Notice
Retranscription
Pour faire apparaître les impacts sociaux de l'intelligence artificielle ou IA, il est utile de déplacer un peu notre regard et de l'analyser comme un processus de production à la pointe d'un secteur industriel en pleine croissance. Cet exercice nous amène assez rapidement à mettre à mal l'imaginaire d'automatisation et d'immatérialité qui entoure l'IA. Sa production nécessite une infrastructure lourde qui dépend des ressources naturelles et du travail humain. Pourquoi ? Rappelons que l'IA repose aujourd'hui en grande partie sur l'apprentissage automatique. C'est une technique très puissante mais qui nécessite d'énormes quantités de données et d'une grande puissance de calcul pour les traiter. Ainsi, les ressources naturelles comme les métaux, l'énergie et l'eau sont essentielles pour fabriquer et exploiter les équipements informatiques qui font ce calcul. A son tour, le travail humain sert à créer et à gérer les données. En effet, au-delà des figures des ingénieurs et des scientifiques qui conçoivent le système d'IA, des travailleuses et travailleurs de plus bas niveau s'occupent par exemple d'étiqueter des images ou de trier des textes qui serviront pour entraîner des modèles. Leur tâche consiste aussi à vérifier les résultats finaux en s'assurant par exemple que les images ou vidéos générées par des IA répondent bien aux demandes des utilisateurs et ne présentent pas d'erreur. Parfois, ces travailleuses et travailleurs remplacent des algorithmes défaillants, par exemple lorsqu'ils traitent des cas nouveaux ou inhabituels. Ce travail est un coût de production et comme partout dans le monde des affaires, l'effort est de minimiser ce coût. C'est pour ça que la plupart des producteurs d'IA externalisent. Ce faisant, ils contournent toute responsabilité de gestion et de rémunération des travailleuses et travailleurs concernés qui deviennent des prestataires éloignés des ressources et dont dispose aujourd'hui l'IA. Et comme dans d'autres formes d'externalisation, la précarité et les faibles rémunérations sont à l'ordre du jour. De plus, ce travail est très souvent délocalisé vers des pays où les coûts de main-d'oeuvre sont moins élevés et les droits de travail moins protégés. Parfois, il s'agit de pays qu'on n'associerait pas spontanément au développement de l'IA de pointe, comme le Kenya, Madagascar ou encore les Philippines. Un cas particulièrement intéressant est celui du Venezuela qui a contribué massivement à l'annotation d'images et de vidéos pour l'entraînement des voitures autonomes aux États-Unis. Et c'est malgré les tensions entre les deux pays. En effet, la crise économique qui a frappé le Venezuela ces dernières années a entraîné une demande de devises forte et donc les personnes se sont tournées vers ces activités via des plateformes internationales qui assuraient la médiation avec des clients étrangers. Et pendant longtemps, les Vénézuéliens ont accepté les rémunérations les plus faibles du marché. Ces processus impliquent donc plusieurs organisations, le producteur d'IA, le prestataire, un ou plusieurs intermédiaires. Ils forment des chaînes de valeur mondiales qui dépassent les frontières nationales. Ils ne sont pas sans rappeler des vagues précédentes de la mondialisation dans des secteurs apparemment éloignés comme le textile ou l'électronique. La production d'IA tire parti d’inégalités mondiales héritées du passé pour accéder à une main-d'œuvre qualifiée mais peu chère. Par ailleurs, la même dynamique est à l'œuvre pour…
Lire l'intégralitéLe coût humain de l'intelligence artificielle
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Descriptif
Paola Tubaro, directrice de recherche au CNRS, discute dans cette vidéo de l’intelligence artificielle sous l’angle du travail humain associé à son développement. Elle montre que les chaînes de valeur, mondialisées, conduisent à un travail invisibilisé et le plus souvent mal rémunéré et peu protégé.
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