Entretien

Violences extrêmes. Enquêter, secourir, juger: Syrie, Rwanda, République démocratique du Congo

Réalisation : 15 novembre 2021 Mise en ligne : 15 novembre 2021
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Descriptif

Ce livre porte sur les analyses et les enquêtes effectuées tant par des chercheurs en sciences sociales que par des praticiens humanitaires et des défenseurs des droits de l'homme dans des contextes de guerre, de génocide et de crimes de masse.

Ici, praticiens et chercheurs se donnent pour but commun l'exploration des logiques qui ont gouverné et gouvernent leurs pratiques. En effet, dans certaines situations, ces catégories d’acteurs interviennent simultanément et en fonction d’objectifs qui conduisent parfois à des coopérations, des rapprochements mais aussi à des affirmations d’hétérogénéité de leurs démarches.

À partir de leurs expériences en Syrie, au Rwanda et en République démocratique du Congo, les auteurs traitent de l’un ou plusieurs des thèmes suivants : les déterminants locaux des tueries de masse, les modalités des conduites de secours et leurs effets, les actions des agences multilatérales onusiennes, les activités de la justice pénale internationale et des institutions judiciaires nationales, les engagements des organisations de défense des droits humains…

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TRANSCRIPTION :

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Inconnu
Depuis 1994, c'est à dire le génocide des Tutsis du Rwanda, Marc, le Pape et moi même, nous avons régulièrement travaillé avec des humanitaires, donc particulièrement de Médecins sans frontières, des défenseurs des droits des droits de l'homme, des droits humains, des journalistes.

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Inconnu
Et nous avons continué sur le Rwanda, mais pas seulement sur le Rwanda, et ce, durant plus de 20 ans. Donc, c'est pourquoi nous avons eu au moment du 25ᵉ anniversaire du génocide des Tutsis. Nous avons décidé de faire à plusieurs un ouvrage pas seulement sur le Rwanda, mais aussi sur des violences extrêmes actuelles dans le monde.

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Inconnu
Eh bien, notre collaboration a commencé sur le Rwanda en même temps, vous savez qu'il y a une très, très littérature, très abondante sur le Rwanda. En plus de 20 ans, nous avons pensé que c'était vraiment le moment de faire un bilan et c'est une toute une première partie de cet ouvrage.

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Inconnu
Ensuite, la Syrie, ce sont des violences actuelles, contemporaines, de même que le Congo, et nous travaillons aussi avec des gens qui sont sur ces zones de risque. Le Rwanda, comme le Congo, la République démocratique du Congo comme la Syrie, sont en fait des terrains difficiles qui sont dangereux, qui sont d'accès compliqué et parfois même même si l'on

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Inconnu
vient après les désastres. Les infrastructures sont détruites et les populations sont totalement déprimées. Si bien que ce sont des terrains qui demandent de la part des chercheurs, quels qu'ils soient d'ailleurs, qu'ils soient secouristes, qu'ils soient droits de l'homme, qu'ils soient comme nous, universitaires, cela demande de s'adapter dans la recherche des sources, par exemple pour la Syrie.

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Inconnu
C'est la veille. Internet est fondamental. La veille, Internet et les réseaux sociaux, même si on recherche d'autres sources, ce sont d'abord celles qui sont nécessaires aux investigations. Pour le Rwanda, pour travailler quelques années après la catastrophe, beaucoup ont utilisé l'ethnographie de terrain, la recherche ethnographique classique où tout se fait avec des témoins, avec des gens qui étaient

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Inconnu
sur place et qui en ont réchappé ou qui en sont témoins. Pour la bonne raison qu'il n'y a pas d'autres sources. Il y a aussi naturellement toutes les sources internationales d'instances internationales qui sont impliquées dans les événements,

comme : L'OMS, HCR, etc

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Inconnu
Donc, ces jeux de source sont très, très importants pour comprendre un peu comment les différents chercheurs et praticiens organisent leurs données pour savoir quoi faire ou connaître. On sait que les situations de violence extrême créent des controverses très dures, des controverses cognitives, mais aussi des controverses d'interprétation entre les secouristes, par exemple, ou bien encore entre les tribunaux

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Inconnu
et aussi des des des observateurs des droits de l'homme. Or, ces controverses font vraiment partie de l'observation elles mêmes. Il faut sans arrêt y prendre garde. Elles ont été très dures dans le cas du Rwanda et c'est toujours le cas 25 ans après.

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Inconnu
C'est pourquoi, dans ce livre, les six articles qui concernent le Rwanda, les auteurs ont tous pris la décision de mettre l'observation méthodologique et épistémologique en Premiere, donc faire des bilans d'ordre méthodologique et épistémologique. Mais ce souci également est présent pour des controverses plus récentes, concernant la Syrie particulièrement.

