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Que faire des eaux d’inondation ? Le cas des villes de Gaule.


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Que faire des eaux d’inondation ? Le cas des villes de Gaule.

Les travaux menés ces vingt dernières années dans les villes fluviales romaines apportent précisément une somme d’informations inédite sur la gestion des eaux d’inondation par les sociétés urbaines de l’Antiquité. Contrairement au milieu rural, où les crues peuvent être attendues, les eaux de crue ne constituent en ville qu’un problème. Il faut s’en prémunir, et, si ce n’est pas possible, les évacuer le plus rapidement possible.

Une grande partie des interventions du colloque étant consacrée aux réseaux d’évacuation de ces eaux indésirables, nous orienterons plus spécifiquement notre propos sur la question des systèmes techniques mis en place pour s’en prémunir.


Une brève présentation sera d’abord faite des deux grands types de problèmes à l’origine des excès d’eau en ville : l’inondation par débordement des cours d’eau (ou des lacs), et l’inondation par remontées de nappes phréatiques.


La démonstration s’appuiera ensuite sur la présentation des principaux procédés de gestion de l’inondation utilisés par les Romains. Les techniques employées ont été regroupées en trois types : 1- celles qui concernent l’aménagement du chenal et des rives (curage et calibrage du lit fluvial, stabilisation des berges) ; 2- celles qui touchent directement le parcours des cours d’eau (dérivations, canalisations) ; 3- enfin les systèmes de défense contre les inondations mis en place pour les constructions (digues, surélévations des sols, constructions sur pieux, drains, vides sanitaires). Les exemples utilisés sont pour l’essentiel issus des recherches menées sur quatre villes de la basse vallée du Rhône (Arles, Ernaginum, Orange, Riez, Avignon), et d’un corpus de sites urbains rassemblés en Gaule, Espagne, Italie et Allemagne.


1. L’entretien des lits fluviaux et des berges des cours d’eau impliquent le nettoyage des chenaux, l’installation de palissades, murs ou caissons destinés à protéger les berges de l’érosion. Il faut aussi prendre en compte l’importance des débits de crue lors de la construction des ponts, de manière à ce que les piles et les tabliers ne constituent pas d’obstacles. Il s’agit dans ce cas de favoriser le passage de l’eau en limitant les dégâts que la crue pourrait causer aux ouvrages d’art eux-mêmes et aux berges adjacentes.


2. Un second moyen de protection consiste à contrôler et/ou modifier le tracé des chenaux, au moyen de puissants systèmes de murs corsetant le chenal et par le creusement de canaux de dérivation. Assez rare à l’échelle des rivières puissantes, cette technique connaît toutefois un large succès appliqué à de petits organismes fluviaux. Il s’agit cette fois d’empêcher les eaux de crue d’atteindre les espaces que l’on souhaite protéger.


3. Cette préoccupation se retrouve dans une troisième approche, qui consiste à édifier autour des sites à protéger des murs de digues, plus ou moins imposants. Sous cet aspect, le rôle dual des remparts entourant des sites peut être examiné : ils ne protègent en effet la partie enclose de l’agglomération qu’à certaines conditions : 1) si le cours d’eau traverse le coeur de ville, des ouvertures dans la courtines doivent être ménagées pour faire sortir l’eau ; 2) si le cours d’eau en crue circule à l’extérieur des remparts, ce dernier devra servir de digue tout en évitant de devenir un obstacle à l’évacuation des eaux lors d’inondations aggravée par de fortes pluies. En archéologie, on reconnaît principalement comme digue des ouvrages maçonnés. Pourtant, de très nombreuses digues (la plupart peut-être) ont dû prendre la forme de levées de terre. Malheureusement, il est très rare d’en identifier en fouille : sans entretien, exposées aux eaux de crue et de pluie, elles sont souvent beaucoup trop érodées pour être reconnues. Seuls quelques exemplaires conservés et fouillés témoignent de l’ampleur qu’a certainement dû prendre ce mode de protection, en particulier en milieu rural, à la manière des actuelles levées de berges protégeant en France la plaine d’inondation de la Loire.


Un dernier modèle de stratégie mise en place pour lutter contre les inondations concerne cette fois la gestion des niveaux phréatiques. De nombreuses techniques ont existé pour rendre possible l’occupation des marais et zones humides, permanentes ou non, et la construction de bâtiments parfois très imposants. Ces aménagements concernent essentiellement les modes de fondations : sur pieux, sur lits de fascines, ou encore sur vides sanitaires, connectés ou non à toutes sortes de drains. Parmi tous les matériaux utilisés pour construire des drains, les fossés drainants et des vides sanitaires, les amphores sont les plus courants. Les vases, entiers ou fragmentés, peuvent remplir de larges fossés ou être installés en longues files sous les constructions. Dans cette position, ils sont généralement disposés en position verticale, col vers le bas, mais peuvent être aussi alignés en file à l’horizontal. Quelque soit le matériau utilisé, l’objectif est de retenir les remontées d’eau dans les vides sanitaires ainsi créés, pour maintenir les sols de surface au sec.


Le large éventail de solutions techniques mis en place pour faire face aux inondations montre que les différentes formes d’inondation étaient très bien connues. On remarque cependant des distributions géographiques très contrastées de certains ensembles de techniques, liées soit à des questions de transferts culturels, soit à des adaptations plus spécifiques à certaines caractéristiques environnementales (spécificités des contraintes, matériaux disponibles). Les méthodes que nous avons inventoriées ont été adoptées durant toute l’Antiquité romaine, sans que l’ont relève de nette association entre une période et une catégorie de moyens de défense. Il est toutefois important de noter que les différentes phases d’expansion de l’Empire ont largement contribuées à diffuser plusieurs de ces techniques vers les nouvelles provinces. Toutefois, il serait faux de penser qu’il s’agit dans tous les cas d’inventions latines : l’usage d’amphores dans les systèmes de drainage était par exemple déjà connu des Grecs au IVe s. av. J.-C.


