Entretien

Entretien avec le cinéaste Enrique Fernández (Rencontres 2008)

Réalisation : 30 mars 2008 Mise en ligne : 30 mars 2008
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Descriptif

Enrique Fernández est cinéaste uruguayen, il a réalisé "Les toilettes du Pape" (El baño del Papa), actuellement sur les écrans, qui met en scène un événement qui a rendu encore plus difficiles des vies déjà peu confortables: le passage du Pape par Melo, petite ville frontalière avec le Brésil. En plus de raconter cette histoire sur le mode de la comédie douce amère, le film nous révèle bien des facettes des relations sociales dans les milieux populaires du pays. D'autre part, les lois du cinéma, très attendues par les professionnels du cinéma, aideront le cinéma uruguayen, qui a produit dernièrement d'excellents films en partie grâce à "Cinéma en Construction", à Toulouse et "Donostia" à Saint Sébastien, à accéder à une certaine liberté de création.

Intervenants
Thèmes
Notice
Langue :
Espagnol, castillan
Crédits
Université Toulouse II-Le Mirail SCPAM (Publication), Université Toulouse II-Le Mirail (Production), Nathalie MICHAUD (Réalisation)
Conditions d'utilisation
Tous droits réservés aux auteurs et à l'Université Toulouse II-Le Mirail.
Citer cette ressource :
Laura Mangione, Caroline Scott. UT2J. (2008, 30 mars). Entretien avec le cinéaste Enrique Fernández (Rencontres 2008). [Vidéo]. Canal-U. https://www.canal-u.tv/41359. (Consultée le 7 octobre 2022)
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Entretien de Enrique Fernandez - Traduction
Odile Bouchet : Enrique Fernández, bonjour. Vous êtes cinéaste uruguayen et vous avez réalisé Les Toilettes du Pape. J’aimerais que nous parlions un peu de la place que prennent la réalité et la fiction dans ce film. Enrique Fernández : Le film est basé sur des faits réels, particulièrement sur la visite du Pape Jean Paul II dans mon village natal où j’ai vécu pendant 19 ans. Je pense que le film s’inspire beaucoup de la réalité de ce moment-là, mais aussi de celle d’aujourd’hui, de ces gens dont nous racontons l’histoire. D’où ce traitement presque documentaire, parce que je crois qu’intégrer un fait réel dans une fiction permet au spectateur de rentrer rapidement dans le film, mais aussi d’assimiler le film ou le sujet traité à la réalité évoquée. Voilà pourquoi j’utilise un fait réel. De toute façon, toute la partie liée à la construction des toilettes, et bien, cela a été inventé pour… je crois que c’était juste pour adoucir un peu le reste de l’histoire.
Odile Bouchet : Oui, la partie réelle de l’histoire est un peu… dure, non ?
Enrique Fernández : Oui, elle est dure parce que la réalité est effectivement très dure, c’est vrai. Odile Bouchet : Oui. C’est un milieu social… très défavorisé, avec un mode de subsistance particulier dont vous pourriez peut-être nous parler un peu. Enrique Fernández : Eh bien, le mode de subsistance que l’on voit dans le film n’existe plus aujourd’hui, mais pendant des années, comme la monnaie brésilienne était moins forte que la monnaie uruguayenne et que les prix étaient beaucoup plus bas qu’en Uruguay, beaucoup de gens vivaient de la contrebande de fourmis. C’étaient des petits contrebandiers que l’on appelle les « kileros », car ils ne transportaient que quelques kilos.
Odile Bouchet : Kilo par kilo.
Enrique Fernández : Kilo par kilo. Pendant très longtemps, c’était la seule manière pour eux de gagner leur vie. Et par exemple, pour ceux qui savent ce que c’est que de faire des briques, parce qu’ici à Toulouse, on en fait beaucoup, comme dans cette région d’Uruguay, c’est un travail extrêmement pénible. Faire de la contrebande à vélo, avec 60 km aller, 60 km retour et 100 kg de marchandise, c’est beaucoup plus dur que de faire des briques.
