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Une gestion totalement maitrisée des eaux d’alimentation et des eaux usées ? Le cas de la Villa Prato (Sperlonga, province de Latina) au IIe s. av. J.-C.


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Une gestion totalement maitrisée des eaux d’alimentation et des eaux usées ? Le cas de la Villa Prato (Sperlonga, province de Latina) au IIe s. av. J.-C.

Le développement de l’usage de l’opus caementicium dans les villas du Latium dans le courant du IIe s. avant J.-C. a permis l’émergence d’un nouveau type de villa que l’un de nous a qualifié en son temps de « villa monumentale » mais que d’autres qualifient de « villas d’otium ». Il est vrai que l’origine du phénomène est à mettre en relation avec des changements d’ordre socio-politiques, voire purement idéologiques, mais les conséquences proprement architecturales sont loin d’être secondaires en particulier pour les villas construites sur un podium, en milieu ou en bas de pente. On pense généralement à de nouvelles formes architecturales comme le développement des voutes ou le creusement du podium lui-même. Nous voudrions dans ce qui suit montrer l’importance de la maîtrise de l’eau, sous toutes ses formes et avec des objectifs parfois contradictoires. Nous nous appuierons pour cela sur le cas de la villa Prato en reprenant et en développant différents points mentionnés dans les divers chapitres la publication.

Cette analyse part d’un classement et même d’une hiérarchie clairement établie des différents types d’eau qu’il convient de traiter de façon à assurer la survie de la construction et les besoins diversifiés des habitants. Le maître mot est en effet « étanchéité », de telle façon que les mélanges et les divagations incontrôlées soient impossibles. L’opus caementicium est à la fois l’outil principal de ces nouvelles réalisations mais également la source de contraintes nouvelles par rapport aux techniques de construction antérieures, principalement l’appareil polygonal exclusivement utilisé pour la construction des podiums. Contrairement à une structure en appareil polygonal qui laisse passer les eaux (cas des terrasses B et C pour la villa Prato), le mur en caementicium est en effet « étanche » dans la mesure où il bloque quasi totalement la circulation de l’eau. Cela concerne donc à la fois la nécessité de protéger l’extérieur de la structure mais aussi l’intérieur de façon à éviter que les pressions exercées par des venues d’eau soient trop fortes, entrainant à plus ou moins long terme sa destruction. Dans le cas d’un podium réalisé avec cette technique (comme celui qui soutient la terrasse A), il est primordial d’empêcher la pénétration des eaux de ruissellement (dévalant la pente) et celle provenant en direct des précipitations. Cela implique une protection des murs « verticaux » par la mise en place d’une couche d’enduit hydraulique (plusieurs témoins sont encore visibles) et des sols à ciel ouvert par un béton lui aussi rendu étanche par un revêtement, enduit de tuileau là encore ou pavement, voire même mosaïque. De plus les eaux de ruissellement doivent être canalisées en amont du podium pour éviter que des flux importants menacent mécaniquement la construction. En même temps, ces eaux de ruissellement comme de façon générale celle provenant des précipitations constituent des ressources potentielles fondamentales en l’absence en raison de la topographie d’une nappe phréatique facilement accessible ou d’une source pérenne. Mais ces eaux ne sont pas toujours de qualité suffisante, surtout pour les eaux de ruissellement, et demandent donc des aménagements spécifiques pour être stockées puis utilisées. Même les eaux provenant des toitures peuvent être sélectionnées selon leur « origine » : les toits terrasses sont plus facilement maintenus dans un état de propreté satisfaisant que les toits couverts de tuiles. Des bassins de décantation jouent alors leur rôle de filtre pour les eaux de ruissellement et des citernes permettent de maintenir un approvisionnement continu pour les besoins agricoles comme pour ceux des occupants (alimentation et propreté). C’est dans ce domaine que la « hiérarchie » des eaux est véritablement prise en compte, tant pour différencier les eaux selon leurs qualités que pour faciliter leur accessibilité et leurs usages eux-mêmes différenciés selon précisément leur qualité. Pour satisfaire ce dernier souci, une localisation des citernes à l’intérieur du podium est préférable mais ces citernes doivent répondre aux mêmes critères d’étanchéité que pour les parties extérieures du podium. À cela s’ajoute la gestion de la masse que représentent les volumes d’eau accumulés : ceux-ci pourraient à leur tour causer la perte de la construction.


La circulation de l’eau sur la terrasse supérieure (terrasse A, celle qui concentre l’essentiel des activités) ne peut se faire par gravité, avec de l’eau sous pression, mais demande des moyens de puisage (puits plus ou moins complexe), des bassins réservoirs et en complément des récipients mobiles dont le détail n’est pas connu mais dont la réalité ne peut être contestée. Cette eau devient au moins en partie une eau « usée » dont il faut également prévoir l’évacuation, toujours pour respecter le principe d’étanchéité. Cette eau usée peut à son tour présenter des caractéristiques sensiblement différentes selon les usages et donc conduire à une nouvelle hiérarchie particulièrement sensible dans le secteur du balneum. Une partie circule à peu près librement sur le sol, en particulier pour assurer son nettoyage ; le reste doit être canalisé, y compris pour celle qui ne disparaît pas directement par évaporation après utilisation sur le sol, impliquant la réalisation d’un système d’égouts (conduits et regards), son curetage plus ou moins régulier et éventuellement des interventions plus lourdes pour résoudre des points de blocage. Un souci d’économie et d’efficacité (réduction de la longueur du réseau au minimum possible par exemple) entraine dans la partie habitation (pars urbana) une répartition réfléchie des espaces où l’eau est la plus massivement utilisée. Dans la partie agricole, les pressoirs doivent bénéficier de nettoyages fréquents produisant d’autres quantités d’eaux usées à évacuer par un système différent.


La gestion de l’eau constitue donc une donnée essentielle qui a dû être prise en compte dès la conception du « projet », d’autant plus que la réalisation d’un podium, plein pour l’essentiel, n’autorise aucun repentir. La villa Prato permet de saisir les différents aspects que revêt la maitrise de l’eau au moment de sa construction et en même temps l’impossibilité de la faire évoluer quand les besoins en eaux augmenteront, cause certainement importante de son abandon rapide.



Communicants :

Xavier LAFON - Pr. émérite, Université Aix-Marseille, IRAA

Henri BROISE - chercheur associé - IRAA


 

Colloque organisé par :

Jean-Baptiste Lebret

Sandrine Agusta-Boularot

 

Réalisation :

Lambert Capron

 

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