En définitive, les travaux menés dans les agglomérations du Rhône et les grandes villes des provinces voisines montrent que la société romaine savait s’affranchir des contraintes du fleuve, même si sa connaissance du fonctionnement fluvial se limitait à une approche empirique qui interdisait toute prévention sur le long terme. Un équilibre avait été acquis entre l’aléa et l’état des connaissances techniques des sociétés en matière de défense contre les inondations, et le risque était donc globalement bien supporté. Au regard des deux mille dernières années, on peut considérer que les moyens mis en oeuvre pour lutter contre l’inondation étaient efficaces puisqu’ils ont assuré la pérennité de l’occupation sur des sites très contraignants, comme Rome. La réduction des échelles spatiales et temporelles révèle toutefois une situation plus nuancée. Ainsi, la mise en série des cas révèle que la gestion du risque et l’impact des sociétés sur le milieu fluvial dépend de l’importance des agglomérations plus que de la dangerosité du cours d’eau. Dans un contexte de bonne maîtrise technique, l’impact de la contrainte sur le développement des sites urbains fluctue en fonction de l’importance de la ville au plan régional. Pour les agglomérations florissantes et attractives, le bénéfice économique, politique ou militaire retiré de la proximité du fleuve prime très nettement sur le risque encouru. Le lotissement des zones dangereuses, occupées en dépit d’un risque mesuré, est la conséquence directe de la pression urbaine. Les difficultés liées au contexte environnemental ont été surmontées parce que ces villes ont su tirer parti de leur position géographique pour acquérir une importance sur le plan économique et/ou politique qui leur assurait une capacité de résilience élevée, et la communauté urbaine possédait les moyens financiers et humains nécessaires pour faire face à l’aléa. Par contraste, l’impact du risque sur les agglomérations modestes et les implantations isolées était beaucoup plus marqué. Dans ces cas, même si les exigences du développement économique ne justifiaient pas une prise de risque croissante, la capacité de résilience des communautés était plus faible face à l’inondation car elles bénéficiaient d’investissements moins importants.


Les réponses à l’aléa diffèrent d’un site à l’autre et témoignent de la variabilité des seuils de tolérance à la contrainte. Le risque est supporté jusqu’à un certain point, après quoi l’abandon des espaces dangereux s’impose. Ainsi, lorsque les conditions hydrologiques évoluent vers un état de crise prolongée et que les systèmes de protection ne progressent pas, la stabilité du système est rompue. La question de l’impact de l’aléa fluvial sur le développement des villes se pose pour la fin de l’Antiquité (IVe-VIe siècles), reconnue comme une période de changement climatique. Un lien direct est encore souvent fait entre l’abandon des zones inondables et les conditions hydroclimatiques, mais il est trop simpliste d’expliquer l’évolution des structures urbaines à la fin de l’Antiquité par l’augmentation du risque fluvial. Face à une crise hydrologique majeure, le délaissement progressif des modes de vie et des techniques romaines du Haut Empire a simplement conduit à adopter la solution la plus simple : l’abandon des zones trop exposées.


On remarquera en guise de conclusion que les mêmes types de systèmes de gestion des inondations ont été développés en milieu rural. Ils sont simplement plus difficiles à appréhender du fait de la dispersion des sites archéologiques et de la grande diversité des formes d’investissement des propriétaires et pouvoirs publics dans la défense d’espaces sur lesquels l’aléa fluvial touche une moindre concentration de personnes, et où l’inondation peut même être considérée comme bénéfique pour le développement agricole.


Il est remarquable de constater que, pour ce que nous en comprenons en l’état des recherches, les différentes approches techniques de la gestion des inondations à l’époque romaine sont dans l’ensemble les mêmes que celles utilisées de nos jours, et que de nombreux points communs peuvent également être retenus pour ce qui concerne la perception du danger. La différence principale vient de la perception des responsabilités face à la catastrophe et du rapport des pouvoirs publics aux évolutions des environnements et des formes d’aménagement des territoires.


Des points communs se retrouvent enfin devant l’impuissance à anticiper ou gérer correctement les risques induits par des aménagements de protection. L’impact des travaux de protection sur l’aléa varie en fonction des techniques employées. La plupart d’entre elles intervient peu sur le fonctionnement fluvial lui-même. La construction de ponts fixes et les aménagements destinés à stabiliser les berges, en revanche, constituent des obstacles qui modifient les formes naturelles d’écoulement. En favorisant la formation d’embâcles, de seuils et de bas-fonds, ces constructions perturbent les dynamiques fluviales et accentuent les risques d’inondation, tout comme les interventions de drainage et les travaux de dérivation des cours d’eau, en modifiant également les écoulements. Ce type d’entreprise protège efficacement le site où il a été mis en place, mais le risque est accru dans les secteurs vers lesquels l’eau a été détournée. A cette échelle, ces observations mettent en lumière l’importance d’étudier ces questions des transferts de risque.


Communicante :

 

Cécile ALLINNE - MCF, Université de Caen Normandie, Centre Michel de Boüard /CRAHAM – UMR-6273

 

 

Colloque organisé par :

Jean-Baptiste Lebret

Sandrine Agusta-Boularot

 

Réalisation :

Lambert Capron

 

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