Odile Bouchet : Oui. Dans la partie fiction, vous mettez en scène une famille de trois personnes dans laquelle l’homme tient une place un peu… particulière, non ? Comme s’il était un peu inférieur… Dans le travail aussi parce que ce travail n’est pas… Cela dépend beaucoup du douanier, de beaucoup de personnes, du patron de la boutique, s’il achète ou pas, donc…
Enrique Fernández : Oui, c’est que… c’était comme ça il y a vingt ans et je pense que la structure familiale n’a quasiment pas changé, mis à part de petites différences. J’étais à Melo il y a peu de temps, l’année dernière je crois, et je suis entré dans une pharmacie. Un couple qui ressemblait beaucoup à celui que l’on voit dans le film est entré derrière moi. La femme avait trois ou quatre ans de plus que l’homme et leur comportement était très représentatif parce que l’homme est entré et il est resté planté au beau milieu du magasin. C’est la femme qui est allée au comptoir, qui a demandé le médicament et qui a payé. Quand elle est sortie, son mari l’a suivie. Donc, cette anecdote reflète assez bien le fonctionnement habituel de la famille, non ? D’une certaine manière, l’homme est toujours celui qui subvient aux besoins de la famille en apportant son maigre salaire, dans le meilleur des cas. Mais c’est la femme qui organise toute la vie du foyer, celle qui s’assure que les enfants étudient et qu’ils font leurs devoirs, celle qui gère l’argent pour qu’il ne manque rien…
Odile Bouchet : Oui, et celle qui paie l’électricité.
Enrique Fernández : Celle qui paie l’électricité. Souvent, elle travaille aussi, elle s’occupe du jardin ou du potager. Et l’homme est un… Je pense que de toute façon, l’homme est débrouillard… Il cherche à améliorer la situation de sa famille. C’est juste que, vu le fonctionnement social dans ces villages, il lui est très difficile de trouver quelque chose qui lui permette véritablement de mener une vie décente, donc… Il passe la plupart de son temps à chercher une solution et il n’y en a pas beaucoup. En plus, dans le film, il est vrai que le personnage croit et dit qu’il a des idées plus ingénieuses et plus brillantes que ses amis, y compris dans son groupe de contrebandiers à vélo. Selon moi, le personnage central du groupe, qui est également le plus attachant, est celui de Valvulina. C’est le personnage noir, et face aux autres hommes du village… Oui, il est comme sans défense, non ? Par exemple, quand on lui fait faire ce voyage qui est pour lui le début de la fortune. Le voyage avait été organisé de façon illégale et il se retrouve devant les militaires et… il est sans défense face aux choses qu’on lui a imposées, non ? Odile Bouchet : Il est aussi sans défense face à la venue du Pape.
Enrique Fernández : Et oui. Là, je pense que… c’est peut-être toute la population qui s’est retrouvée sans défense… qui s’est retrouvée otage de sa propre naïveté, non ? Si tous ces gens, quand ils ont su combien de commerces allaient se monter, quand ils ont répandu eux-mêmes la rumeur sur le nombre de personnes qui allaient venir, s’ils avaient réfléchi à tout ça pendant un instant, ils se seraient rendu compte qu’il y avait une part importante d’irréalité dans cette situation… dans tout ce qui se préparait, bien sûr.
