Petite enfance et inégalités environnementales de santé en Afrique de l’Ouest : Cas de la pollution urbaine de l’air

Retranscription

Ici, je n'ai pas besoin de rappeler que la petite enfance est la période cruciale, importante, la plus importante du développement humain, grâce bien évidemment à la période de croissance, au développement cognitif, mais à la santé en général. Et donc, cette période est aussi connue pour être la période de vulnérabilité importante pour nos plus petits et surtout face aux influences environnementales et pourtant. Et pourtant, des millions d'enfants dans le monde et en particulier dans mon contexte sont exposés à des environnements que nous pourrons appeler dégradés. Je parle ici exclusivement de la pollution de l'air parce que la pollution de l'air est un champ dans lequel j'ai des projets de recherche depuis un peu plus d'une décennie. Et comme on le sait, l'air, comme le disait mon maître, celui qui m'a mené vers la santé environnementale Professeur Fayomi, paix à son âme, c'est le tueur silencieux et l'air, ce marqueur silencieux est aussi un marqueur des inégalités dans nos pays et surtout pour les plus petits. Et donc, cette pollution dont nous connaissons les effets, surtout dans le monde occidental, jusqu'il y a encore une décennie, n'est pas documentée, n'est pas mesurée sous nos cieux. La plupart des données qu'on utilisait étaient des données par estimation qu'utilisent la plupart des organisations. Et c'est ce qui nous a amenés en 2015 à développer ce projet qu'on a intitulé projet de Chaire Ecosanté, écosanté par l'approche un peu que vous adoptez ici, interdisciplinaire, participative, pour aller comprendre la vulnérabilité de certains professionnels et de certaines communautés et face à la pollution atmosphérique, mais surtout de former également, et dans notre contexte, nous avons obtenu un financement de 1,5 million de dollars canadiens de cet organisme qu'on appelle le CLDI canadien, avec des collaborations, bien évidemment, dans le monde occidental, déjà des Canadiens, des Américains, mais surtout aussi une collaboration à Toulouse. Donc, il n'y a pas qu'avec Emmanuelle que je la collabore à Toulouse. Il y a l'équipe de la prof. Catherine Liousse, qui avait aussi un projet qu'on appelait DACCIWA. Elle appartient au laboratoire d'aérologie. J'imagine que vous la connaissez ici, parce qu'elle travaille beaucoup sur la pollution de l'air. Et donc, nous avons pu, grâce à ce réseau, documenter, essayer d'apporter des informations à nos autorités, à nos gouvernements, dans les quatre pays que nous avons ciblés. Ici, il y a le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le Burkina, et le pays d'où je proviens, que j'aime toujours présenter. C'est d'ailleurs la seule raison de cette diapositive, c'est le tout petit. Nous sommes à peine 12, 13 millions d'habitants. Vous savez, chez nous, on n'a jamais le chiffre exact. Surtout que le dernier recensement remontre à quelques années. Mais un pays émergent qui commence à prendre son envol. Vous allez découvrir que, ces dix dernières années, il y a un développement infrastructurel dans le pays, des indicateurs qui s'améliorent sur le plan économique, mais aussi sur le plan qui nous intéresse, la santé, mais pas la vitesse que nous souhaitons. Alors, cet après-midi, je vais essayer de tenir dans les 40 minutes. Je vais essayer d'abord de présenter la situation globale. On va dire de la santé maternelle ou infantile, plutôt que de la petite enfance, qui implique des déterminants plus large. Nous allons également présenter les sources, et surtout les mécanismes qui font que les enfants sont un peu plus exposés que les adultes. Nous allons essayer de mettre en lumière ce qui justifie la gravité de la situation dans mon pays et dans les pays voisins. Et enfin, je vais finir sur une note d'espoir en nous concernant. Alors, en ce qui concerne la situation, si j'avais des