une sorte de travail hérité de l’époque coloniale. Mais qui, d’une certaine façon, a survécu jusqu’à aujourd’hui et qu’on retrouve, c’est vrai, dans très peu d’endroits… C’est une image très forte.
Odile Bouchet : Humboldt dit de très jolies choses à leur sujet. Il dit que ce sont des hommes rudes mais qu’ils sont libres. Que c’était des hommes fiers de leur travail car ils n’avaient pas de maître. Je me demandai si cette idée était présente aussi dans votre film, car ce personnage est plutôt étrange, non ?
Ciro Guerra : Eh bien… Quelqu’un a dit, un jour, à propos de ce métier, que le pouvoir a toujours appartenu à ceux d’en bas. Et pas à ceux d’en haut.
Odile Bouchet : Oui, c’est sûr. C’est sûr.
Ciro Guerra : C’est une idée récurrente dans le film.
Odile Bouchet : Oui. Et… et l’autre ?
Ciro Guerra : L’autre est inspiré d’un… d’un, de deux personnages que j’ai connus dans… dans une communauté déplacée qui a pris la tête de la Croix Rouge de Bogotá pendant deux ans… ils ont tout fait pour y vivre et pour faire de cette vie une protestation. J’ai connu là-bas un personnage avec qui j’ai beaucoup échangé, dont je me suis bien inspiré pour construire l’autre personnage. Mais, l’acteur qui l’a interprété lui a aussi beaucoup apporté. En fait, le rôle était écrit d’une certaine manière et cet acteur l’a un peu transformé ; à travers sa création, je crois qu’il l’a rendu plus profond et plus humain.
Odile Bouchet : Il est très intense, très intense. Et la relation que vous créez entre les deux est aussi très forte. Et le fait que le porteur ait le visage caché. Et puis, le noir et blanc, tous ces choix, pouvez-vous nous parler un peu de cette présentation ?
Ciro Guerra : Eh bien, la structure est un peu construite de telle sorte que le film va d’un silence très profond au dialogue, à l’ouverture. Nous avons donc deux personnages qui ne communiquent pas entre eux ou qui communiquent très peu. Lentement, ils vont trouver le chemin vers le dialogue. Le silence… du silence qui vient de la guerre, au dialogue qui peut être un chemin vers la paix. C’est le seul chemin que je connaisse. Et donc, l’idée était d’aborder ces sujets mais en s’éloignant un peu de… en s’éloignant le plus possible des images récurrentes présentées par les médias. Car les médias nous présentent sans arrêt les images des guerres qui ont lieu dans le monde mais la surabondance de ces images nous a insensibilisés, a insensibilisé l’homme moderne et je crois que… ce qui n’est jamais montré par les médias constitue notre travail de cinéastes : ce qu’il s’agit de construire, c’est l’être humain qui se trouve derrière ces images et qui transcende ces images.
Ainsi, dans le cadre de cette quête, mon idée était de faire un film qui soit très urbain, mais en même temps très réel, très réaliste, mais pas totalement réaliste. Comme si c’était un film qui pourrait trouver sa voie entre le réel et l’onirique, entre le documentaire et la fiction aussi. Alors, en voyant quelques vieilles photos de Bogotá des années 30, 50, je me suis rendu compte que c’était cette sensation-là que je voulais transmettre. Cette sensation de documentaire historique, et permettre en même temps que le noir et blanc crée de la distance avec le spectateur. C’est-à-dire quelque chose de très vrai, de très vivant, de très présent, pour que cette rue que l’on voit tous les jours devienne un autre lieu, quelque chose d’autre, un lieu cinématographique. Peu à peu, je ne pouvais plus voir le film après ça, je ne pouvais plus l’imaginer autrement qu’en noir et blanc.
Odile Bouchet : De toute façon, comme ça c’est très bien. C’est comme ça que c’est bien. Je veux dire, cette austérité dont je parlais au début est présente avec ce noir et blanc et avec ces deux personnages. Ils sont dans la ville mais c’est comme s’ils étaient seuls aussi. Et bon, vous voyez la… enfin, cette relation d’amitié qui s’établit et qui, ensuite, parvient à son terme, vous la considérez vraiment comme une solution de rapprochement entre les gens pour résoudre les problèmes multiples de votre pays, non ?