Odile Bouchet : Bien, pour en venir à un sujet plus… professionnel, disons, vous avez travaillé sur ce film avec César Charlone, qui a une grande expérience du cinéma, tandis que vous commencez juste, non ? Vous pourriez nous parler un peu de cette collaboration avec…
Enrique Fernández : Oui… En fait, pour moi, ça a été une expérience… fantastique de travailler avec César. C’est une personne qui dégage une grande énergie sur le tournage, et ce film est fondé sur… je crois qu’il est rempli d’énergie. Donc, sa façon de travailler convenait à merveille. Il travaille depuis trente ans au Brésil, surtout comme directeur de la photographie dans la publicité mais bien sûr, il a fait plusieurs longs métrages comme directeur de la photographie. Il a été nominé pour l’Oscar de la meilleure photographie pour le film La Cité de Dieu de Meirelles. Mais notre film était son premier long-métrage en tant que réalisateur. Nous étions donc dans le même cas sur ce point. Nous étions sur la même longueur d’onde malgré nos origines différentes, nos univers différents. Mais je pense que nous avons bien fait, par exemple, de nous retrouver ensemble dans un appartement pendant un mois pour apporter la touche finale au scénario et surtout pour nous accorder, justement, n’est-ce pas ?... pour garder à l’esprit que nous faisions le même film, ce qui nous a permis, au moment du tournage, d’agir presque comme une seule et même personne. Nous avons finalement décidé de suivre la stratégie suivante : si, à certains moments, nous n’étions pas d’accord sur une scène, nous tournions les deux versions et nous en discutions lors du montage. C’est ainsi que nous avons fonctionné. En réalité, nous n’avons eu recours à cette stratégie qu’une ou deux fois.
Odile Bouchet : Parlons à présent du cinéma en Uruguay. Vous avez fait appel à Cinéma en Construction car, eh bien, vous avez surement rencontré des difficultés pour terminer le film… Pour les films que nous recevons généralement, le problème c’est…
Enrique Fernández : Pour tous… tous rencontrent des difficultés, c’est vrai.
Odile Bouchet : Bien sûr. Et donc… mais il y a une loi récente sur le cinéma… Enrique Fernández : Eh bien, la loi sur le cinéma uruguayen n’est pas encore en vigueur. Toutes les lois sont… un peu lentes à se mettre en place. Mais je crois qu’elle a fait l’unanimité au Parlement, tant parmi les sénateurs que parmi les députés, et ce justement suite aux résultats obtenus avec très peu de moyens en Uruguay ces dernières années. Il faut rappeler que le seul fond national alloué pour tout le cinéma s’élève à 250 000 dollars par an, c'est-à-dire presque rien. Ça oblige donc chaque film qui reçoit 70 000 dollars, somme maximale attribuée par film et par an… celui qui reçoit ce fond de 70 000 dollars doit se lancer dans un périple à travers plusieurs pays pour chercher une coproduction, en passant également par différents mécanismes. Il faut généralement trois, quatre ou cinq ans pour arriver à terminer le scénario. En ce qui concerne le budget, ça se passe souvent comme ça… d’où l’importance des organisations comme Cinéma en Construction. Un réalisateur peut ainsi obtenir de l’argent pour tourner son film. Avec un premier montage ou ce qu’il a pu tourner, il peut espérer démontrer que son film a du potentiel et qu’il mérite d’obtenir l’argent nécessaire pour le terminer. Odile Bouchet : Oui. Dans votre cas, ça a marché. Enrique Fernández : Oui, mais je pense que tous les films uruguayens ont suivi ce chemin, presque tous. Odile Bouchet : Presque tous, énormément ces derniers temps. Avez-vous d’autres projets, parce que c’est votre premier film mais vous pourriez très vite en tourner d’autres, n’est-ce pas ?
Enrique Fernández : Oui. Il pourrait y en avoir un autre. Pour le moment, j’ai été réengagé simplement comme scénariste. C’est mon activité principale. Je travaille sur une histoire également fondée sur des faits réels de 1971, c'est-à-dire deux ans avant la dictature en Uruguay. Il s’agit d’une évasion de prisonniers politiques, la plus grande évasion de toute l’Histoire : 111 personnes se sont échappées par un tunnel. Pour moi, cette histoire… m’a d’abord obligé à réétudier cette époque qui est très importante dans l’histoire récente du pays. Ce qui est intéressant, c’est que, dans la réalité, cette évasion comporte beaucoup d’éléments cinématographiques, qui structurent l’histoire d’eux-mêmes.
