Entretien

Entretien avec Eduardo Montes Bradley (Rencontres 2008)

Réalisation : 2 avril 2008 Mise en ligne : 2 avril 2008
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Descriptif

Une interview avec Eduardo Montes-Bradley, cinéaste argentin, documentariste et producteur.

Thèmes
Notice
Langue :
Espagnol, castillan
Crédits
Université Toulouse II-Le Mirail SCPAM (Publication), Université Toulouse II-Le Mirail (Production), Nathalie MICHAUD (Réalisation)
Conditions d'utilisation
Tous droits réservés aux auteurs et à l'Université Toulouse II-Le Mirail.
Citer cette ressource:
UT2J. (2008, 2 avril). Entretien avec Eduardo Montes Bradley (Rencontres 2008). [Vidéo]. Canal-U. https://www.canal-u.tv/34635. (Consultée le 28 juin 2022)
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Traduction complète

- Odile Bouchet : - Eduardo Montes-Bradley, cinéaste argentin, documentariste, producteur, et quoi encore en cinéma?

- Eduardo Montes-Bradley : En cinéma j’ai fait un peu de tout, de l’édition, j’ai même osé la critique de cinéma, c’était à mes débuts, mais je me suis rendu compte que c’était une tâche à la fois impossible et méprisable. C’est pourquoi je me suis consacré à faire du cinéma, et j’ai laissé tomber la critique. J’ai commencé comme correspondant d’un journal de cinéma de New York dans les années… à la fin des années 70, ce journal s’appelait El heraldo del cine, l’un des plus anciens, fondé par Chas de Cruz au début du siècle. C’était à l’époque de la dictature, et il convenait, dans le but de conserver l’intégrité de la santé physique et morale, de s’éloigner un peu, je suis donc parti comme correspondant d’El heraldo del cine à New York. C’est là que j’ai travaillé. A l’époque, le patron de la publication était Ángel Belllaba qui par la suite est devenu lui aussi producteur de cinéma.

- Bon, et pourquoi le documentaire ?

- Ah ! parce que je ne supporte pas les acteurs. C’est à dire que j’ai commencé avec… Désolé, mais en fait j’avais deux problèmes : un, je ne supportais pas les acteurs, et je finissais par épouser les actrices.

- Ce qui fait beaucoup.

- C’était trop : trois longs métrages faisaient trois mariages, alors je me suis dit que ça n’allait pas. J’ai donc commencé à travailler avec des morts qui étaient bien moins… euh…

- Nuisibles.

- Le préjudice était moindre. En plus, ils ne te répondent pas, ils ne sont affiliés à aucun syndicat, le syndicat des morts n’existe pas. Donc je me suis dit : « allons vers les écrivains morts, tu vois, Borges… »

- Cortázar.

- Cortázar, mais là tu avais affaire au syndicat des veuves vivantes.

- Il est costaud, celui-là, non ?

- Elles sont très fortes. Derrière tout grand homme il y a une veuve avec une caisse enregistreuse.

- C’est ça.

- C’est un problème : Yoko Ono, Aurora Bernárdez, Kodama, tous les grands protagonistes de la culture ont laissé une femme… mais au moins, ils ne les laissent pas au gouvernement, ça c’est ce que font les péronistes. Eux, ils meurent et te laissent leur femmes.

- Il y en a une qui est morte avant et tu lui as fait un film.

- Oui, le fait de ne pas parvenir jusqu’au gouvernement a été de la part d’Evita une humble contribution à la politique nationale.

- C’est ça.

- C’est un personnage difficile, surtout parce que… J’aime les personnages qui sont dévalorisés par la fiction. Ceux que j’ai choisis en font partie. Par exemple Evita : qui est-elle réellement au-delà du Show de Broadway ? De Andrew Lloyd Weber, il est très bon. Je me souviens, je l’ai vu en 80. En réalité, c’est une scène pathétique : je marchais dans Manhattan, ça devait être… Si je me souviens bien, c’était dans la Sixième Avenue, tout d’un coup, je vois passer un bus, un de ces autobus interurbains qui portait… ils avaient commencé à coller les affiches de pub à Broadway, avant il n’y en avait pas. Sur l’affiche on lisait Evita, et moi j’avais quitté l’Argentine avec une trouille terrible, tu sais, une commotion due à tout ce qui se passait à cause su terrorisme péroniste des années 70, et la première chose que je vois, c’est l’affiche d’Evita. Je me suis dit : « C’est incroyable ! Ils ont gagné les élections ici aussi ! » ces sales péronistes dans un show à Broadway, ça me faisait un peu peur, ça me tracassait. Et c’était ce show d’Andrew Lloyd Weber avec Patty Lupone qui était vraiment extraordinaire. Bien évidemment les Argentins n’ont pas aimé, à cause des connotations, heu… orientées vers la prostitution… ajoutées… mais après il y a eu les films, celui de Madonna et Banderas, et j’ai eu l’impression que cette fille venue d’un bled de province, qui avait donnée son âme et sa vie même pour dépasser sa condition, et son corps aussi…

- Au passage.