Ciro Guerra : Oui, c’est ça. Vers la fin, le… La résolution finale du film est délibérément ambigüe parce qu’elle obéit un peu à ce que le spectateur, à la position que le spectateur prend sur ce qui… sur les évènements qui lui sont présentés. Il y a des gens qui pensent que la fin du film est pessimiste, d’autres qui pensent qu’elle est optimiste, et cela dépend de la relation qu’ils ont avec la décision que prend le personnage à la fin. S’ils sont d’accord avec cette décision, s’ils ne le sont pas, ou s’ils l’interprètent d’une façon ou d’une autre, il y a différentes manières de voir le film, de l’interpréter, toutes sont valables. Mais, comme je dis, c’est une discussion que je ne peux pas clore, qu’il ne m’appartient pas de clore…
Odile Bouchet : Ce n’est pas à vous de le faire, c’est sûr.
Ciro Guerra : … cela appartient au spectateur et découle de la position qu’il prend, lui. C’est aussi ce spectateur-là que je recherche.
Odile Bouchet : Vos acteurs, qui sont tous deux extraordinaires, sont des gens du métier, c’est-à-dire, ce sont des professionnels tous les deux ?
Ciro Guerra : Oui, du théâtre. L’un est professionnel, l’autre pas vraiment. Le deuxième a de l’expérience au théâtre mais il se consacre à l’enseignement. Mais je l’ai recruté pour le film et il a été très bon.
Odile Bouchet : C’était un casting excellent. Sans aucun doute. Vraiment, ils sont excellents. Sinon, je voulais vous demander, étant donné que vous êtes passé par Cinéma en Construction, on imagine que c’était pour finir le film, suite à des problèmes financiers, et il y a une nouvelle loi sur le cinéma en Colombie, n’est-ce pas ? Pouvez-vous nous en parler un peu et aussi des perspectives qu’elle peut vous offrir, à vous et aux autres cinéastes de votre pays ?
Ciro Guerra : Oui. Quand on a commencé ce film, on était un groupe de jeunes universitaires faisant un film avec une caméra comme celle-là et on n’avait vraiment pas les moyens de le mener à bien, de le finaliser. On l’a fait un peu dans le but de s’exprimer mais sans penser pour autant à le commercialiser, ni à quoi que ce soit de similaire. À ce moment-là, le cinéma colombien allait vraiment mal, on sortait deux films par an dans le meilleur des cas, et il n’y avait aucune aide… J’ai pu être sélectionné par Cinéma en Construction, que j’ai connu grâce à Jaime Osorio, un producteur qui est décédé l’année dernière. Et grâce à eux, on a obtenu le soutien pour le finir, en faire un film qui puisse être exploité commercialement dans différents pays. Et oui, vraiment, sans le soutien de Cinéma en Construction, ce film n’aurait pas été diffusé. C’est un cas un peu extrême, dans le sens où ces films-là… ont besoin de ce genre d’initiatives pour être finis. Sans elles, ils ne peuvent exister. Et donc, grâce à Cinéma en Construction, on a fini le film et notre parcours est déjà très intéressant. Au moment où le film est sorti en Colombie, une loi sur le cinéma a été votée. C’était en 2005 et le film a obtenu une aide à la distribution, il a donc pu avoir une bonne distribution en salles, et depuis, la production en Colombie n’a cessé d’augmenter. Il sort… De deux films par an, à ce moment-là… on fait maintenant… il sort entre huit et dix films par an, c’est la production… C’est beaucoup plus facile de produire un film. Alors, oui, en ce moment, je travaille sur un autre projet qui va se faire avec beaucoup plus de… avec des moyens, enfin, plus décents, parce qu’il existe maintenant des possibilités de financement bien plus sérieuses pour le cinéma colombien.
Odile Bouchet : C’est une bonne chose. Et quel accueil a reçu votre film en Colombie ?
