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La Légende dorée de Jacques de Voragine et les écritures de l'histoire : montages manuscrits, (dis)continuités génériques et domestication du temps


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La Légende dorée de Jacques de Voragine et les écritures de l'histoire : montages manuscrits, (dis)continuités génériques et domestication du temps

Intervention par:Florent COSTE,(Université de Lorraine)

La Légende dorée de Jacques de Voragine présente le paradoxe d'être à la fois trop et trop peu connue. Il n'est pas toujours aisé de mesurer l'ampleur de la rupture qu'elle représenta tant dans le genre hagiographique, dans les pratiques pastorales (au sein et par-delà les cercles  mendiants), que dans les pratiques laïques de dévotion et du livre. On souhaiterait se focaliser ici sur la dimension innovante de cette compilation en montrant qu'elle fonctionne comme un instrument de domestication du temps, pour le compilateur, le prédicateur et le lecteur du légendier.
Le tour de force de cette compilation, qui fit à la fois sa marque de fabrique et la clé de son succès, fut sans doute d'inscrire et de tresser une pluralité d'écritures de l'histoire au sein d'une organisation (ordinatio) calendaire, à haut rendement symbolique : l'écriture encomiastique de l'hagiographie (sanctoral), branchée sur l'hypertexte évangélique (temporal), se laisse baliser par les séquences des quatre temps, tandis que l'écriture de la chronique (à travers le chapitre de saint Pélage) se mêle aux différentes explications doctrinales sur la liturgie. Le tout, introduit par un chapitre de l'Avent qui dépeint un Jugement dernier, forme une fresque qui superpose, emboîte et encastre histoire sacrée et histoire profane, histoire de l'humanité et histoire de quelques hommes, temps de l'année et temps de la journée, et enfin passé, présent et futur. Dès lors, il peut paraître réducteur de se livrer à une lecture strictement documentaire ou strictement littéraire de cet écrit polyvalent qui ne relève pas à proprement parler de l'historiographie et qui échappe à des découpages génériques qui ne sont peut-être que les nôtres.
Fondée sur le remploi, la réécriture et l'assemblage de « sources » hétérogènes, la Légende adopte une construction à la fois continue et discontinue, segmentaire et modulaire,linéaire et circulaire. Elle se dote suffisamment de robustesse et de souplesse, pour que, de manière raisonnée et contrôlée,les sources deviennent, pour le lecteur, des ressources et des instruments de pensée à même de prendre en charge la temporalité de sa propre existence. Pour rendre compte de cette inextricable complexité des écritures de l'histoire, il semble judicieux de revenir au manuscrit lui-même, compris moins comme dépôt, que comme montage socialement actif, dynamique et connecté à ses usages spécifiques, parfois contingents et circonstanciés. On isolera un corpus de quelques manuscrits qui greffent aux côtés de la Légende dorée des sources relevant, d'une manière ou d'une autre, d'une écriture de l'histoire.
L'écriture de l'histoire qui se déploie et se diffracte dans la Légende constitue en effet une matrice pour des écritures plus ou moins sauvages, plus ou moins calibrées en périphérie du texte hagiographique : chroniques des papes (Tours, BM,1010 ; Paris, BnF, lat. 9730 ; Paris, BnF, lat. 17001) ; inscriptions de chronologies (Paris, BSG, 549 ; Reims, BM, 1385), notations d'événements historiques anecdotiques ou d'importance (Arras, BM, 872), voire notice autobiographique du possesseur du manuscrit (Vatican, BAV, Reg. lat. 534).
L'examen de ces quelques manuscrits révèlera que l'écriture est une activité secourable qui répond, de manière solidaire et presque indiscernable, au besoin de mettre en récit et à celui d'archiver, bref à la nécessité de domestiquer le temps.


 

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