- Pourquoi lui jeter la pierre ? j’en aurais fait autant si j’avais un corps comme le sien, mais je n’ai pas le physique du rôle.

- Non, c’est vrai.

- Elle méritait un documentaire qui raconte son histoire. C’était mon idée. En plus les documentaires d’avant que j’avais vus, je le dis sans craindre d’être pédant -mais de toutes façons tu as déjà dit que je suis argentin, donc j’ai le droit- étaient très mauvais. Je n’en avais pas vu un… en réalité, ce documentaire je l’ai fait pour moi. Pour moi, pour mes enfants, pour… chez moi, pour avoir une référence.

- Oui.

- Et on dirait qu’il est bon.

- Et celui sur le Che ?

- C’est une sorte d’exorcisme, parce que moi, pour la génération de… Pour ma génération, j’étais plus jeune.

- Bien sûr.

- J’ai donc pu vivre la transition, je me rappelle fort bien de la figure du Che et de ses « accomplishments » entre guillemets, et de sa mort, et de ce que ça a représenté chez moi, comme tragédie familiale autant que comme tragédie de classe… moyenne argentine. Car en définitive c’était ça : un héros de la classe moyenne argentine. De plus,, je me souviens d’amis de mon père qui… abandonnaient tout et partaient pour Salta pour rencontrer le Che quand il est venu de Bolivie, ou quand il avait envoyé… quand est venu de Cuba, ou il avait envoyé de Cuba Jorge Massetti pour qu’il aille avec L’Armée Révolutionnaire du Peuple. C’étaient des gens bien, qui laissaient femme et enfants, leur travail, et partaient à la bonne aventure là-bas, au beau milieu de la forêt vierge. Il y avait dans tout ça une forte dose de romantisme, surtout avec les lectures de l’époque, non ? On est un peu ce qu’on lit, si tu ne me crois pas demande un peu à Don Quichotte. Et avec le temps, j’ai perdu cet enchantement, et j’ai redimensionné le Che à une place où il ne m’intéresse plus politiquement. Et plus tard il a cessé de m’intéresser aussi sur le plan humain, il m’a semblé qu’il n’y avait pas de quoi s’exalter comme je le faisais adolescent. C’est un peu le phénomène freudien de l’assassinat du père : ton père aussi est un héros d’adolescence, et à l’âge adulte c’est un homme plus… un homme pour lequel on a grande considération. C’est pourquoi beaucoup de gens font des documentaires sur leur père. Moi, pour éviter de faire un documentaire sur mon père, j’en ai fait un sur le Che. Pour tenter de le ramener à des proportions plus justes en quelque sorte. Et je crois avoir été trop bienveillant, en fait, je n’ai pas réussi à sortir tout ce que j’avais sur la patate. Alors plus tard je…

- Tu vas en faire un autre ?

- Il y a une facette du Che qui me semble tout à fait sinistre et que je n’ai jamais réussi à…

- Digérer ?

- A comprendre. C’est sa pédanterie sur la mort. Il n’y a rien de joli dans la mort. Il n’y a rien d’héroïque à se sacrifier. Je crois que tout ça séduit la France depuis la fin du XVI° siècle, depuis les Essais de Michel de Montaigne, je crois que cela séduit l’Europe depuis la découverte de l’Amérique… mais celui qui en pâtit c’est moins bien. Une chose est de se mettre un béret à étoile rouge et sortir boire une bière au Capitole, une autre est de devoir supporter la censure de la presse et les limitations imposées par les divers autoritarismes de droite comme de gauche en Amérique Latine.

- Et ces autoritarismes divers t’ont atteint toi aussi il y a peu de temps, n’est-ce pas ? Avec Gualeguaychú ?