Ciro Guerra : Il a été très bien accueilli. C’est un film qui est sorti discrètement, ce n’est pas un film commercial. Donc il est sorti dans peu de salles mais il est resté un bon bout de temps à l’affiche. Et petit à petit… Et même quand il n’était plus à l’affiche, on le projetait encore…
Odile Bouchet : Dans des petites salles…
Ciro Guerra : … dans les circuits alternatifs pendant longtemps. Même aujourd’hui, on peut encore le voir.
Odile Bouchet : C’est super. Ici aussi.
Ciro Guerra : Il est sorti en DVD et ça marche bien, ensuite il est passé à la télé. C’est comme une succession de portes qui s’ouvrent, on n’aurait jamais imaginé ça. C’est un film qui a trouvé son public petit à petit, mais aujourd’hui je pense que c’est un film très apprécié. En fait, au début, on n’en avait pas l’impression, mais, ensuite, on s’est rendu compte que ce film avait trouvé son public et qu’il avait… que le public a su l’apprécier.
Odile Bouchet : C’est vraiment bien.
Ciro Guerra : C’est ce qui nous a aidés pour ce deuxième film que nous allons bientôt commencer.
Odile Bouchet : Très bien. Alors, on va bientôt vous revoir ?
Ciro Guerra : J’espère. Je le souhaite.
Odile Bouchet : Je l’espère aussi. Bien. Merci beaucoup Ciro.
Ciro Guerra : Non, merci à vous. C’est un plaisir d’être ici.
Traduction : Sandrine Lafoix, Marie Laudet, Julie Maurel

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Entretien avec Ciro Guerra - Transcription
Odile Bouchet : Buenas tardes, Ciro Guerra, cineasta colombiano, que nos dio esa película muy hermosa, y austera también, que es La sombra del caminante. Ciro Guerra : Hola, buenos días. Odile Bouchet : Puedes hablar un poco de esa idea, de esos personajes tan singulares. Ciro Guerra : Bueno, la película nace un poco cuando yo llego a Bogotá. O sea, yo soy de afuera, de una pequeña provincia. Y cuando llego a Bogotá por primera vez, en el año 98, encuentro… se veía por las calles una gran ola de desplazamiento de gente que ha venido espantada por la violencia en algunas regiones del país. Y esta gente está... pues, llega a Bogotá sin tener nada y empieza a salir, a salir a la calle, va a buscar maneras de ganarse la vida, algunas de esas maneras muy extrañas. Entonces, en mi provincia natal, había visto, hace mucho tiempo, hace 20 años, había visto a un hombre que se dedicaba a cargar a otras personas en la espalda. Y en todo este contexto de la Bogotá actual, de la calle de la Bogotá actual, de lo que se conoce como el rebusque, era una imagen que se podía atraer del contexto rural a la ciudad y que podía, pues, tener alguna significación, ¿no? Un poco… a partir de ahí empieza un poco la construcción de los personajes de la película. Odile Bouchet : Ese personaje del cargador de hombres tiene su referencia, ¿no?, con Humboldt y Luis Alejandro Restrepo había hecho ya… tiene una cuestión de video arte que se llama El paso del Quindío a partir del grabado de Humboldt, ¿no?
Ciro Guerra : Sí. Y todavía se ve en la Serranía del Baudó en Chocó, en el Pacífico colombiano, todavía se ve este personaje que carga gente. En algunas partes del Magdalena Medio, es como que es un oficio que es de la colonia, ¿no?, que viene. Pero que, de alguna manera, sobrevivió hasta nuestros días, y pues se ve, en muy pocos lugares, pero pues… Es una imagen muy poderosa.
Odile Bouchet : Humboldt dice de ellos cosas muy bonitas. Dice que son hombres rudos, pero que son libres. Que eran hombres orgullosos de su trabajo porque no tenían amo. Y yo me pregunté si esa noción estaba presente también en tu película porque ese personaje es bien extraño, ¿no?
Ciro Guerra : Pues… O sea, alguien decía alguna vez sobre este oficio que el poder, siempre lo ha tenido quien está abajo ¿no? No quien está arriba.
Odile Bouchet : Eso es cierto. Eso es cierto.
Ciro Guerra : Eso es una idea recurrente en la película.
Odile Bouchet : Sí. Y… y el otro ?
