Conférence

“Si com jou truis el livre escrit” : les références externes dans la Chronique rimée de Philippe Mousket

Réalisation : 21 novembre 2013 Mise en ligne : 21 novembre 2013
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Descriptif

Intervention par :Pierre COURROUX , (Université de Poitiers)Nombre de chroniques de langue française, surtout dans les premiers siècles de l'écriture historique francophone, sont des adaptations plus ou moins fidèles d'un ou plusieurs textes latins antérieurs. Pourtant, lorsque les auteurs de ces mêmes chroniques font référence à leurs sources, les choses paraissent bien moins simples. Les références erronées ou présentes comme de simples trompe-l'oeil, sont fréquentes ; ailleurs, un chroniqueur taira sa vraie source sans raison apparente. Sont-ce là des attitudes qui témoignent d'une influence romanesque ? Non, car dès le XIIe siècle, les premiers écrits historiographiques français utilisent la référence à une source extérieure, fréquente, comme un moyen de différenciation vis-à-vis des fables et mensonges des conteurs, si souvent fustigés (cf. P. Damian-Grint, The new historians of the XIIth century renaissance. Inventing vernacular authority, Rochester, Boydell, 1999). Cette intervention d'autorité est particulièrement prisée des historiens des XIIe-XIIIesiècles, car elle fait référence à une vérité extérieure à l'écrit produit, et s'oppose ainsi à l'autoréférentialité et à la vérité de sens clamée par les premiers romanciers à partir de Chrétien de Troyes. Elles sont donc à considérer comme un élément central de la démarche historique, c'est à dire des moyens par lesquels les historiens médiévaux, en l'absence d'un métier d'historien ou d'une matière universitaire historique, doivent construire leur crédibilité et se différencier des autres littératures d'oïl. Nous nous proposons d'étudier cette démarche dans la Chronique rimée de Philippe Mousket. Cet auteur, souvent considéré par la critique moderne comme un historien de peu de sérieux, construit pourtant soigneusement l'historicité de son récit par l'utilisation de références externes. Celles-ci sont parfois mensongères, parfois de simples postures ; ailleurs, elles se révèlent d'une exactitude surprenante, ancêtres de nos notes en bas de page. Outre la fonction de ces références dans la construction de l'historicité, deux autres questions guideront notre présentation. Quels sont les différents moyens d'exprimer une référence, et quelles nuances indiquent-ils ? À quel endroit de son récit un historien médiéval ressent-il le besoin de faire référence à une source extérieure, réelle ou imaginaire ? La réponse à ces questions dévoilera une part de la démarche historique médiévale, si différente de la nôtre.

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