- C’en est un exemple… bien sûr, un exemple de plus de l’intolérance et de la stupidité. Avec… on a fait un film. En Uruguay, au bout de 25 ans d’annonces et de pré-production, se sont enfin installés deux moulins… qui ont une technologie de pointe, de fabrication de cellulose, de pâte à papier. L’une des entreprises est espagnole, l’autre finlandaise. L’espagnole ne s’est en fin de compte pas installée. Elle s’appelait Ense. Celle qui s’est installée, c’est la finlandaise. Un groupe de piqueteros argentins fort ignorants en la matière a décidé que cette usine allait contaminer le mode de vie bucolique des Argentins, attachés comme nous le sommes à la nature et à l’anti-pollution : nous avons de la merde jusque là, mais une entreprise suédoise ouvre une entreprise de papier sur la rive d’en face, et le problème fondamental est que cette entreprise est en face, et pas ici. Alors les piqueteros décident de couper la route et de commettre une quantité d’actes… antidémocratiques, anticonstitutionnels et violents qui en quelque sorte, s’en prennent à ma liberté de passer entre l’Argentine et l’Uruguay, comme devrait me le garantir - et elle me le garantit - la Constitution nationale. J’ai donc décidé de faire un article…. Pas un article, un film, pour mettre en évidence, d’une part, ce qui est le vrai progressisme, le progrès c’était Botnia, cette usine qui donne du travail à des quantités de gens, dans des conditions de production extraordinaires, avec un niveau très bas de pollution – penser à la non-contamination est absurde – l’existence de l’homme est… tu inspires de l’oxygène et tu expires du gaz carbonique.

- On pollue tous, oui.

- Rien qu’en respirant, non ? Et d’un autre côté il y a cette bande de troglodytes, de fascistes, de chemises noires, de fils de pute, d’écologis… eux se nomment « environnementistes », je ne sais toujours pas ce que c’est l’« environnementisme ». Je sais ce que c’est que l’écologie. Pour moi un environnementiste c’est un gars qui tient des désodorisants d’ambiance à la main, je ne sais ce que c’est qu’un « environnementiste ». Décorer des intérieurs. Ils n’ont pas la moindre idée de ce que c’est que l’écologie, ils l’ignorent, et cependant ils ont pris cette attitude, et moi j’ai fait un film sur ce thème. Ce qui m’a coûté d’avoir à partir pour l’Uruguay avec ma famille y passer quatre mois pour échapper aux menaces… constantes, j’étais traqué. On m’a interdit : l’Institut National de Cinématographie, par l’intermédiaire de sa sous-directrice, ou vice-présidente, une… une femme parachutée là, qui s’appelle María Lens, d’un mauvais goût profond et ignorante comme une carpe, m’a recommandé avec insistance de ne pas montrer mon film. Le risque était de perdre les subventions, c’est ainsi que fonctionne le péronisme, on te soutire ce qu’on veut avec l’argent, tu ne sors pas ton film, je te paie, je te paie mais tu ne montres pas ton film, je te… et on achète des volontés pour tout, non ? Alors comme je suis un homme de principes, je n’ai pas sorti mon film pour toucher l’argent. Et comme, bien sûr, ils sont péronistes, je n’ai pas sorti mon film et ils ne m’ont pas payé.

- Ce film n’a donc été vu nulle part ?

- Non. Mais l’heure de la vengeance a sonné, tu vas voir.

- Tu ne nous l’as pas envoyé non plus.

- Non. Je ne l’ai pas envoyé, et il va sortir en Argentine incessamment, dans un journal d’opposition, et en grand : 50 000 copies qui iront partout et… C’est un film qui a été très bien reçu par la critique. Il était au BAFICI, le festival de cinéma indépendant de Buenos Aires… et a été très bien accueilli, c’étaient des gens sympas, tu vois ?

- Bon, c’est bien, c’était des gens chouettes.

- C’est ça bien sûr. Les critiques, je veux dire les gens de cinéma : ils ont beaucoup aimé, ils se sont amusés. C’est aussi un film qui rit un peu des festivals européens.

- C’est très bien.

- Il y a un moment où nous allons en Patago… On travaille à Gualeguaychú, à la frontière de l’Inde… avec… L’Inde, ha ha !, c’est à cause de la République Orientale de l’Uruguay, l’Orient, et…

- Oui.

- Bon, à la frontière de l’Uruguay, et on a décidé d’aller voir les indigènes du sud. La justification en était que, si on mettait au moins un Mapuche dans le film, on était sûrs d’aller à Toulouse.

- Garanti.

- Alors on l’a fait, et après on a mis un scène hors champ pour les festivals allemands.

- Ah ! Bon.

- Et il y a aussi une partie muette pour les Allemands… c’est donc un travail qui s’adresse un peu à tout le monde.

- Il y a de tout pour nous tous, non ?

- C’est un film sur mesure pour l’Europe.

- Très bien. Alors…

- On viendra.

- Nous l’attendons.

- On viendra, on viendra.

- Bon, et quels sont tes projets à part celui de nous envoyer ce film ?

