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Organologie de la sphère académique


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Auteur(s) :
STIEGLER Bernard

Producteur Canal-U :
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
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Organologie de la sphère académique

Bernard Stiegler - Directeur de l'Institut de Recherche et d'Innovation du Centre Georges Pompidou

Poser le problème du numérique dans l'enseignement supérieur aujourd'hui, c'est d'abord poser celui de l'organologie de la sphère académique dont le numérique est la dernière période. Bernard Stiegler définit le savoir académique, les conditions de sa production et de sa transmission et propose, pour que la France et l'Europe se saisissent réellement de ces enjeux, une démarche méthodique qui repose sur une nouvelle organologie académique numérique. Cette dernière s'appuie en premier lieu sur une politique massive de recherche sur le numérique, dans toutes les disciplines.


Repenser le système académique dans son ensemble

Universités, institutions de recherche ainsi que d'autres formes de sociétés savantes, comme Wikipédia, forment ce système académique que le numérique impose aujourd'hui de repenser. Il ne s'agit pas seulement de la question de la transmission mais aussi de celle de la genèse des savoirs que ce système est capable d'engendrer. L'organologie de la sphère académique a ainsi pour objectif d'étudier parallèlement les aspects physiologiques, techniques et sociaux qui interviennent dans la production des savoirs à l'heure du numérique.

Tout savoir académique est peer-to-peer, public et anamnésique

Un savoir académique est un savoir anamnésique, c'est-à-dire auquel on ré-accède. Pour pouvoir être réactivé, ce savoir doit nécessairement avoir été extériorisé et spatialisé ce qui le rend transmissible. C'est tout l'enjeu de la grammatisation, c'est-à-dire de la transformation des flux mentaux et corporels en extériorisations spatiales qui peuvent prendre des formes très différentes : peintures sur des parois rupestres, inscriptions hiéroglyphiques, livres, fichiers électroniques... Car en effet le savoir n'est reconnu comme tel qu'à la condition de s'exposer au regard des pairs (par exemple les docteurs de la même discipline) par le biais de la publication. La réflexion sur le savoir académique à l'heure du numérique entretient ainsi un lien essentiel avec les problématiques de l'industrie éditoriale. Mais à un autre niveau, la publication est aussi le résultat d'un processus essentiel dans la production des savoirs, celui de la controverse. Réactiver le savoir, c'est le réinterpréter, et toujours de manière polémique.

Un bon professeur est capable de ramener ses élèves aux origines du savoir qu'il transmet

L'école doit donc faire reparcourir aux élèves toute l'histoire des savoirs à différentes échelles en mettant en avant la notion de cursus, de parcours, de boucle de savoir. L'entrée dans le savoir ne peut se faire que par son origine ; du primaire au supérieur, l'enseignant introduit les élèves dans les conditions d'élaboration des savoirs qu'il veut transmettre, le met dans cette position idéale de celui qui viendra enchaîner sur ces savoirs, qui viendra les poursuivre en les interprétant.

Une nouvelle organologie académique numérique

Cette dynamique de boucle propre au savoir académique va à l'encontre de ce qu'on observe aujourd'hui en matière de catégorisation des savoirs. Les catégories sont des critères qui permettent d'organiser l'expérience et de la conceptualiser. Or, avec le numérique, le modèle de la causalité dans l'élaboration des savoirs laisse la place à celui de la corrélation. La catégorisation s'opère sans herméneutique, sans polémique. Il en résulte une organologie orpheline sur le plan de l'éthique et c'est d'ailleurs sur ce type d'organologie que se développent les MOOCs. Quelle alternative trouver à la catégorisation automatique par des algorithmes, d'autant plus que ce modèle se donne à voir comme une manière naturelle de traiter de l'information ? Bernard Stiegler propose la création d'un nouveau langage informatique qui permettrait l'indexation, l'annotation et l'éditorialisation contributives des différentes activités intellectuelles sur support numérique. Ce nouveau langage laisserait toute sa place à la confrontation autour des savoirs et donc à la genèse de leur production toujours renouvelée.