Odile Bouchet : Et cette évasion a déjà donné lieu à des films.
Enrique Fernández : Des films, je ne sais pas, mais on a entendu parler de certains projets.
Odile Bouchet : Il me semble que j’ai vu des images il y a quelques années ? Je n’en suis pas sûre.
Enrique Fernández : J’espère que non !
Odile Bouchet : Je n’en suis pas sûre. Je n’en suis pas sûre. Enrique Fernández : J’espère bien que non ! Odile Bouchet : C’était peut-être une autre évasion. Eh bien, voilà. Traduction réalisée par : BLANCO Anne Laure
MANGIONE Laura
SCOTT Caroline

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Entrevista con Enrique Fernández - Transcription
Odile Bouchet: Enrique Fernández, buenos días. Cineasta uruguayo, nos has dado la película El Baño del Papa y quisiera que hablemos un poco de la parte de realidad y ficción que hay en esta película.
Enrique Fernández: Bueno, la película está basada en hechos reales, básicamente en la visita del Papa, Juan Pablo II, al pueblo donde yo nací, y donde viví 19 años. Yo creo que es una película que básicamente se atiene mucho a la realidad de aquel momento y creo que también a la realidad de hoy, de esa gente que nosotros mostramos en la historia. De ahí, el tratamiento casi documental que tiene, porque yo creo que siempre tener un hecho real en una película de ficción permite al espectador integrarse rápidamente o integrar la película o lo que la película tiene para decir, integrarla rápidamente a la realidad que tiene al lado. Esa es la idea de usar un hecho real. De todas maneras, toda esa parte que tiene que ver con... con la construcción del baño, exactamente... Bueno, eso fue inventado para... yo creo que más que nada para equilibrar un poco la dureza del resto del relato.
Odile Bouchet: Sí, porque la verdad de la historia esa es un poco... dura, ¿no?
Enrique Fernández: Sí, la historia es dura porque esa realidad es muy dura, en realidad, sí.
Odile Bouchet: Sí. Es un medio social... muy desfavorecido, que tiene un modo de subsistencia particular del que podrías hablar tal vez un poco.
Enrique Fernández: Bueno, el modo de subsistencia que vemos en la película hoy por hoy ya no existe, pero durante muchos… muchos años, mientras la moneda brasileña era más baja que la moneda uruguaya y los precios en el Brasil eran mucho más bajos que en Uruguay, mucha gente se dedicó a ganarse la vida con ese contrabando de hormigas, ese contrabando de pequeña monta, que nosotros llamamos "kileros", porque transportan nada más que pocos kilos,
Odile Bouchet: De a kilo.
Enrique Fernández: De a kilo. Durante muchos años, esa fue la única manera que tuvo esa gente de ganarse la vida. Y para aquellos que saben lo que es por ejemplo hacer ladrillos porque acá en Toulouse se hace mucho ladrillo, y porque en esa zona de Uruguay también se hace mucho ladrillo, es una tarea durísima. Bueno, hacer este contrabando en bicicleta, 60 kilómetros de ida, 60 kilómetros de vuelta, con 100 kilos de carga, bueno, es mucho más duro que hacer ladrillos.
Odile Bouchet: Sí. Dentro de la parte ficcional, entonces, tú... escenificas a una familia de tres personas en la que el hombre tiene una posición... un poco particular, ¿no? Como si él llevara la posición inferior un poco... en esto... en el trabajo también, porque ese trabajo no es... depende mucho del aduanero, depende de muchas personas... Depende del tendero, si le compra o no, entonces...