autorités politiques de mon pays ou de ma région, ils seront satisfaits des deux prochaines diapos, après un peu moins. Alors, pourquoi ? Parce que, oui, quand on parle de la santé maternelle et infantile, il y a eu des progrès ces dernières années, mais ces progrès ont été faits, surtout avec l'appui des partenaires. Dans tous nos pays, aujourd'hui, nous avons des stratégies, mais au-delà des stratégies, nous avons des plans qui sont chaque année transformés, des plans stratégiques transformés en plans opérationnels, avec des interventions et des initiatives, des programmes bien implantés sur la santé materno-infantile. Et ça, c'est un point positif. Nous avons également ces derniers années. Les seuls documents dans lesquels on trouve le concept de petite enfance sont des documents dans le domaine de l'éducation et avec l'appui de la Banque mondiale et de l'UNESCO. Nous avons aujourd'hui des politiques éducatives qui intègrent le petit volet et petite enfance, surtout avec les programmes de pré-scolarisation. Alors, une autre diapo qui relève les avancées dans nos pays, c'est la réduction de la mortalité des enfants de moins de 5 ans et moins qui est liée un peu à tous les programmes qui ont été mis en place et accompagnés. Nous sommes passés, en à peu près 23 ans, nous avons une réduction de 55 % en passant de 152 décès à 69 pour 1 000 naissances vivantes dans toute l'Afrique sud-saharienne. Alors, c'est important, mais je peux vous assurer que cette région du monde a encore le taux de mortalité le plus élevé et quand nous comparons par rapport à l'Europe, sur la même période, on est passé de 10 à 4 % et cela suppose une interprétation de ce chiffre, c'est qu'un enfant qui naît dans mon pays, par exemple, ou dans un autre, dans la sous-région, a 15 fois moins de chances d'atteindre les 5 ans qu'un enfant européen ou français. Un autre domaine où nous avons beaucoup avancé, c'est la couverture vaccinale, également grâce à des initiatives connues maintenant de Gavi et des programmes élargis de vaccination. Malgré les réserves et les limites des dernières années, vous en connaissez ici et dans nos pays également, il y a de plus en plus de résistances. On peut aussi relever que l'allaitement, surtout en ce qui concerne la survie infantile, l'allaitement exclusif est également exclusif maternaire. L'exclusif est aussi en hausse. Dans nos pays, ça, c'est des données également de l'UNICEF. Mais malgré ces avancées, et ce n'est pas surprenant non plus, à l'intérieur même dans nos pays et à l'intérieur même des villes, nous avons des disparités. Et ces disparités concernent le milieu géographique, urbain versus rural. Ça concerne filles versus garçons, ça, les gens, si on veut, même si on ne se limite pas aux cesses. Et ça concerne les enfants provenant de familles éduquées, comparativement aux enfants de familles, on va dire, moins éduquées, ainsi que l'handicap. Chez nous, c'est très compliqué lorsque vous avez un enfant avec un handicap d'avoir des ressources publiques et donc il faut avoir les moyens pour ce faire. J'ai donné quelques indicateurs pour montrer que plus les enfants grandissent, mais plus les inégalités se creusent ou sont grandes. Et on peut constater, par exemple, à un an, en milieu rural versus urbain, qu'on est à 42% de taux de mortalité versus 47% en milieu rural. Et pour la mortalité infanto-juvénile, on passe à un écart de presque 15 points, de 67 à 88% en milieu rural. Et donc, quand on est, c'est difficile de grandir. Également, sans instruction maternelle, nous avons à peu près 82 pour 1 000 naissances vivantes au bout de 5 ans et il suffit d'aller un peu à l'école. Je parle, bien évidemment, des mères. Nous avons également, on peut considérer dans un premier temps que c'est un avantage d'avoir une réduction de 40% de retard, de croissance sur les enfants de moins de 5 ans à 32%. Néanmoins, lorsqu'on prend le nombre absolu en raison de la