500 thèses sur le numérique, dans toutes les disciplines

Dans un même mouvement, il est fondamental d'étudier les effets du numérique sur ce savoir. Pour cela, il est nécessaire de faire preuve de méthode. Introduire le numérique à l'école sans l'avoir introduit à l'université n'est pas satisfaisant. Une politique massive de recherche sur le numérique, notamment dans le cadre des doctorats, doit être lancée. Ce saut épistémique majeur, caractérisé par des recherches contributives, menées sur des terrains de recherche-action, est essentiel pour la sphère académique toute entière, de l'université à l'industrie éditoriale.

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    Date de réalisation : 25 Juin 2013
    Durée du programme : 56 min
    Classification Dewey : Sciences sociales
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    Catégorie : Conférences
    Niveau : Tous publics / hors niveau
    Disciplines : Sciences de la société
    Collections : Conférences Pédagogie et numérique
    ficheLom : Voir la fiche LOM
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    Auteur(s) : STIEGLER Bernard
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    Langue : Français
    Mots-clés : enseignement, numérique, bernard, stiegler
 

commentaires


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CLAUDE ALIA 27/08/2013 18h46

Plusieurs commentaires :

1. Le développement des MOOCs est inéluctable pour plusieurs raisons :
ils répondent à la demande de milliers d'étudiants qui, sans débourser un dollar, peuvent accéder aux cours des universités les plus prestigieuses. Notons par ailleurs que la modification des règles d'immigration aux États Unis leurs permettra de recruter les étudiants étrangers les plus brillants, renforçant encore le modèle des MOOCs.
ils ont trouvé leur modèle économique qui se développera selon deux axes :
d'abord la validation et la certification des enseignements qui est déjà en œuvre (et qui elle, est payante). Ce contrôle de l'évaluation par les universités associées devrait permettre de réguler les flux des diplômes. Dans ce contexte les université américaines profitent d'un effet de réputation qui ne fera que se renforcer par la maîtrise des flux.
le « préceptorat  avisé (coatching) (G. Gouarderes) » qui permettra de guider les étudiants dans leur curriculum et dans leur auto évaluation. Ce dernier aspect n'est pas encore mis en place mais les outils informatiques permettant de l'automatiser existent depuis vingt ans.

2. La sensibilisation des hommes politiques à la révolution numérique, tant au niveau national qu'européen, est plus problématique. L'incapacité de l'Europe a mettre en place en temps et en heure Galileo, alors que la géolocalisation sous tend toutes les technologies de la téléphonie, de l'internet et de l'internet des objets, me semble être un tournant dés plus révélateur de l'incompréhension des enjeux technologiques par les politiques.

3. De même la remotivation des Universités autour d'un grand projet "numérique" si elle est souhaitable n'est pas évidente pour un grand nombre de raisons dont la principale est l'enlisement de l'organisation administrative. Ce qui surgira, surgira en dehors de l'université comme Wikipédia, "c'est toujours l'inattendu qui survint (E.Morin)".

La réflexion primordiale au niveau universitaire devrait, à mon sens, porter sur : "quels sont les concepts à enseigner pour quelles connaissances actionnables (J.L. Le Moigne)" et ceci dans toutes les disciplines. Comment ces concepts et ces connaissances peuvent elles ensuite, être déclinées de la sixième à le terminale et au delà.
Par exemple : ai je encore le droit de présenter le modèle de l'atome de Rutherford sous prétexte de sa simplicité sans le replacer dans son contexte historique s'interroge E. Klein ? Quels sont les concepts qui sous tendent la gestion d'un hôpital à l'aide d'un hypercube à n dimensions ? Comment concrétiser une expérience de pensée (Mioara Mugur-Schachter) ? Les réponses seront étroitement liées à la numérisation en tant qu'outil d'objectivation au sens de G. Bachelard et non plus seulement de médiatisation.
 

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