- Nous sommes… Je travaille… nous travaillons depuis deux ans sur deux thèmes. L’un c’est La Raulito, ou les coups bas. C’est un personnage, une fan de La Boca. C’est une femme très perturbée qui est devenue une sorte de… mascotte institutionnelle du club de foot de Boca, et mon éditeur et collaborateur Emiliano Serra est un fan fou furieux de Boca, un des plus… un hooligan de Boca. Un jour, on a parlé de La Raulito…. On s’est dit : pourquoi pas faire un film sur elle, non ? Il y a eu des fictions qui l’ont prise pour thème dans les années 70, avec Lautaro Murúa et Marilina Ross. C’est un film de Lautaro Murúa où Marilina Ross joue La Raulito. Voilà un des documentaires en cours. L’autre est un documentaire que nous faisons depuis un bout de temps sur la Bolivie.

- Ah ! oui, tu m’en as parlé, aussi.

- C’est que ça fait deux ans que j’y travaille, sans bien savoir que faire, le problème étant que la Bolivie ne se tient pas tranquille. Je me retrouve donc face au même problème qu’avec les acteurs.

- Les morts, c’est plus pratique, non ?

- Bien sûr ! C’est pourquoi un ex-pays tel que la Tchécoslovaquie par exemple, regarde, il ne se transforme plus. Il a une date de décès, lors de sa division.

- Il est clair que c’est fini.

- Mais la Bolivie n’a pas encore terminé de se diviser, ni d’exploser, elle est sur le point de le faire. Et il y a des phénomènes très intéressants sous mon regard extérieur. Le regard des Européens sur la Bolivie m’intéresse aussi beaucoup. D’un côté, l’Espagne ne veut pas que la Bolivie se divise en autonomies. Mais elle n’a eu aucun problème à se diviser elle-même en autonomies. Donc, qui veut que quoi se passe où ? Tout ceci me passionne. Je trouve bien stupide la culpabilité de l’homme blanc, le supposé racisme du Blanc contre l’Indien alors qu’en fait le racisme est inter-racial.

- C’est évident.

- Il existe du Blanc envers l’Indien, de l’Indien envers le Blanc, entre les aborigènes aussi : des Tupi-Guaranis envers les Aymaras, des Aymaras envers les Quechuas, des Quechuas envers les Coya-Quechuas, pas Quechua mais de Jujuy parce qu’il ne veut pas être Bolivien, il y a un pataquès, là…

- Très compliqué.

- Très complexe pour… ça l’est pour les anthropologistes et les sociologues boliviens, alors pour un bon vivant de Buenos Aires, tu imagines.

- Tu en auras sûrement pour un moment.

- L’idée est une fois de plus de ne faire aucun postulat de départ mais de montrer ce que je vois.

- Bien. On peut dire que tu as souvent travaillé sur des personnages assez monumentaux, non ? Parle un peu des monuments, des mythes…

- Quelqu’un a écrit un article sur moi, Gustavo Noriega, je crois. Il s’appelait Cinéma en destruction parce que… à cause de Cinéma en Construction, work in progress, alors que moi, mon truc, c’était de détruire des motels avec ces grandes boules d’acier qui servent à bousiller les vieux hôtels, et de recoller les morceaux après, pour voir comment il était boutiqué. La destruction, ce n’est pas détrui… ce n’est pas tuer son papi. Non, c’est autre chose. Il ne s’agit pas de détruire des mythes, mais plutôt de les déconstruire pour voir de quoi ils sont faits, comment ils ont été montés, comment… ils ont été conçus, et à la mesure de qui.

- Bayer a été le seul… vivant.

- Non, Bayer non. Il était vivant. Avec Bayer j’ai fait quelque chose qui me semble intéressant… Je ne l’ai pas laissé parler de droits de l’homme, ni mentionner les Mères de la Place de Mai, et je ne l’ai pas filmé à Buenos Aires. Je l’ai donc filmé en tant que citoyen allemand, bourgeois, ce qui implique sa némésis, car en bon anarchiste, il hait les bourgeois, mais dans sa conduite sociale et familiale c’est un grand père, un bon bourgeois… qui vit confortablement, et a un profond désir de… il est très attaché à la culture bourgeoise. Tout ça finit à coups de poings entre lui et moi, bien sûr, le soir, et le lendemain matin on se retombe dans les bras et… Je m’intéressais à l’autre Bayer, pas celui que les gens ont construit. Les gens construisent des mythes féroces, sinistres. Les mères surtout bâtissent des mythes féroces et sinistres. Je crois que la faute pour Borges revient à sa mère, pour le Che, c’est la faute de sa mère, pour Cortázar c’est la faute de sa mère. Y j’hésite à parler de moi parce que ma mère… et si elle me déshérite ? Mais il est sûr que la mère est toujours au beau milieu dans tous les cas.

- Les mères sont donc bien coupables de beaucoup de ce qui arrive.

- Ce sont les grandes coupables. Je crois que là, Freud se plante. Mais ce n’est peut-être pas universel. Je crois que dans notre culture latino-américaine, la mère a une place, heu…

- Elle a une position de force.

