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Université Toulouse-Jean Jaurès (Toulouse II-le Mirail)

La danse et "l'âme antique" au début du XXe siècle / Marie-Hélène Garelli


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La danse et "l'âme antique" au début du XXe siècle / Marie-Hélène Garelli

La danse et "l'âme antique" au début du XXe siècle / Marie-Hélène Garelli, in "Autour de Nijinski clown de Dieu", journée d'étude organisée par l'Institut de Recherche Pluridisciplinaire en Arts, Lettres et Langues (IRPALL) de l'Université Toulouse Jean Jaurès dans le cadre d'un partenariat avec le Théâtre du Capitole, sous la responsabilité et la coordination de Michel Lehmann et Christine Calvet. Université Toulouse Jean Jaurès, Théâtre du Capitole, 6 juin 2019.

La place de l’Antiquité dans la vitalité créatrice de l’art occidental se présente comme une référence, dépassant la fonction de simple modèle à imiter et provoquant un mouvement de retour, retour non pas du présent vers le passé, mais du présent vers l’Idéal. Ce mouvement porte l’édifice culturel et autorise le développement, l’émancipation et la divergence artistiques. Considérer du point de vue de la chronologie La Favola d’Orfeo de Monteverdi comme le premier opéra de l’Histoire est discutable, mais il est pertinent du point de vue de la relation que la création artistique entretient avec l’Antiquité. Présenté comme un spectacle inspiré de la tragédie antique (pour ne pas dire une imitation), cet opéra est un immense mouvement circulaire lancé du 17e siècle vers l’Antiquité pour revenir au temps présent. Son inscription dans la modernité de son temps ne tient pas d’un dialogue entre passé et présent, encore moins d’une nostalgie d’un monde perdu. Cette présence de l’Antiquité est en quelque sorte intemporelle, permanente, presque génétique. L’ère baroque en était tellement imprégnée qu’il n’y avait rien de surprenant à ce que les Romantiques tentent de s’en détourner. Stendhal en particulier s’était évertué à redéfinir la qualité de « Modernes » sans l’appui de la relation que l’ère baroque entretenait avec l’Antiquité. Pourtant cette dernière n’a jamais réellement disparu de la scène romantique (Norma, Nabucco, Les Troyens, Aida…).

Du côté de l’Allemagne, théoriciens et philosophes dans la lignée de Kant et de Schlegel redéfinissent un idéal de la civilisation de la Grèce Antique qui permet de la rendre une nouvelle fois très attractive. Avec La Naissance de la tragédie à partir de l’esprit de la musique (1872), Nietzsche ouvre de nouvelles perspectives pour penser la modernité à partir de l’Antiquité. Ce célèbre essai annonce clairement les forces multiples qui seront en jeu dans la création scénique au tournant du 20e siècle. Le discours philosophique et esthétique autour du couple Apollon-Dionysos que l’on peut schématiser par le balancement entre perfection académique et invention subversive secoue le monde de la création musicale et chorégraphique. La grande aventure des Ballets Russes avec les fortes personnalités de Diaghilev, Nijinski, Fokine et Bakst, est marquée par l’influence d’une Antiquité qui offre un imaginaire de récits (Daphnis et Chloé, L’après-midi d’un Faune…) et propose un idéal qui ne contraint en rien l’audace créatrice. L’Antiquité appropriée par les Ballets Russes est tout le contraire d’un refuge. En tant qu’idéal, elle n’a pas été reconfigurée en modèle de vertus comme ce fut le cas à l’époque baroque. Le parrainage d’Apollon et de Dionysos semble bien plus à l’œuvre au sein de l’effervescence créatrice de cette troupe de chorégraphes, danseurs, compositeurs et décorateurs. Et pourtant, d’autres mouvements artistiques contemporains privilégient la valeur refuge de l’Antiquité à partir d’une posture plus réactionnaire comme en Italie.
Le retour vers l’Antiquité au début du 20e siècle ne réussit pas à être fédérateur, si tel fut seulement son but… Il ne rassemble pas la communauté des artistes au sein d’une rhétorique et d’une esthétique acceptées par tous comme à l’ère baroque. Il se dresse plus comme un miroir où chaque visage se réfléchit dans un mouvement de projection singulier, comme si chacun redessinait « son » Antiquité. Elle se met ainsi au service tantôt de l’innovation, du conservatisme, de l’authenticité archéologique, de la fantaisie, de la psychanalyse, de l’idéal artistique ou philosophique…

A l’occasion de la 24e journée d’étude en partenariat avec le Théâtre du Capitole, l’Institut IRPALL réunit des spécialistes de l’Antiquité, de l’Histoire des spectacles et de la Philosophie pour mieux cerner les influences de l’Antiquité sur la scène lyrique et chorégraphique du 20e siècle naissant, promettant déjà tant de bouleversements.

 

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