Conférence

Qu'est-ce qui a changé en 1968 et en 1989 au Japon ? Ou une chronique de la mort annoncée de la démocratie d'après-guerre / Nobutaka Miura

Réalisation : 11 mai 2012 Mise en ligne : 11 mai 2012
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Descriptif

Qu'est-ce qui a changé en 1968 et en 1889 au Japon ? Ou une chronique de la mort annoncée de la démocratie d'après-guerre / Nobutaka Miura. In colloque "Histoire du Japon et histoire au Japon (1853-2012). La force continue des choses changeantes", organisé par le laboratoire France Méridionale et Espagne : histoire des sociétés du Moyen-Âge à l'époque contemporaine (FRAMESPA) et le Centre d'études japonaises antenne de Toulouse (CEJ-Toulouse / Inalco). Toulouse, 10-11 mai 2012.Thématique 4 : Puissances et doutes (1970-2012), 11 mai 2012.

Dans cette communication, Nobutaka Miura propose une division en trois périodes, à peu près égales, l'histoire du Japon de l'après-guerre : 1945-1968, 1968-1989 et 1989-2011. Une périodisation qui privilégie plutôt le sort de la "démocratie d'après-guerre" et le changement du paradigme dominant dans le monde des idées et en sciences sociales. Pour lui, 1968 marque la fin du paradigme de la première génération de la démocratie de sengo, composée de marxistes et de libéraux « modernistes » comme Maruyama Masao, connu pour pour son analyse de la modernisation boîteuse du Japon de l'avant-guerre conduisant au « fascisme impérial » et pour son engagement en faveur de la révolution démocratique entamée le 15 août 1945. La modernisation du Japon de 1868 à 1945 a été boîteuse et incomplète en ce sens qu'elle a bien réussi dans l'industrialisation sans réussir pour autant dans la démocratisation sous la monarchie constitutionnelle. La structure familiale de la société japonaise a longtemps refoulé l'avènement de l'individu autonome, libéré de tout lien communautaire. La gauche traditionnelle marxiste a été supplantée par différents courants de "new left" gauchisants. Il n'y a pas ce que l'on pourrait appeler "la pensée 68" au Japon et le penseur le plus influent en 1968 est Yoshimoto Takaaki qui a fait table rase à la fois du marxisme et du "libéralisme moderniste", sans laisser aucun système constructif de la pensée critique.

Au début des années 1980, vint au Japon la mode du postmodernisme qui, s'il a favorisé la réhabilitation des philosophes de l'École de Kyoto, comme Nishida Kitarô, n'a pas contribué à l'analyse critique de la société de consommation néo-libérale ni du "nationalisme culturel" qui auquel a abouti le nihonjinron.

Avec le tournant de 1989, le post-modernisme se radicalise sous la forme de Nation-State Studies, critique déconstructionniste de l'État-nation moderne, avec l'apport du multiculturalisme, du post-colonialisme, du féminisme. Ce courant de pensée critique non seulement "l'orientalisme" (Edward Said) des occidentaux, mais aussi celui des Japonais vis à vis des peuples asiatiques. le précurseur de ce courant est Nishikawa Nagao. Par contre, la tendance des années 1990 a été la droitisation du débat, provoquée par la crise de l'identité nationale face au retour du passé colonial. La vogue du nihonjinron révolue, est apparu un néo-colonialisme exacerbé combiné d'abord à un révisionnisme historique, puis au néo-libéralisme économique du gouvernement Koizumi Junichirô (2001-2006) qui n'a fait qu'aggraver les inégalités sociales par la dérégulation du marché du travail notamment. Tout s'est passé comme s'il avait fallu attendre la catastrophe de Fukushima le 11 mars 2011 pour que soit soldé en un échec total le modèle de développement du Japon de l'après-guerre poursuivi par le parti libéral démocrate (PLD) depuis 1955 et soit mis fin au régime économico-politique de sengo et ouvre une ère nouvelle.La question cruciale est de savoir si la génération d'intellectuels déconstructionnistes pourra renouer avec l'héritage de la démocratie de l'après-guerre, tout en le renouvelant. Car il s'agit de déconstruire le système de ploutocratie nucléaire pour reconstruire une res publica digne de ce nom.

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Thèmes
Notice
Langue :
Français
Crédits
Université Toulouse II-Le Mirail SCPAM (Publication), Université Toulouse II-Le Mirail (Production), Nathalie MICHAUD (Réalisation)
Conditions d'utilisation
Tous droits réservés à l'Université Toulouse II-Le Mirail et aux auteurs.
Citer cette ressource:
UT2J. (2012, 11 mai). Qu'est-ce qui a changé en 1968 et en 1989 au Japon ? Ou une chronique de la mort annoncée de la démocratie d'après-guerre / Nobutaka Miura. [Vidéo]. Canal-U. https://www.canal-u.tv/58229. (Consultée le 24 mai 2022)
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Documentation

Morts pour l'empereur : la question du Yasukuni, Tetsuya Takahashi, Paris, Belles Lettres, 2012, 172 p. (traduit par Arnaud Nanta de l'édition japonaise de 2005).

Du Japon impérial au Japon démocratique, Jean-Marie Bouissou, La Documentation Française, Questions Internationales. Le Japon, 30, mars-avril 2008.

Les conditions politiques de la réforme de l’état au Japon. Le fonctionnement du "marché politique" et la légitimité à l’épreuve de la crise, Jean-Marie Bouissou. In "La réforme de l’état en Asie", Revue Française d’Administration Publique, 98 avril-juin 2001, 261-285.

Savoir et pouvoir dans la modernisation du Japon, Alain-Marc Rieu, Paris, Presses Universitaires de France, 2001, 334 p. coll. Sciences, modernités.

La démocratie japonaise entre crise et réinvention, Jean-Marie Bouissou, Revue d’études comparatives Est-Ouest, 28 (3), 1997.

Multicultural Societies and Nation States in Asia, Kozo Watanabe, Koji Yamaguchi, Nagao Nishikawa, Kyoto, Jinbunshoin, 1998.

Transformation of “Theories of Japanese Culture”: Culture and Identity of Post-War Japan, Tamotsu Aoki, Tokyo, Chuou-Kouron, 1990.

Monarchie et démocratie dans le Japon d'après-guerre, Éric Seizelet, Paris, Maisonneuve et Larose, 1990.

Nationalism in Japan : Its theoretical background and prospects, Masao Maruyama. In ivan Morris, Masao Maruyama, Thought and Behaviour in Modern Japanese Politics, Oxford, Oxford University Press, 1963, 432 p.

> Voir aussi la bibliographie générale dans l'onglet "Documents" de la séquence d'ouverture du colloque

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