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EHESS



Pioneering ethical capitalism

Dans la globalisation éthique et capitalisme sont-ils compatibles ?

Quelles relations entre économie et morale ? Les travaux actuels des historiens ont mis en lumière l’ancienneté des controverses à ce propos à la fois dans l’espace public et dans les sciences sociales. Celles-ci ont une nouvelle acuité, qui va bien au-delà de la thématique de la responsabilité sociale des entreprises, comme le montre le récent engouement pour la question suscité par la crise mondiale ouverte à l’automne 2008. Nombre de programmes de recherche (en Asie, en Amérique latine ou dans des pays occidentaux comme l’Allemagne) ont vu le jour pour tenter de comprendre comment les décideurs politiques et les dirigeants du secteur privé pouvaient relever le défi d’une croissance soutenable.

En réunissant des intervenants aux profils très différents, le symposium organisé conjointement le lundi 25 novembre à l’OCDE par la Fondation Shibusawa de Tokyo et l’EHESS au terme d’un programme de recherche commencé en 2011 a voulu éclairer les comportements des entreprises et les discours des entrepreneurs, les règles de la vie des affaires et les politiques publiques selon une approche historique et une perspective globale.

La première partie du symposium a porté sur les origines et le développement d’une forme de capitalisme éthique en Occident et en Asie. Le point de départ a été le rôle joué par un grand entrepreneur, Shibusawa Eiichi, dans le processus de modernisation du Japon, qui l’a amené à donner sa propre définition du capitalisme, que l’on retranscrit par gappon-shugi. Ce concept renferme l’idée de rassemblement de ressources humaines et financières provenant de sources diverses pour réaliser des profits qui participent ensuite au bien-être social. L’inspiration confucianiste de cette vision, qui associe la morale à l’économie, vaut à Shibusawa d’être considéré comme un pionnier du capitalisme éthique au Japon. La transformation des institutions japonaises et des règles en vigueur dans les affaires est, par conséquent, aussi le résultat d’une main visible, celle de certains entrepreneurs japonais qui ont œuvré pour associer des valeurs collectives au développement du modèle capitaliste nippon. D’autres entrepreneurs ont contribué à l’essor économique et social de leur pays, en Inde, en Chine ou plus récemment au Brésil où est né le mouvement des green entrepreneurs dont l’objectif est de contribuer à une croissance soutenable et de promouvoir une justice sociale. L’évolution des conceptions morales de différentes Eglises par rapport aux entreprises a été également analysée.

La seconde partie du symposium, suivie comme la première par une assistance internationale nombreuse et posant aux intervenants des questions centrales, a mis en évidence les tensions suscitées par l’étape actuelle de la globalisation. Les intervenants ont souligné comment l’intensification de la concurrence, la financiarisation des économies, l’évolution des objectifs et de l’activité des organisations internationales ont été accompagnées par des changements de discours dominant et par l’évolution des normes et des valeurs. Les entreprises multinationales du Sud comme du Nord ont eu à faire face à de nouveaux dilemmes liés à la corruption dans certains pays au profit d’autres. Enfin les quatre banquiers et entrepreneurs invités dans le symposium se sont prêtés sans complaisance à un débat avec les chercheurs des différents pays présents sur les effets des nouveaux outils financiers comme des changements de rapports entre propriété et gestion, et sur les initiatives des organisations non gouvernementales par rapport aux entreprises.

Ce symposium a enfin permis de faire le lien avec deux équipes de recherche de l’OCDE. L’une passe en revue périodiquement les risques de corruption pays par pays et les moyens d’y faire face. L’autre œuvre à la réalisation d’une initiative de l’OCDE appelée « Nouvelles approches face aux défis économiques », un processus de réflexion à l’échelle de l’Organisation qui vise à améliorer la grille d’analyse et les avis prodigués par l’OCDE au lendemain de la crise économique et financière.


Adrienne Sala et Patrick Fridenson, EHESS

 

 
 
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