Enrique Fernández: Bueno, sí, es que... era así hace 20 años, y yo creo que en gran medida, la estructura familiar, salvo pequeñas diferencias, se mantiene igual. Yo estuve en Melo hace relativamente poco tiempo, creo que el año pasado, y entré en una farmacia, y detrás mí, entro una pareja, muy parecida a la que se ve en la película, una pareja formada por una mujer de 3 o 4 años mayor que el hombre, y la actitud corporal fue muy clara porque el hombre entró en la farmacia y se quedó en el medio del espacio. La mujer fue la que siguió hasta el mostrador. Compró el medicamento, lo pagó y salió, y cuando salió, él, entonces, salió junto con ella. Entonces, esa anécdota, yo creo que refleja bastante la actitud que después uno ve funcionando en la familia, ¿no?
El hombre sigue siendo de alguna manera lo que era antes el proveedor, en el mejor de los casos, trayendo su pequeño dinero. Pero es la mujer la que organiza toda la vida de la casa, la que ve que los hijos estudien, que hagan sus deberes para la clase, la que maneja también el dinero para que no falte nada...
Odile Bouchet: Sí, la que paga la luz.
Enrique Fernández: La que paga la luz. Este... frecuentemente también la que trabaja un poco incluso el jardín o la huerta. Y el hombre que es un... Yo creo que, de todas maneras, el hombre es un buscavidas, es un sujeto que... que quiere mejorar la situación de su familia, solo que, de la manera que está armado el funcionamiento social en esos pueblos, es muy difícil para él realmente salir y conseguir algo que le permita llevar una vida decorosa, entonces... Buena parte de su tiempo se le va en nada más que en buscar que hacer y no hay mucho para encontrar. En la historia además es cierto, sí que el personaje si bien él cree y dice que tiene ideas más avanzadas y más geniales que sus amigos, tanto en su grupo de contrabandistas en bicicleta donde yo creo que la figura fuerte... y por cierto, la figura más linda es la de Valvulina, este... el personaje negro, también frente a otras figuras del pueblo... Sí... esta como indefenso, ¿no?... ante... Por ejemplo, la vez que le dan el viaje ese, que es el inicio para él, de, bueno, de su buena cosecha, de viajes y dinero. El viaje ha sido arreglado con un contrabando no permitido, y bueno, que le ha puesto ante la autoridad del militar y... es indefenso ante las cosas que otros preparan para él, no?
Odile Bouchet: Indefenso también ante la venida del Papa.
Enrique Fernández: Bueno, sí. Ahí yo creo que fueron... que fue toda la población tal vez la que quedó indefensa pero... quedaron rehenes de su propia ingenuidad, ¿verdad? Si esta gente, cuando empezó a tener la información de cuántos puestos se iban a armar, de lo que ellos mismos estaban creando como rumor en torno a la cantidad de gente que iba a venir, si hubieran analizado eso por un momento, se hubieran dado cuenta que había un grado importante de irrealidad en todo lo que... en todo lo que se estaba armando, claro.
Odile Bouchet: Bueno, para llegar a cosas un poco más... profesionales tal vez, tú trabajaste esa película con César Charlone, que tiene, digamos, una historia larga en el cine, mientras que tú eres primerizo, ¿no? Puedes hablar un poco de esta relación con...
Enrique Fernández: Sí... Bueno, para mí fue una experiencia este... fantástica trabajar con César. Es una persona de una energía enorme en el set, y esto es una película que tiene como base... que tiene como impronta creo yo la energía. Entonces, venía muy bien esa forma de trabajo de él. El hace treinta años que trabaja en... en Brasil, sobretodo haciendo fotografía en publicidad pero por supuesto... tiene varios largos como fotógrafo. Había estado nominado al Oscar por la fotografía de Ciudad de Dios, la película de Meirelles. Pero, para él también era su primer largo metraje como director. Entonces, en ese punto, fue donde nos emparentamos y trabajamos muy sintonizados a pesar de que venimos de extracciones totalmente diferentes, de mundos diferentes. Pero creo que fue inteligente de nuestra parte, por ejemplo, llegar y encerrarnos durante un mes en un apartamento para darle un pulido final al guión, y sobre todo lo que digo para sintonizar, ¿no?... y tener la claridad de que estamos haciendo la misma película, cosa que cuando llegamos a rodar, era como si hubiera casi una persona sola. Y la estrategia que finalmente diseñamos es: si en algún momento él y yo teníamos una discrepancia en cómo resolver una escena, bueno, se iban a rodar las dos versiones y después, en la mesa de edición, íbamos a resolverlo. Y así lo hicimos, en realidad fueron nada más que un par de momentos en los cuales tuvimos que recurrir a esa estrategia.