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Inconnu
Pour finir, le livre peut paraître disparate puisque les terrains sont différents, les temporalités sont différentes, mais il y a une unité tout au long de ce livre. C'est que tous les chapitres relatent une enquête, relatent les procédés de l'enquête et l'enquête elle même.

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Inconnu
Il y a un récit d'enquête qui est présent dans tous les chapitres et c'est, je crois, ce qui fonde l'unité de ce livre. Par exemple, pour les chapitres qui concernent l'est du Congo, il y a trois chapitres. Il y a, il y en a un qui relate le parcours d'un chef de guerre et il est fondé sur des sources judiciaires.

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Inconnu
Or, c'était très important puisqu'on sait que le Kivu et le Kivu, comme l'Ituri, comme l'Est du Congo, est complètement déchiré par toutes ces guerres intestines menées par des chefs de guerre, eux mêmes soutenus par des puissances étrangères limitrophes du Congo.

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Inconnu
Il y a aussi un article du journaliste qui a beaucoup travaillé sur ce chef de guerre et qui raconte et qui dit comment elle est liée à MSF. Ce qui est sur place également dans ce terrain, donc, les deux communiquent et échangent naturellement leurs données.

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Inconnu
Et elle dit que c'est à même un problème dans la mesure des influences réciproques qui peuvent se porter. Il y a aussi un troisième article qui est d'une chercheuse et qui se demande comment MSF fait ses propres enquêtes instruites, ses propres enquêtes avant d'agir.

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Inconnu
Et vous voyez, là, on voit que trois, trois personnalités d'origines différentes sont liées dans une même problématique, mais n'ont pas les mêmes méthodes et ne pratiquent pas le même genre d'enquête. Notre livre réunit des auteurs professionnellement différents. Il y a des chercheurs, des chercheurs universitaires.

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Inconnu
Ce sont eux qui sont les plus nombreux dans le livre. Mais il y a aussi des acteurs ayant eu une action humanitaire dans des pays difficiles et une journaliste qui, elle aussi a travaillé dans des situations difficiles à l'est du Congo ont des situations très difficiles d'accès et dangereuses.

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Inconnu
Ces auteurs, nous les avons réunis parce que nous travaillons avec la plupart depuis des années. Nous avons réfléchi ensemble sur des situations de violence, en particulier le Rwanda, puisque le génocide a été vraiment un événement très bouleversant. Mais nous avons aussi continué sur d'autres situations, en particulier sur le Congo, en particulier sur le Congo, parce que les

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Inconnu
situations de l'est du Congo sont très liées aux événements des deux principaux pays voisins, l'Ouganda et le Rwanda. Ce qui se passe, ce qui s'est passé au Rwanda, a eu des effets importants et graves au Congo, ce qui nous a conduits à introduire le sujet du Congo dans le livre pour la Syrie.

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Inconnu
C'est principalement la coopération avec Médecins sans frontières qui a joué. Médecins sans frontières a eu une activité médicale importante dans les zones qui ne sont pas sous contrôle gouvernemental. En Syrie, des zones régulièrement bombardées. Principalement par les Russes, mais aussi par l'armée du gouvernement syrien.

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Inconnu
Et cette situation de bombardement des centres de santé est analysée de façon détaillée par les trois les quatre auteurs d'articles dans ce livre. D'abord deux médecins syriens eux mêmes, qui travaillaient au début de la révolte et qui, au fur et à mesure où la révolte avançait, ont cependant été obligés de quitter le quitter, la Syrie étant eux

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Inconnu
mêmes trop en danger. un autre participant, un autre rédacteur, est un acteur humanitaire, MSF, qui est longtemps intervenu à l'intérieur des zones des zones libres, comme on dit, comme on dit. Il a discuté avec des combattants, qui a discuté avec des populations civiles et qui rend compte de cette longue enquête et de ses difficultés.

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Inconnu
un troisième article sur la Syrie porte principalement sur les bombardements de centres de santé. L'enquête sur les bombardements, les bombardements de centres de santé est difficile. Elle est forcément faite à distance des centres de santé. Elle est faite à partir de la Turquie grâce à l'établissement de réseaux de communication permanent entre ceux qui sont sur le terrain

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Inconnu
et ceux qui se trouvent à la frontière, en Turquie. Et là, il s'agit à la fois qualitative et quantitative quantitative, parce qu'effectivement, savoir dire quelle est l'intensité des bombardements décide du lieu de santé est important, quelle est et quelles sont leurs conséquences.

