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Maison des Sciences de l’Homme de Clermont-Ferrand



Perceptions et représentations du motif végétal sur les matériaux périssables en Europe occidentale, XIIe-XXe siècles

Organisée par les doctorants du Centre d’Histoire « Espaces et Cultures » (CHEC – EA 1001), laboratoire d’histoire, histoire de l’art et archéologie de l’Université Clermont Auvergne, cette journée d’étude s’est déroulée le 8 juin 2018 à la Maison des Sciences de l’Homme à Clermont-Ferrand. Elle a réuni des jeunes chercheurs de l’université auvergnate et d’autres universités ainsi que Daniel Russo, professeur invité de l’Université de Bourgogne-Franche-Comté. Cette journée a permis de réfléchir sur les questions de perception et de représentation des motifs végétaux sur les matériaux périssables en Europe de l’Ouest, du Moyen-Âge à l’époque contemporaine.

La première partie de cette journée a porté sur l’analyse de la perception et de la représentation des motifs végétaux à l’époque médiévale. Marion Monier a présenté une étude traitant des motifs végétaux sur les plafonds peints des salles d’apparat du château de Ravel (Puy-de-Dôme) et du doyenné de Brioude (Haute-Loire), en Auvergne. La réalisation de ces décors a été commanditée par les seigneurs de Ravel entre le XIIe et le XIVe siècle. Ces motifs, utilisés comme éléments de remplissage ou de séparation, se développent sous la forme de feuilles d’acanthe et de fleurs de lys. Ils ornent les plafonds comme motifs uniques ou sont inscrits dans des armoiries ; on parle alors de motifs héraldiques.
Hugo Chatevaire a poursuivi cette session avec l’exemple des charpentes peintes de la bastide Saint-Louis de Carcassonne (Aude) au XVe siècle. Le commanditaire est ici un marchand qui tend à s’approprier les codes et les valeurs morales du patriciat urbain. Le motif végétal est polysémique et complexe dans la mesure où il fait référence à la fois au jardin suspendu, à la nature domestiquée, à la chasse et à l’amour courtois.
Si les deux premières interventions présentent des similitudes dans les supports étudiés – les plafonds peints – et dans le choix du motif végétal comme élément secondaire du décor, elles se distinguent par la qualité sociale des commanditaires et par leur perception de la nature et la représentation des motifs végétaux.
Alice Laforêt s’est ensuite intéressée aux herbiers médiévaux au sein desquels les végétaux constituent l’élément central de la représentation. Le parchemin sur lequel ils sont figurés étant périssable (altération par l’humidité, effacement du motif et du texte etc.), cette étude s’inscrit parfaitement dans le thème de la journée. Bien que dans les herbiers les végétaux soient le sujet principal, leur représentation est contrainte : l’artiste n’a d’autre choix que d’utiliser la place laissée vierge dans la page par le copiste, ce qui engendre parfois des représentations surprenantes (superposition d’images, déformation des éléments représentés etc).
Cette matinée a donc été consacrée à la période médiévale et à deux types de supports, les plafonds en bois et les parchemins en peaux animales. Dans ces exemples, l’usage du motif végétal est contraint par le support et sa fonction.

La seconde partie de la journée a traité des périodes moderne et contemporaine. Elle a débuté par l’intervention de Claire Taillandier sur l’œuvre de Mary Moser, femme peintre de fleurs du XVIIIe siècle, à Frogmore House, lieu de résidence de la reine Charlotte qui régna de 1761 à 1818. Le décor peint crée un jardin d’hiver dans un intérieur grâce à la profusion de motifs végétaux mettant en évidence l’épanouissement de la nature à travers des fleurs écloses. Le motif est représenté sur deux supports périssables, le bois et la toile. Les fleurs, principalement la tulipe, la rose et l’œillet, éphémères dans la nature, deviennent éternelles par leur représentation, malgré leur figuration sur des supports périssables. Ce décor, répondant à une commande ayant un objectif éphémère, devient pérenne dans la mesure où il demeure en place en raison de sa beauté d’exécution. Cette étude fait écho à la première session : il s’agit également d’une commande émanant d’un membre de la noblesse – la reine Charlotte. De plus, le lien avec les herbiers médiévaux est privilégié puisque l’artiste s’est inspirée d’herbiers pour peindre les fleurs de Mary Moser Room.