Odile Bouchet: Bueno, y hablando de cine en Uruguay ahora... bueno tú pasaste por Cine en Construcción porque, bueno, se supone que tenías dificultad para terminar... Esas películas que nos llegan normalmente, el problema es...
Enrique Fernández: Todas tienen... todas tienen algunas dificultad, sí.
Odile Bouchet: Claro. Y entonces... pero hay una ley de cine reciente...
Enrique Fernández: Bueno, todavía no está vigente la ley de cine en Uruguay. Las leyes todas son... un poco trabajosas de sacar. Pero había, creo yo, bastante unanimidad en el Parlamento, tanto en senadores como en diputados, justamente a la vista de los resultados que ha tenido Uruguay en los últimos años, con escasísimo recursos. Hay que recordar que el único fondo nacional que hay en Uruguay, para todo el cine que se hace son 250 000 dólares al año, o sea prácticamente nada. Y entonces eso obliga que cada película que... que accede a 70 000 dólares que es el máximo que se da por película por año, quien accede a ese fondo de 70 000 dólares, tenga que empezar ese periplo de países, tratando de buscar una coproducción, y a través de distintos mecanismos, y eso en general insume entre 3, 4, 5 años, llegar a completar el guión. El presupuesto, y lo que ocurre también es, y por eso es la importancia de estas instancias como Cine en Construcción. Es que uno logra dinero como para salir y rodar, y confía que con un primer corte o con ese material rodado, uno pueda mostrar que hay una película con potencial ahí, y lograr el dinero final que permite terminarla.
Odile Bouchet: Ya, en tu caso funcionó.
Enrique Fernández: Sí. Pero creo que casi todas las películas en Uruguay han seguido ese camino, casi todas.
Odile Bouchet: Casi todas y muchas últimamente. Bueno, y tú tienes otros proyectos porque es tu primera película pero de repente puede haber otras después, ¿no?
Enrique Fernández: Sí. Puede haber otra. En este caso, simplemente he sido contratado de vuelta como guionista. Es lo que hago fundamentalmente. Y estoy escribiendo una historia también basada en hechos reales de 1971, o sea 2 años antes de la dictadura en Uruguay. Se trata de una fuga de presos políticos que sigue siendo hasta el día de hoy la fuga más grande que se ha registrado en la historia, 111 personas escapadas por un túnel. Y es una historia que a mí... primero me ha obligado a estudiar de vuelta esa época que es muy importante en la historia reciente uruguaya. Y lo interesante es que la realidad de la fuga tiene una enorme cantidad de cosas cinematográficas que prácticamente estructuran toda la historia por sí misma.
Odile Bouchet: Y que ha dado lugar ya a películas esa fuga.
Enrique Fernández: No sé si a películas pero sí a proyectos de los cuales hemos escuchado algo.
Odile Bouchet: Me parece haber visto imágenes hace unos años. No estoy segura.
Enrique Fernández : ¡Ojalá que no!
Odile Bouchet: No juraría, no juraría. Enrique Fernández: ¡Ojalá que no!
Odile Bouchet: A lo mejor era otra fuga. Bueno, pues, está bien.
Transcription réalisée par : BLANCO Anne Laure
MANGIONE Laura
SCOTT Caroline

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