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Inconnu
L'enquête est aussi qualitative. En effet, il s'agit d'écouter et d'entendre ce que disent les personnes sur place, dans les lieux bombardés. C'est important de les entendre, de les enregistrer, car souvent, les organisations internationales, les Nations unies en particulier, considèrent que ces témoignages sont émotifs et ne sont donc pas valables du point de vue politique et juridique, d'où

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Inconnu
l'importance de les recueillir et de les transmettre, quels qu'ils soient. Je vais parler un peu du je vais parler du Congo, de l'est du Congo, la région qu'on appelle le Kivu, qui est frontalière avec le Rwanda. L'une des auteures des auteurs du livre a travaillé pendant un an sur l'action humanitaire dans cette zone.

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Inconnu
Elle a effectivement collecté beaucoup de données d'information sur le travail humanitaire en lui même, sur ses difficultés, mais je voudrais insister sur une difficulté particulière. Ce travail, ce sont d'une part des équipes venant de l'étranger, d'Europe, des Etats-Unis et d'autre part, des Congolais eux mêmes qui sont embauchés sur place et qui ont joue un rôle essentiel dans

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Inconnu
l'enquête. Ce sont des sortes de médiateurs entre les étrangers et la population locale. Or, être un médiateur, c'est une situation difficile parce que d'un côté, ce sont des gens qui vivent sur place. Quand une famille sur place sont souvent eux aussi des liens avec les chefs de guerre et avec les combattants sur place qui sont insérés dans

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Inconnu
des églises. Les églises sont très importantes là bas, donc ils ont des intérêts, des engagements sur place. Mais d'un autre côté, l'organisation médicale leur pose des contraintes, des contraintes de fiabilité, de non parti pris. Vous voyez donc la difficulté pour ces personnes d'être à la fois insérées dans un tissu social local tissu social local, tissu politique, tissu

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Inconnu
militaire, tissu religieux et en même temps de suivre, de respecter les contraintes que leur fixe l'organisation humanitaire. Pour réprouver, l'organisation militaire ne fixe pas ça de façon arbitraire. En fait, elle a besoin d'information, d'abord pour savoir où elle met les pieds, pour savoir où sont les risques, où sont les dangers et pour se protéger par rapport à

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Inconnu
ses risques. Donc, ces organisations humanitaires qui sont sur place pour soigner ont besoin d'informations, ces informations les acquièrent grâce à des médiateurs entre eux et la population. Or, ces médiateurs sont eux mêmes insérés localement dans des engagements, des engagements politiques, des engagements familiaux, des engagements religieux.

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Inconnu
La question est donc de savoir quand ces médiateurs travaillent aussi selon les exigences de l'organisation humanitaire. Effectivement, il y a un véritable dilemme pour les étrangers qui sont là. C'est le problème de la confiance. En fait, c'est extrêmement difficile à trancher, c'est quasiment impossible, a tranché.

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Inconnu
L'important est de savoir si l'incertitude est réellement réduite. Et ça, on ne le sait jamais immédiatement. Comme on ne sait jamais immédiatement si des personnes travaillant pour l'association n'est pas en même temps un informateur d'une bande armée. En fait, on ne le découvre que par hasard si effectivement, il y a une sorte de trahison entre guillemets.

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Inconnu
Mais ça n'arrive pas régulièrement. Ça n'arrive pas fréquemment parce que aussi, d'une part, l'activité médicale est considérée comme importante, généralement dans la population. Donc, trahir l'organisation médicale, c'est quand même trahir aussi la population. Donc. Parler de trahison, c'est peut être un peu fort.

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Inconnu
Parce qu'il y a une trahison légère, un peu permanente, mais des faits et des trahisons plus graves quand elle arrive à son vie, couvertes en général. Claudine a beaucoup évoqué le Rwanda. Elle a parlé des controverses cognitives qui étaient liées aux crises extrêmes telles que le Rwanda.

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Inconnu
Mais si ces tensions cognitives existent aussi dans le cas de la Syrie et dans le cas du Congo, je voudrais insister aussi sur les difficultés des enquêtes conduites au Congo et en Syrie. Ces enquêtes, les chercheurs et les humanitaires qui y travaillent s'impose des méthodes qu'elles communiquent dans le livre.

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Inconnu
Il ne s'agit pas de faire de la méthodologie pour faire chic et avoir l'air savant. Il s'agit de faire de la méthodologie et de montrer qu'on est soucieux de méthodologie pour parer aux attaques qui apparaissent généralement dans les débats politiques, intellectuels et des chercheurs en Europe.

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Inconnu
A cet égard, pouvoir se défendre pour pouvoir argumenter sur la méthode, sur les méthodes de terrain que l'on a employées est absolument essentiel.

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