Notice
Le traitement orchestral dans Salomé : la sensualité sonore au service du drame
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Descriptif
Journée d’étude organisée par l’Institut IRPALL de l’Université de Toulouse Jean Jaurès (responsabilité scientifique, Michel Lehmann) et l’Opéra national du Capitole de Toulouse (direction artistique, Christophe Ghristi).
La figure de Salomé, fille d’Hérodiade, occupe aujourd’hui une place importante, sinon majeure, dans l’univers mythologique contemporain, sans atteindre toutefois le niveau d’une inscription pérenne dans le long cours de l’héritage culturel occidental. Elle surgit sporadiquement au fil du temps et des modes, en cela plus irrégulière qu’une Hélène de Sparte ou une martyre chrétienne. Cette succession de présences et d’absences nous éclaire sur l’exploitation thématique, symbolique et morale de ce personnage de jeune fille qui précipita la décapitation du prophète Jean-Baptiste.
Après un pic d’intérêt pour la princesse de Judée, innocente peut-être, mais manipulée par sa mère au point d’être la cause d’une condamnation à mort arrachée au roi Hérode, intérêt débutant dans la littérature édifiante du Moyen-Âge pour se répandre dans la peinture de la Renaissance (Cranach l’Ancien, le Titien, Botticelli, le Caravage…), le romantisme finissant et le tournant du XXe siècle exploitèrent largement le potentiel décadent de cet épisode biblique. En ce temps-là, la mode était toujours à l’orientalisme, encore plus contrasté, raffiné et barbare, sensuel et cruel, spirituel et nihiliste, déchiré par les tensions entre Éros et Thanatos. Avec une abondance inégalée, l’histoire de Salomé s’impose dans la peinture (Moreau), la littérature (Flaubert, Laforgue, Mallarmé), le théâtre (Wilde) et la musique (Bonis, Schmitt, Richard Strauss).
L’idéal féminin des romantiques, écartelé entre la pureté de la Vierge et la souillure de la Grande Prostituée, subit une transformation au fil des visions artistiques inspirées de Salomé : la jeune fille s’émancipe en femme fatale, rayonnante de séduction débridée, exhalant un érotisme amoral qui bouscule d’importants archétypes masculins : le pouvoir séculaire ou spirituel, l’autorité patriarcale, la jouissance amoureuse. Peu exploitée par les mouvements féministes ultérieurs, la fille d’Hérodiade demeure pourtant un puissant moteur de la dynamique symboliste. Porteuse d’un élan irrésistible de subversion, son histoire brise les concordances internes au langage humain. Mots, images, idées, corps se sont affranchis les uns des autres, rejetant la convergence unificatrice qui donnait un sens judéo-chrétien cohérent au langage. Le symbolisme présente une réalité en crise, une vision du monde dont l’harmonie factice est dénoncée, une humanité trouble qui se dévoile à l’aide d’une danse des sept voiles, un rite d’initiation bien mystérieux, suscitant à la fois épouvante et extase.
L’incursion de Richard Strauss dans cet univers si particulier constituera le levier principal du programme de cette journée d’étude, organisée par l’Opéra national du Capitole de Toulouse et l’Institut IRPALL. Peut-être le personnage de Salomé a-t-il perdu de son attractivité dans la création contemporaine de notre époque, nous héritons cependant à travers l’opéra de Strauss d’une oeuvre qui perpétue et actualise à chaque reprise la puissance du bouleversement porté par le mouvement symboliste.
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