- Très forte et très chiante. Si tu regardes bien, même dans le cas des disparus, thème si fréquent des documentaires qu’on voit à Toulouse, hé bien… celles qui font le plus disparaître leurs enfants, ce sont les mères qui prennent la place de leurs enfants. Les mères, les enfants disparaissent : en demandant « qu’ils réapparaissent vivants », là elles demandent l’impossible, comme la résurrection du Christ, c’est le souffle divin. Par exemple, la mère la plus… la Vierge Marie parmi les mères, c’est Hebe de Bonafini.

- Oui.

- Qui a deux enfants disparus, comment s’appellent-ils ?

- Je ne sais pas

- Personne ne sait.

- Mais tout le monde connaît Hebe.

- Bien sûr. Qui fait disparaître les fils pour la deuxième fois ? Hebe de Bonafini.

- Tu veux que je jette encore une bombe ?

- Non, je crois que ça va, on peut en rester là. Bien, merci beaucoup.

- Il n’y a pas de quoi, merci à toi.

Traduction : Odile Bouchet

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Transcription complète

- Odile Bouchet : Eduardo Montes-Bradley, cineasta argentino, documentalista, productor, y ¿qué otras cosas en cine?

- Eduardo Montes-Bradley : En cine, hice un poquito de todo, compaginación, me atreví incluso con la crítica de cine que fue con lo que empecé, pero me di cuenta que eso era una tarea imposible y deleznable al mismo tiempo, entonces me dediqué a hacerlo, y a abandonar, en realidad, lo de la crítica pero yo empecé haciendo corresponsalía de un periódico de cine en Nueva York en los años... fines de los años 70, de un cine.. de un periódico que se llamaba El heraldo del cine, uno de los más antiguos fundado por Chas de Cruz, a principios de siglo, y cuando... fue cuando lo de la época de la dictadura y era conveniente para la salud física íntegra y moral alejarse, retirarse, me fui con la corresponsalía del Heraldo del cine en Nueva York. Y ahí es donde estuve trabajando. En esa época el dueño del periódico era Ángel Bellaba que después se convirtió en productor de cine también

- Bueno, y ¿porqué el documental?

- ¡Ah! Porque no soporto a los actores. Es decir yo empecé con... lo siento pero prácticamente había dos problemas: uno, no soportaba a los actores, y terminaba casándome con las actrices.

- Eso es mucho

- Ya era demasiado: tres largometrajes eran tres matrimonios, dije: “esto no va”. Entonces empecé a trabajar con muertos que eran mucho menos.. este...

- Dañinos.

- Eran menos perjudiciales, además no te contestan, no están afiliados a ningún sindicato, no existe el sindicato de los muertos. Entonces dije: “nada, vamos a escritores muertos, de alguna manera Borges, este...

- Cortázar

- Cortázar, que ahí te tenías que meter ya con el sindicato de las viudas vivas.

- Ése es uno muy fuerte ¿no?

- Son fuertes. Detrás de todo gran hombre hay una viuda con una caja registradora.

- Eso.

- Es un problema : Yoko Ono, Aurora Bernárdez, Kodama, todos los grandes protagonistas de la cultura han dejado una mujer... por lo menos no la dejan en el gobierno, que es lo que hacen los peronistas: los peronistas se mueren y te dejan a la mujer.

- Bueno, una se murió antes y le hiciste una película.

- Sí. Fue una humilde contribución de Evita a la política nacional, es decir no haber llegado a gobierno.

- Eso.

- Es un personaje difícil sobre todo porque se.. a mí me gustan los personajes que son desvirtuados por la ficción. Algunos de ellos son éstos. Por ejemplo Evita ¿quién es realmente, más allá del Show de Broadway? De Andrew Lloyd Weber que es muy bueno. Yo me acuerdo cuando yo lo vi en el año 80. En realidad la escena es patética porque yo venía caminando por Manhattan sería... si mal no recuerdo yo, creo que era la sexta avenida, y de repente veo que pasa un bus, un autobús de esos interurbanos que tenía.. que habían empezado a poner carteles de publicidad en Broadway, que antes no tenían, y el cartel decía Evita, y yo venía de la Argentina con un cagazo, viste, una conmoción por todo lo que había pasado con el terrorismo peronista de la década del 70, y lo primero que veo es el cartel de Evita dije: “no lo puedo creer ¡ganaron las elecciones acá también!” esos peronachos en un show de Broadway, y me produjo un poco de miedo, de comezón. Y era el show este de Andrew Lloyd Weber con Patty Lupone que era realmente extraordinario. Que a los argentinos por supuesto no les gustaba porque las connotaciones, este... prostibularias que le... agregaban a la.. pero bueno. Y después se hicieron las películas, se hizo la película de Madonna y Banderas y me dio la impresión de que esta chica que había venido de un pueblo del interior, y había entregado su alma y su vida para poder trascender, y su cuerpo también..