démographie grandissante, nous n'avons rien fait. Au contraire, nous avons de plus en plus des millions d'enfants avec retard de croissance sur le continent quand on compare par rapport à l'Europe qui est à environ 4% pour les enfants de moins de 5 ans. Nous pouvons également relever les conditions, l'état nutritionnel, la malnutrition et montrer, grâce à ce rapport de l'UNICEF, que 4 enfants sur 5 dans nos contrées âgés de 6 à 23 mois, c'est-à-dire des enfants de moins de 2 ans, en Afrique de l'Ouest et du Centre, l'enquête concernant ces deux régions africaines ne recevait pas la diversité alimentaire minimale nécessaire pour une croissance des enfants. Et si j'ai noté, relevé, que la vaccination, nous avons progressé, mais il y a des bémols. Il y a des bémols parce que nous avons énormément d'enfants qui sont ce qu'on appelle les enfants zéro dose, c'est-à-dire qui n'ont reçu aucune dose des vaccins qu'on appelle obligatoires et qui sont aujourd'hui nécessaires pour éviter les maladies courantes et communes, évitables, telles que la coqueluche. Vous avez également, quand je prends la vaccination, comparé à l'Europe, où 95 % des enfants et tous les pays européens confondus sont vaccinés. Alors, cet indicateur que je présente pour montrer la fragilité de nos systèmes de santé est à prendre avec un peu de réserve parce que dans nos pays, nous n'utilisons pas la proportion de médecins comme indicateur. Pourquoi ? Parce que nous avons plus d'enjeux en ce qui concerne la maternité et dans les zones réculées, dans nos pays, c'est plutôt des sages-femmes et des infirmiers qui gèrent des centres de santé et des unités sanitaires. Et donc, il y a un indicateur développé par l'OMS qui concerne un ensemble, les trois professionnels de santé nécessaires, dont des sages-femmes, infirmiers et médecins. Alors, c'est pour comparaison que j'ai utilisé la proportion de médecins. Et vous allez voir, je sais que les Français se plaignent beaucoup par rapport aux déserts médicaux, mais vous pouvez voir que chez nous, et c'est d'ailleurs pour cette raison qu'à l'arrivée du COVID, beaucoup prédisaient la débâcle dans nos pays, parce que nous avons un système de santé très fragile. Quand on compare, dans mon pays, il y a à peine 1200 médecins, toutes spécialités confondues pour les 12-13 millions d'habitants dont je viens de parler, soit un médecin pour 10 000 habitants. au moment où ici, vous vous plaignez d'être en 5 ou peut-être un peu plus, je crois en France, ça doit être un peu plus de 40. Alors, le système de santé est problématique avec des accès limités, des femmes qui accouchent à domicile, mais quand on dit domicile, avec des matrones, c'est-à-dire des accoucheuses traditionnelles et qui ne sont pas dans le système, on va dire, conventionnel et donc avec un suivi relatif. Nous pouvons également relever des défis importants en ce qui concerne la pré-scolarisation. ce concept n'existe que très récemment également, avec des garderies qui se multiplient et qui ne ressemblent à rien, parce que dans nos pays où nous avons des espaces, c'est hallucinant de voir des garderies confinées en hauteur dans des espaces d'histoire que nous participons aussi ou que nous développons ce secteur. Mais c'est important de voir qu'il y a des pays, la plupart des pays, y compris le mien, où le taux de pré-scolarisation est très, très bas. Je me demande néanmoins si c'est nécessaire dans... Bon, on n'a pas de discussion, mais sachez que je me pose toujours des questions sur le développement dans nos pays et si nous ne devons pas au-delà juste de dire adapter ce qui existe ailleurs, mais penser autrement, parce que chez nous, par exemple, toute la petite enfance doit être pensée avec le modèle communautaire, comme on dit, et quand on voit la façon dont les gens sont isolés ici, ça commence chez nous, puisque nous aussi, maintenant, de plus en plus, on travaille loin de la grande famille, mais...