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Auteur(s) :
BOULBET Jean

Producteur Canal-U :
CERIMES
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En pays Mâa

Une tribu proto-indochinoise du Sud-Vietnam vit dans la forêt et par la forêt. Dans les villages, tout au long de l'année, les montagnards, par des techniques variées, fabriquent ce dont ils ont besoin. Le film présente successivement les techniques se rapportant à la poterie, la sparterie, la vannerie, la forge, le tissage, la construction de l'habitat, etc. (enregistrement de chants traditionnels en langue montagnarde).

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    Date de réalisation : 1 Janvier 1963
    Durée du programme : 31 min
    Classification Dewey : Groupes raciaux, ethniques, nationaux, Culture et normes de comportement - Anthropologie sociale et culturelle
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    Catégorie : Documentaires
    Niveau : Tous publics / hors niveau
    Disciplines : Anthropologie et Ethnologie
    Collections : Ethnologie - Civilisations
    ficheLom : Voir la fiche LOM
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    Auteur(s) : BOULBET Jean
    producteur : Service du Film de Recherche Scientifique , BARRY Jean-Pierre, FABRE Jacques
    Réalisateur(s) : CONDOMINAS Georges, BARRY Jean-Pierre, FABRE Jacques
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    Langue : Français
    Mots-clés : ethnologie, Vie quotidienne, artisanat, Viêt-Nam
 

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Pierre Le Roux 12/04/2016 08h19

L'auteur de ce film, comme de son pendant, Ô Mère Paddy (1963, même auteur, mêmes réalisateurs), n'est pas Georges Condominas mais le seul Jean Boulbet, décédé en 2007, qui a ethnographié le peuple cau maa' pendant plus de quinze ans. G. Condominas n'a été qu'un simple conseiller scientifique secondaire dans la réalisation de ce film, sans rien lui retirer. Cette erreur a déjà été signalée au CERIMES qui l'avait corrigée.

En pays maa'. Coutume et techniques traditionnelles du peuple maa', tribu proto-indochinoise des hauts plateaux du Sud-Vietnam (31 mn, 1963, auteur : Jean Boulbet, réalisateurs : Jean-Pierre Barry, Jacques Fabre)