- De paso

- ¿Porqué culparla? Y.. yo hubiese hecho lo mismo si hubiese tenido el cuerpo de ella pero le physique du rôle no me da.

- No te da.

- Se merecía un documental que cuente su historia. Y esa fue la idea, porque además los documentales que yo había visto antes que se habían hecho, sin temor a ser pedante - bueno vos ya dijiste que era argentino, o sea que es lícito- eran muy malos. Yo no había visto un solo doc... si yo en realidad el documental lo hice para mí. Para mí, para mis hijos, para... mi casa, para yo tener una referencia.

- Sí

- Y parece que salió bien.

- ¿Y el del Che?

- El del Che, es una especie de exorcismo porque yo para la generación de... para mi generación, yo era más joven.

- Claro.

- Entonces alcancé a vivir la transición, me acuerdo muy claramente de la figura del Che y de sus “accomplishments” entre comillas, y de su muerte y de lo que eso representó en mi casa y como tragedia familiar y como tragedia de clase... media argentina. Porque en definitiva era eso, era un héroe de la clase media argentina. Y además yo me acuerdo de amigos de mi padre que... que dejaban todo y se iban a Salta a encontrarse con el Che porque el Che venía de Bolivia, o había mandado.. venía de Cuba o había mandado de Cuba, a Jorge Massetti con el Ejército Revolucionario del Pueblo, gente.. gente bien, que dejaba a su mujer, sus hijos, su trabajo y se iba a la buena de Dios al medio de la selva. Todo eso tenía una gran carga romántica, sobre todo con las lecturas de la época ¿no? Uno es un poco lo que lee, sino preguntale a Don Quijote. Y con el tiempo fui perdiendo ese encanto, y redimensionándolo al Che en un lugar en el que ya no me interesaba más políticamente. Y después dejó de interesarme incluso humanamente, me pareció que su condición humana no era tan exaltable como yo lo había considerado en la adolescencia. Es un poco el fenómeno freudiano de la.. del asesinato del padre, es decir, tu padre también es un héroe en la adolescencia, en la adultez es un hombre más... un hombre al que le tenés mucha consideración. Por eso hay mucha gente que hace documentales sobre el padre. Yo para evitar hacer un documental sobre mi padre, hice lo del Che. Para tratar de redimensionarlo, de alguna manera, y creo que fui excesivamente benévolo, es decir, no me terminé de sacar todo de encima. Así que después ya...

- ¿Vas a hacer otro?

- Hay una cara del Che que a mí me parece que es muy siniestra y que nunca la pude terminar de..

- ¿de tragar?

- De entender. Que es la... pedantería sobre la muerte. No hay nada bonito en la muerte. No hay nada heroico en el auto-sacrificio. Creo que todo eso seduce a Francia desde el siglo XVI, de los Ensayos de Michel de Montaigne para acá, creo que seduce a Europa desde el descubrimiento de América, este... pero al que lo tiene que padecer no. Una cosa es ponerse una boina con una estrella roja e irse a tomar una cerveza al Capitole y la otra es... tener que soportar la censura de la prensa y las limitaciones impuestas por los distintos autoritarismos de izquierda y de derecha de América Latina.

- Y esos autoritarismos diversos te tocaron a ti también recién ¿no? con lo de Gualeguaychú?

- Es un ejemplo.. claro es un ejemplo más de la intolerancia y de la estupidez. Con.. hicimos una película. En Uruguay se instalaron finalmente después de 25 años de anuncios y de preproducción, se instalaron dos molinos, este.. de última generación, de fabricación de celulosa y de pasta, para hacer papel. Una es una empresa española, y una es una empresa finlandesa. La española finalmente no se instaló. Se llamaba Ense. Y la que sí se instaló fue la finlandesa. Un grupo de piqueteros argentinos con profundo desconocimiento de la materia decidieron que esa fábrica iba a contaminar el modo de vida bucólico de los argentinos tan afectos como somos nosotros a la naturaleza y a la no contaminación: vivimos en la mierda hasta acá, pero viene una empresa sueca a poner una fábrica de papel en la orilla de enfrente, y el problema fundamental es que lo ponen en la orilla de enfrente y no en ésta. Entonces los piqueteros deciden cortar la ruta y hacer un montón de... de actos antidemocráticos, anticonstitucionales y violentos que buscan de alguna manera cercenar mi libertad de transitar libremente entre la Argentina y Uruguay, como me lo debería garantizar y lo garantiza la Constitución nacional. Entonces decidí hacer un artículo... no un artículo, una película, para poner en evidencia lo que era de un lado el verdadero progresismo, el progreso era Botnia, era esa fábrica que daba empleo a un montón de gente, que tenía condiciones de producción extraordinarias, con un bajísimo nivel de contaminación – pensar en la no contaminación es absurdo – la existencia del hombre es.. vos respirás oxígeno y exhalás anhidro carbónico.