Ciro Guerra : El otro está inspirado en un… en un, en dos personajes que conocí en unos… en una comunidad desplazada que se tomó la sede en la Cruz Roja en Bogotá durante dos años… hicieron ahí para vivir y un poco para hacer de esa vida una protesta. Conocí ahí a un personaje con el que dialogué mucho, del cual tomé mucho para construir el otro personaje. Pero también hubo un gran aporte del actor que lo interpretó. Pues, el personaje estaba escrito en una manera y este actor le dio un poco la vuelta y, a través de su creación, creo que lo hizo más fuerte y más humano.
Odile Bouchet : Es muy fuerte, es muy fuerte. Y la relación entre los dos que creas también es muy fuerte. Y el hecho de que el cargador viene con la cara oculta. Y bueno, y el negro y blanco, toda esa elección, puedes hablar un poco de esa manera de presentar ?
Ciro Guerra : Bueno, la estructura está un poco construida de tal manera que la película va de un silencio muy profundo al diálogo, ¿sí?, a la apertura. Entonces tenemos dos personajes que no se comunican o se comunican muy levemente. Lentamente van encontrando el camino hacia el diálogo, ¿no? El silencio… el silencio que viene de la guerra, ¿sí?, al diálogo que puede ser un camino hacia la paz. O que es el único camino que yo conozco. Y pues, un poco, la idea era hablar de esos temas pero alejándose un poco de lo… alejándose lo más posible de las imágenes recurrentes que presentan los medios, ¿no? Pues los medios nos presentan todo el tiempo las imágenes de las guerras que occurren ocurren en el mundo y sí, pero esa sobresaturación de esas imágenes nos ha insensibilizado, ha insensibilizado al hombre moderno y creo que… y lo que nunca los medios presentan es lo que es nuestra labor como cineastas, un poco construir, es el ser humano que hay detrás de esas imágenes, y que trasciende esas imágenes.
Entonces, dentro de esa búsqueda, estaba la idea de hacer una película que fuera muy urbana, pero muy real al mismo tiempo, muy realista, pero no del todo realista, como si fuera una película que pudiera transitar un camino entre lo real y lo onírico, entre lo documental y la ficción también, ¿no? Entonces, viendo un poco fotografías viejas de la Bogotá de los años 30, 50, encontré que esa era un poco una sensación que quería transmitir, ¿no?, como esa sensación de documento histórico, ¿no? y permitir a la vez que el blanco y negro distanciara al espectador. O sea una cosa que es muy real y muy viva y muy presente, para que esa calle que se ve todos los días se convierta en un lugar diferente, ¿no?, en otra cosa, en un lugar cinematográfico. Lentamente, no pude ver la película después de eso, no pude ver la película de otra forma que no fuera en blanco y negro.
Odile Bouchet : De todas formas, así está muy bien. Es así como está bien. Quiero decir, esa austeridad de la que yo hablaba al principio está presente en este blanco y negro y en esos dos personajes. Están en la ciudad pero están como solos también, ¿no? Y bueno, tu ves la… o sea esta relación de amistad que se establece y que después lleva a su final,¿no? Tú la ves como, sí, una solución de acercamiento entre la gente, de resolver los problemas múltiples en tu país, ¿no?
Ciro Guerra : Sí, pues igual… Hacia el final, la pe… La resolución final de la película es decididamente ambigua porque obedece un poco a lo que el espectador, a la posición que el espectador asuma sobre lo que… los eventos que se presentan. Hay gente que piensa que es pesimista el final de la película, hay gente que piensa que es optimista, y eso depende de la relación que tengan con la decisión que toma el personaje al final. Si están de acuerdo con esa decisión, si están en desacuerdo, o si la interpretan de una u otra manera, la película tiene diferentes maneras de verse y de interpretarse, pues todas son válidas. Pero pues como te digo, ésta es una discusión que no puedo cerrar, que no me corresponde cerrar…
Odile Bouchet : No te toca a ti, claro.
Ciro Guerra : …que es del espectador, y de la posición que asuma él, pues, eso es el espectador que busco también.