Enfin, lors d’une ouverture consacrée aux nouvelles approches de la nature dans l’art, Nicolas-Xavier Ferrand a présenté les ornements végétaux comme un passage de la nature à sa représentation à travers les œuvres de Nobuo Sekine (1942-2019), Giuseppe Penone (1947-) et Bertrand Lavier (1949-). Dans les œuvres de ces artistes, le motif végétal tend à s’émanciper de la nature, l’ornement constituant une prise de distance par rapport à cette dernière. À partir de la fin des années 1960, l’émergence de la peinture en “plein air”, également appelée “sur le motif”, a pour objectif de limiter le décalage entre la nature et sa représentation – la nature évoluant rapidement en fonction du temps et des saisons. L’évolution de la pensée amène à considérer la nature non plus comme objet mais comme sujet, non plus comme une représentation mais comme une présentation. Dans cette réflexion, Nicolas-Xavier Ferrand a souligné l’importance du vocabulaire dans l’établissement du rapport direct à la nature.

Cette journée a donc tenté d’expliquer les pratiques de perception et de représentation du motif végétal sur les supports périssables. Le cadre chronologique retenu – du XIIe au XXe siècle – n’a pas empêché les références aux époques antérieures et notamment à la période romane. La conférence de Daniel Russo sur un manuscrit hagiographique et liturgique du Xe siècle provenant de l’abbaye de Saint-Jean de Réôme (Moutiers-Saint-Jean) et conservé à Semur-en-Auxois (Côte d’Or, B.M., MS 1) a confirmé cette ouverture chronologique en apportant un nouvel éclairage sur les réflexions menées durant la journée, en particulier sur la caractérisation des motifs végétaux (pérennité du motif de l’acanthe, formalisé entre le VIIe et le IXe siècle et diffusé autour de l’an Mil par exemple). En outre, l’approche diachronique a permis de mettre en évidence les différentes temporalités pouvant s’entrecroiser entre les objets périssables, éphémères, et leurs supports. Ainsi, dans le manuscrit de l’an Mil, des motifs développés à la période paléochrétienne (l’acanthe, les armes, le casque) et à l’époque mérovingienne (stèle funéraire, écriture d’apparat) sont réutilisés consciemment par le moine, scribe et enlumineur, et réintégrés dans sa propre chronologie.

Différents supports ont été pris en considération lors de cette journée : le bois (plafonds, charpentes et chevalets), le parchemin (herbiers) mais aussi la toile (Frogmore House). Au fil des échanges, la question du caractère périssable ou éphémère de ces supports et des œuvres a été posée. En effet, les œuvres, qu’elles soient peintes ou sculptées, n’ont pas vocation à être éphémères. C’est bien le choix du support qui les rend périssables dans la mesure où les matériaux utilisés sont susceptibles d’être dégradés et, à terme, de disparaître. Le corpus du motif ornemental sur ce type de matériaux est par conséquent restreint. Le motif végétal apparaît le plus souvent comme un élément secondaire mais son utilisation comme élément principal ne doit pas être écartée. Finalement, il apparaît que le motif végétal se définit dans l’espace. L’étude des manuscrits médiévaux a ainsi montré que le végétal intervient dans le geste de l’enlumineur et dans l’ensemble graphique qu’il conçoit et qu’il met ensuite en œuvre.

La journée s’est terminée par des remerciements à M. Viallet, directeur de l’école doctorale Lettres, Sciences Humaines et Sociales, et à Mme Breniquet, co-directrice du Centre d’Histoire « Espaces et Cultures » (CHEC), pour l’ouverture de la journée d’étude ; à M. Bourdin, directeur du CHEC, et à Mme Burois pour l’aide apportée dans la préparation de cette journée ; aux membres du comité scientifique, M. Anheim, Mme Cardinal, Mme Riviale et M. Russo. Des remerciements chaleureux ont également été adressés aux intervenants, M. Chatevaire, M. Ferrand, Mme Laforêt, Mme Monier, Mme Taillandier ainsi qu’à M. Russo pour sa conférence.

COMITÉ D’ORGANISATION

Lise AUGUSTIN, doctorante en archéologie antique, UCA
Claire BOURGUIGNON, doctorante en histoire de l’art et archéologie médiévale, UCA
Marion MONIER, doctorante en histoire de l’art et archéologie médiévale, UCA

COMITÉ SCIENTIFIQUE

Étienne ANHEIM, historien médiéviste, directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales
Catherine CARDINAL, professeur d’histoire de l’art moderne, UCA
Laurence RIVIALE, maître de conférences en histoire de l’art moderne HDR, UCA
Daniel RUSSO, professeur d’histoire de l’art médiéval, Université de Bourgogne-Franche-Comté


Les organisatrices de cette journée remercient chaleureusement Didier Calet (MSH) et Nicolas Chabassière (UCA-DOSI) pour l’installation de la captation audiovisuelle. Un grand merci également à Éric Fayet (MSH) pour le montage et la mise en ligne des actes de cette journée.



 
 
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