- Contaminamos todos, sí.

- Simplemente respirar ¿no? Y por el otro lado, esta banda de trogloditas, fascistas, camisas negras, hijos de puta, ecologis... así se llaman “ambientalistas”, todavía no sé qué es el ambientalismo. Yo sé lo que es el ecologismo. Para mí ambientalista es un... es un tipo con un desodorante de ambiente en la mano, no sé qué es ser ambientalista. Es decorar ambientes. No tienen la menor idea de lo que es la ecología, desconocen, y sin embargo, tomaron esa actitud, y yo hice una película sobre este tema. Y eso me costó tener que irme con mi familia a Uruguay cuatro meses por las amenazas, este... constantes, el acecho, la prohibición por parte del Instituto Nacional de Cinematografía, en la persona de su vicedirectora, o vicepresidenta, una... una mujer caída en paracaídas, de nombre María Lens, de profundo mal gusto y... ignorante como una chapa, que me recomendó la importancia de no, este... estrenar la película, so pena además de perder el subsidio, porque el peronismo funciona de esta manera, te extorsionan con el dinero, no estrenás te pago, te pago no estrenás, te... como compran voluntades para todo ¿no? O sea que yo, como soy una persona de principios, no estrené a cambio del dinero. Y por supuesto como ellos son peronistas, yo no estrené y después no me pagaron.

- ¿Y no se vio en ninguna parte esa película?

- No. Pero ahora viene la venganza, vas a ver.

- Tampoco la mandaste para acá.

- No. No la mandé, ahora va a salir en Argentina, en un diario opositor, así a mansalva, saldrán 50 000 copias a todos lados y... Es una película que estuvo muy bien recibida por la crítica, estuvo sí en el BAFICI, en el festival de cine independiente de Buenos Aires, y tuvo... tuvo una muy buena recepción, porque era la gente como uno ¿vio?

- Bueno. Está bien. Era GCU.

- La GCU, claro. No, los críticos, me refiero a la gente de cine: le gustó mucho, se divirtió. Es una película que también se ríe un poco de los festivales europeos.

- Bueno, está muy bien.

- Hay un momento en que vamos a la Patago... estamos trabajando en Gualeguaychú, en la frontera con la India.. con el... con la India, ¡ja ja!, porque claro es la República Oriental del Uruguay, entonces Oriente y...

- Sí, sí.

- Bueno, en la frontera con Uruguay, y decidimos ir a ver a los indígenas en el sur. Y la justificación era que, bueno, que si por lo menos pusiésemos un mapuche en la película, teníamos asegurada la llegada a Toulouse.

- Seguro.

- Entonces hicimos eso, y después pusimos una escena también fuera de foco para los festivales alemanes.

- ¡Ah! Bueno

- Entonces hay una parte muda también para Alemania entonces es.. trabajando un poco para todos.

- Está todo para todos nosotros ¿no?

- Está preparada para Europa

- Está muy bien entonces...

- Ya llegaremos.

- La esperamos ¿no?

- Ya llegaremos, ya llegaremos.

- Bueno, y ¿tus proyectos aparte de traernos esa película?

- Estamos.. estoy trabajando.. estamos trabajando hace dos años con dos temas. Uno es La Raulito o golpes bajos. Es un personaje, un hincha de Boca. Es una mujer con serias perturbaciones y se ha convertido en una especie de... la mascota institucional del cuadro de fútbol Boca, y mi compaginador y colaborador Emiliano Serra, es un hincha de Boca furioso, de los más... de los hooligans de Boca. Y un día conversando sobre La Raulito le... dijimos: ¿porqué no hacer una película sobre ella, no? Que fue objeto de películas de ficción en la década del setenta, con Lautaro Murúa y Marilina Ross. Es una película de hecho de Lautaro Murúa, donde Marilina Ross interpreta la Raulito. Éste es uno de los documentales que estamos haciendo. Y el otro es un documental que venimos haciendo hace rato sobre Bolivia.

- Ah, sí, me hablaste también.

- Y que llevo ya dos años en la palestra, sin saber muy bien qué hacer, porque el problema es que Bolivia no se queda quieta. Entonces, volvemos al problema de los actores.

- Más cómodos son los muertos ¿no?

- ¡Claro! Entonces un ex-país, un país que ya no existe, por ejemplo Checoslovaquia, a ver, no tiene más transformación. Tiene una fecha de defunción cuando se separa.