O Mère Paddy ! Culture du riz de montagne et cérémonies religieuses rendues à la Mère Paddy, représentation symbolique du riz (25 mn, 1963, auteur : Jean Boulbet, réalisateurs : Jean-Pierre Barry, Jacques Fabre).
Ces deux beaux films ethnographiques ont été tournés fin 1962 et réalisés au début de janvier 1963 par Jean-Pierre Barry et Jacques Fabre (Mission culturelle française de Saigon). Les commentaires et informations qu’ils contiennent, essentiellement dus à l’auteur et conseiller scientifique Jean Boulbet (alors en charge du parc de la Conservation d'Angkor, plus tard membre de l'Ecole française d'Extrême-Orient), portent spécifiquement sur les Cau Maa’. L’expertise de Jean Boulbet fut appuyée par les conseillers techniques à l’échelle plus large des Proto-Indochinois, les RP Boutary et RP Moriceau (Missions étrangères de Paris) et Georges Condominas (directeur d'études EHESS). La musique fut enregistrée par le RP Boutary et par Jean Boulbet, lequel recueilli les chants sacrés traditionnels et prières, et non pas Condominas et Boulbet comme indiqué sur le générique des films. Le Service du Film de la Recherche Scientifique (SFRS), aujourd’hui disparu, a été remplacé par le CERIMES, également disparu récemment.
A l'époque de la réalisation de ces films, Jean Boulbet ethnographiait les Cau Maa' depuis 16 ans (de 1947 à 1963), ce qui donna lieu à la publication de nombreux ouvrages. Il y était nommé Dam Böt (nom d'un héros mythique cau maa') par les gens dont il partageait la vie. Il fut à ce point proche des Cau Maa' et des groupes avoisinant qu'il fut longtemps considéré, à tort, par les européens de Saigon, comme une sorte de « roi des Moïs » comme l'avait été avant lui l'aventurier Mayréna, éphémère « roi des Sedangs » à la fin du XIXe siècle. L'écrivain Pierre Schoendoerffer est venu visiter Boulbet, alors installé au Cambodge, pendant plusieurs semaines dans les années 1970, et s'est largement inspiré de sa vie et des confidences faites pour écrire, les transposant, son roman fameux, "L'Adieu au roi". Plus tard, l'écrivain Loup Durand a également longuement visité Boulbet, installé cette fois en Thaïlande du Sud, s'inspirant de sa vie passée au Cambodge pour le caractère du héros principal de son best-seller publié chez Denoël en 1980, le roman « Jarai » qui se passe avant et durant l’épopée khmer rouge au Cambodge.
Les Cau Maa', ou « Hommes authentiques » dans leur langue, c'est-à-dire selon eux, les vrais descendants des premiers hommes, en particulier les Maa' Huang ou de l'Ouest vivant dans la boucle du fleuve Donnaï, district de Blao, à 120 km à peine au nord-ouest de Saigon, sont restés insoumis jusque dans la décennie 1950, pratiquant la culture du riz par essartage, améliorée du produit de la cueillette, de la chasse et de la pêche.
Les Cau Maa', société à système de groupes de parenté indifférenciés à tendance patrilinéaire, vivaient alors dans des longues maisons de bois et bambou sur pilotis. Les hommes en langouti, armés du coupe-coupe wiöh jaal à lame courte et à deux cornes et au manche de racine de bambou incurvé, de la lance et du bouclier, de l'arbalète à carreaux de feuilles de palmier Pandanus, caractéristiques de la culture matérielle des Proto-Indochinois dans leur ensemble ; les femmes torse nu, portant la jupe longue, et réalisant de merveilleux tissages et poteries.
Les Cau Maa' font partie des sociétés autochtones ou proto-indochinoises, qu'ils nomment eux-mêmes Kon Cau (prononcer Kone Tchao), c'est-à-dire « Fils d'Homme » ou « Descendants du Premier Homme », vus depuis les temps de la Genèse. Ceux-ci, fort nombreux, représentent plus de 57 groupes ethniques et langues différents (Mnong, Stieng, Maa', Katu, Brou, Bru, Jörai, Rhadé, Srê, Churu, Röglai, Bahnar, Reungao, etc.) qui peuplent ce que les Maa' appellent Nggar Yaang ou le « Domaine des génies », et que les anciens auteurs nommaient l'Hinterland moï, ou Pays des Moïs (moï étant la francisation du terme vietnamien mọi pour « sauvage, barbare »), région des hauts plateaux forestiers et herbeux du centre et sud Vietnam, sud du Laos, est du Cambodge. On les connaît aussi sous les exonymes de « Montagnards », de « Pemsiens », d'« Aborigènes », d'«Autochtones » et, au Laos, sous le nom péjoratif de Kha « esclaves » et au Cambodge sous celui de Phnong « sauvages ».
A la fin de 1962, au moment où sont tournés ces films, Jean Boulbet se prépare à quitter le Vietnam, pour éviter aux Cau Maa' le sort funeste que veulent leur réserver chacune des factions adversaires : les Viet-congs mais surtout les Diemistes (forces du Sud-Vietnam) et leurs alliés américains. Ceux-ci poussaient Boulbet à convaincre ces Maa’ (et à leur suite, les autres groupes, Mnong, Stieng, Srê, Sedang, Rhadé, etc.), très réputés comme guerriers au long de l'histoire, de venir se battre à leurs côtés contre leurs ennemis. Mais Boulbet savait que leurs arbalètes et leur courage n'empêcheraient pas leur défaite, non pas dans une bataille, mais dans une lutte pour la vie face à des avions, des canons, des fusils, le marxisme international, et un nationalisme vietnamien grandissant... Alors pour ne pas avoir à peser sur eux, pour ne pas constituer malgré lui une menace pour ce peuple dont il partageait la vie depuis plus de quinze ans, et qui devait essayer de poursuivre son chemin au Vietnam même, et sans plus l'autorité ou les conseils de Français ou d'Américains, il décida de partir, aidé par son ami et mentor Georges Condominas, et par Bernard Philippe Groslier, conservateur d'Angkor qui lui avait préparé une place à Siem Reap à la Conservation. Plus tard, il intégra l'EFEO. Il fut nommé responsable du parc forestier de la Conservation d'Angkor, puis conservateur du Phnom Kulen où Boulbet fit de très importantes découvertes, dont le célèbre site de Kbal Spean, la Rivière aux Mille Linga, à 50 km au nord-est d'Angkor Vat.
La guerre d'Indochine menée par les Français avait peu touché les Proto-Indochinois, le gros des combats étant menés au Nord, ou beaucoup plus au sud, et sur les terres littorales où habite la majorité de la population viêt, qui cultive le riz en rizières dans les basses terres des deltas et des terres littorales. A partir de 1963, la guerre américaine du Vietnam a cependant fini par rattraper les Proto-Indochinois, y compris les Cau Maa'. D'abord par des regroupements forcés par les autorités sudistes en hameaux stratégiques « protégés » par des fils de fer barbelés... Puis, par des bombardements d'artillerie ou d'aviation massifs et aveugles (la région a reçu de 1961 à 1973 avec un pic de trois ans, de 1966 à 1969, plus de trois fois le volume total des bombes et obus déversés sur toute l'Europe pendant toute la durée de la Seconde Guerre mondiale, sans compter l'utilisation massive des défoliants (agent orange) et du napalm destructeurs du couvert forestier resté jusqu'ici préservé, de sa faune sauvage et de ses habitants humains autochtones, tels les Cau Maa’ : les aviateurs américains bombardaient à plus de 4000 m au-dessus de leurs objectifs, par sécurité pour eux, et confondaient les essarts de montagne des Proto-Indochinois avec de supposées « rizières viêt-cong »... Au point que certains groupes, comme les Katu du sud-Laos, ont fini par remplacer les arbres de la forêt disparue sous les bombardements par des douilles d'obus ou de bombes pour les pilotis de leurs maisons, si nombreuses qu’elles palliaient l’absence des arbres...
D'après les confidences de Jean Boulbet, il n'était déjà en 1962, plus possible de se déplacer sans risque (il parlait des Cau Maa', pas des Français) à plus de quelques centaines de mètres de ce village, d'ailleurs l'un des moins aventurés, l'un des plus proches des premières plantations... Pour Boulbet, l'essentiel de ce qui exprimait la merveilleuse esthétique maa', leur culture riche et millénaire, leurs créations délicates, avec la forge, le métier à bras, le tour à potier ou la littérature orale, le décor forestier merveilleux de leurs forêts denses primaires n'était déjà plus accessible. Le peu de ce qu'on peut en entrevoir, grâce à ces deux uniques films, qui sont aussi, les seuls portant sur l'ensemble des sociétés proto-indochinoises vues depuis le début de la présence française en Indochine, le peu de ce que ces deux petits films ont sauvé de cette grande et ancienne culture, constitue pourtant, du fait de la rareté des témoignages, un trésor inestimable.
Pierre Le Roux, professeur d'ethnologie, Institut d'ethnologie, Université de Strasbourg
 

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