Odile Bouchet : Y tus actores que son ambos extraordinarios, son gente del oficio, o sea quiero decir son profesionales los dos?
Ciro Guerra : Sí, del teatro. Uno es profesional, el otro no tanto. El otro tiene experiencia teatral pero se dedica a la docencia. Pero lo recluté para la película y fue muy bueno.
Odile Bouchet : Fue un reclutamiento brillante. No hay problema. Realmente, son excelentes, ¿no? Bueno, a otros niveles, te quería preguntar, como pasaste por Cine en Construcción, pues se supone que eso es para terminar, por problemas financieros, y hay una nueva ley de cine en Colombia ahora, ¿no? ¿Puedes hablar un poco de eso y de las perspectivas que te puede dar a ti o a otros cineastas en tu país?
Ciro Guerra : Sí, bueno, cuando empezamos esta película éramos un grupo de jóvenes universitarios que hicimos una película con una cámara de éstas y realmente no teníamos posibilidades de llevarla, de finalizarla, pues. La hicimos un poco con la necesidad expresiva de hacerla pero no pensando tampoco en un asunto de comercio, ni algo parecido. Y, en ese momento, el cine colombiano estaba muy mal, se estrenaban dos películas al año en el mejor de los casos y no había ayudas de ningún tipo y bueno… Se da la convocatoria a Cine en Construcción a la que llego a través de Jaime Osorio, un productor que falleció el año pasado. Y bueno, pues, gracias a ellos obtenemos el apoyo para terminarla, convertir una película que puede estrenarse comercialmente en los diferentes países. Y pues, sí, si no fuera por el apoyo de Cine en Construcción, esta película no se podría ver. Éste es un caso un poco radical, en el sentido de que son películas que se hace… que necesitan este tipo de iniciativas para terminarse. Sin ellas, no pueden existir. Entonces, gracias a Cine en Construcción terminamos la película y ya tenemos un recorrido muy interesante. Para el momento en que la película se estrena en Colombia, se ha aprobado una ley de cine, que fue en el año 2005, y la película obtiene un apoyo para su distribución, entonces puede tener una buena distribución en salas y desde entonces la producción en Colombia ha venido en aumento. Se estrenan… De dos películas al año, en este momento… se están haciendo… se están estrenando entre ocho y diez películas al año, es la producción… Hay como mucha más facilidad de producción. Entonces, en estos momentos, sí, estoy trabajando en un siguiente proyecto que se va a hacer con mucho más… con recursos, pues, más decentes, pues, porque ya existen posibilidades de financiación mucho más serias para el cine colombiano.
Odile Bouchet :¡Qué bueno ! Y la acogida de tu película en Colombia, ¿qué tal fue?
Ciro Guerra : Pues, fue muy buena. Es una película que salió pequeña, que no es una película comercial. Entonces es una película que sale en pocas salas pero se sostiene… se sostiene por un buen tiempo en la cartelera. Y lentamente, como que… Y aun cuando sale de carteleras, se sigue proyectando...
Odile Bouchet : En salitas…
Ciro Guerra : … en los circuitos alternativos durante mucho tiempo, hasta hoy todavía se sigue proyectando.
Odile Bouchet :¡Qué bueno¡ Aquí también.
Ciro Guerra : En DVD sale y le va muy bien, después se presenta por televisión. Pues es como una serie de ventanas que no hayamos podido pensar. Es una película que lentamente ha encontrado su público pero que hoy en día siento que es una película muy valorada. O sea, como que al principio tal vez no parecía pero después, nos hemos dado cuenta que es una película que ha encontrado su público y que tiene… que el público la valora suficientemente.
Odile Bouchet :¡Qué bueno!
Ciro Guerra : Lo cual nos ha facilitado hacer esta segunda película que empezamos pronto.
Odile Bouchet : Muy bien. Así que te vamos a ver de nuevo dentro de poco, ¿no?
Ciro Guerra : Espero. Ojalá.
Odile Bouchet : Eso espero. Bueno. Muchas gracias, Ciro.
Ciro Guerra : No, gracias a ti. Es un placer estar aquí.
Transcription réalisée par : Sandrine Lafoix, Marie Laudet, Julie Maurel

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