- Se termina, claro.

- Pero Bolivia todavía no se termina de separar, no termina de explotar, está por explotar. Y hay fenómenos que son muy interesantes que es la mirada de uno desde afuera, la mirada de los europeos hacia Bolivia me resulta también muy interesante. Porque por un lado España no quiere que Bolivia se fraccione en autonomías. Pero ellos no tienen problemas en fraccionarse ellos en autonomías. Entonces ¿quién quiere que qué pase dónde? Y todo esto me resulta muy apasionante, me resulta muy estúpida la culpa del hombre blanco, el supuesto racismo del blanco hacia el indio cuando en racismo es interracial.

- Por supuesto que sí.

- Lo tenés del blanco hacia el indio, lo tenés del indio hacia el blanco, lo tenés entre los aborígenes: de los tupi guaraní hacia los aymaras, los aymaras a los quechuas, y el quechua al coya-quechua no quechua pero jujeño, por no ser boliviano, hay unos rollos ahí que...

- Muy complicados.

- Muy complejos para... es complejo para los antropólogos y los sociólogos bolivianos, imagínate para un bon vivant porteño.

- Desde luego tienes para rato ahí.

- Y la idea es una vez más no postular ningún enunciado sino mostrar lo que yo veo

- ueno, y de alguna manera tú trabajaste muchas veces sobre personajes un poco monumentales ¿no? Bueno, y eso del monumento, del mito...

- Bueno, había un artículo que alguien me escribió que creo fue Gustavo Noriega. Se llamaba Cine en destrucción porque.. por lo de Cine en Construcción, work in progress, y que de alguna manera, lo mío era destruir moteles, con esas bolas de acero que terminan con los hoteles viejos, y después de los pedazos tratar de rearmarlo para ver cómo estaba hecho. La destrucción, es decir lo mío no es destrui... no es matar al abuelito. No, no es eso. No es destruir mitos sino desconstruirlos para ver de qué están hechos, cómo se armaron, cómo se... cómo se concibieron y a la medida de quién.

- Solamente con Bayer, no... estaba vivo

- No, Bayer no, Bayer estaba vivo. Con Bayer hice algo que es.. me parece interesante que era... No lo dejé hablar de derechos humanos, no lo dejé mencionar a las madres de Plaza de Mayo y no lo filmé en Buenos Aires. Entonces lo filmé como un ciudadano alemán, un burgués, que él, este... que entraña su némesis, porque como buen anarquista odia a los burgueses, pero en su conducta social y familiar es un abuelo, es un buen burgués, este... que vive confortablemente, y que tiene un entrañable deseo por... y afecto por la cultura burguesa. Todo esto por supuesto termina a las piñas entre yo y Bayer, a la noche, y a la mañana los besos de vuelta y... este... A mí me interesaba el otro Bayer, no el que construía la gente. La gente construye mitos feroces, siniestros. Sobre todo las madres construyen mitos feroces y siniestros. Yo creo que la culpa de Borges fue de la madre y la culpa del Che fue de la madre. La culpa de Cortázar fue de la madre. Y dudo hablar de mí porque mi mamá... a ver si todavía no me deja nada en la herencia después. Pero... pero sí, creo que en casi todos los casos la madre está en el medio.

- Tendrán muchas culpas entonces las madres, de muchas cosas que pasan.

- Son las grandes culpables. Creo que Freud ahí, mete la pata. Pero no necesariamente tampoco se puede decir universalmente. Yo creo que en la cultura nuestra latinoamericana, la madre ejerce un lugar, este...

- Tiene una posición muy fuerte

- Muy fuerte y muy jodida. Porque incluso, por ejemplo, tomás el caso de los desaparecidos tan frecuente en los documentales que se ven en Toulouse, y.. las grandes desaparecedoras de sus hijos son las madres que ocupan el lugar de sus hijos. Las madres, los hijos desaparecen: al pedir “aparición con vida” estás pidiendo lo imposible como la resurrección de Cristo, es el soplo divino. Y las que ocupan el lugar son las madres. Por ejemplo, la madre más... la Virgen María entre las madres es Hebe de Bonafini

- Sí.

- Que tiene dos hijos desaparecidos ¿cómo se llaman?

- No sé

- Nadie sabe.

- Pero todo el mundo conoce a Hebe.

- Claro, entonces ¿quién desaparece a los hijos por segunda vez? Hebe de Bonafini.

- ¿Quieres que tire alguna otra bomba o con esto te alcanza?

- No, con eso me alcanza yo creo que lo vamos a dejar de este tamaño. Bueno, pues muchas gracias.

- No por favor, gracias a vos.

Transcription : Odile Bouchet

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