Entretien

Poésie Touareg, Hawad

Réalisation : 7 octobre 2003 Mise en ligne : 7 octobre 2003
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Descriptif

Héritier d'une culture nomade, Hawad, poète et peintre touareg, nous fait découvrir son oeuvre a travers deux poèmes qu'il nous lit et qu'il commente. Les poésies sont accompagnées de ses manuscrits qu'il rédige dans sa langue, la tamajaght, et qu'il transcrit en tifinagh, écriture touarègue. [Cette séance de lecture s'est déroulée à la Cave Poésie de Toulouse, à l'initiative du poète Serge Pey].

GénériqueRéalisation et montage : Bruno BastardInterview : Christiane FioupouTraduction : Hélène Claudot-Hawad

Chapitres
    Intervenants
    Thèmes
    Notice
    Langue :
    Amazighe marocain
    Crédits
    Université Toulouse II-Le Mirail SCPAM (Production), Université Toulouse II-Le Mirail (Production), Bruno BASTARD (Réalisation)
    Conditions d'utilisation
    Tous droits réservés à l'Université Toulouse II-Le Mirail et aux auteurs.
    Citer cette ressource:
    UT2J. (2003, 7 octobre). Poésie Touareg, Hawad. [Vidéo]. Canal-U. https://www.canal-u.tv/30709. (Consultée le 19 mai 2022)
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    Documentation

    > SAHARA, Visions atomiques, Chapitre 5
    Écho de l’envers
    Traduit du touareg (tamajaght) par Hélène Claudot-Hawad

    Allo allo
    arghem alpha éba arghem éba.
    Je vous annonce que les rayons X
    viennent de dévoiler une amulette
    nouée dans les plis
    de la cervelle d’un homme,
    homme du nom de X,
    homme clandestin,
    homme vagabondant dans sa cervelle,
    homme errant dans toutes les zones de pénombre
    de son propre moi.
    Allo allo, est-ce que vous m’entendez ?
    Ou bien n’ai-je plus d’ombre moi aussi
    sur cette terre qui glisse et dérape avec nous ?
    Oui ! béta alpha beta, vous m’entendez ?
    Si oui, alors moi aussi
    je ne suis plus moi,
    moi qui suis au service de votre sécurité,
    mais plutôt un autre, un moi à part,
    un moi à l'envers…

    Bon, je vais essayer de lire l’amulette
    que les rayons X ont dévoilée
    à l’agent Y de nos services
    pour que toutes les nations du bien
    puissent l'entendre,
    je vais réciter, à haute voix,
    l’amulette écrite à l’envers
    l'amulette aux formules diaboliques
    des sept vents du néant
    qui disent :

    – Au nom des sans ombres,
    les sept vents sans ombres,
    eux qui refusent toute autorité
    et ne reconnaissent pas les ordres établis
    en pyramide Etat poids carcan
    miséricordieux sur leurs épaules.
    Argham, ébjad, éhwaz, ékhtay
    éklman esghaf éDad éqershat
    étcha eZa édj éga,
    a i o é et le a défunt.
    Le monde est une pyramide
    étagée en cinq blocs :
    Premier bloc
    où habitent le zéro et neuf lions,
    Deuxième bloc
    où demeurent douze combattant
    Troisième bloc
    abritant quatre vipères
    Quatrième bloc
    emmagasinant cinq détonateurs
    et cinquième bloc
    qui détient les cinq codes
    des cinq extinctions de l'imaginaire :
    a1, i2, o3, é4,
    et je dessine au centre du carré
    le a de l'absence
    qui campe le 5.
    En donnant de l'importance
    seulement aux consonnes,
    le cabalisme a négligé la force noire
    des cinq baguettes en deçà du sens,
    les voyelles
    qui détournent le pouvoir
    de toute autorité
    Etat et pharaonnerie bétonnés.
    Voici l'art de recycler
    l'énergie des chutes et déchets
    que la raison a exclues.
    Vent rouge, vent jaune, vent roux,
    vent noir, vent gris, vent rayé,
    vent albinos,
    les anges ont bien un sexe
    et quatre vingt dix neuf pour cent
    de belles femmes,
    le prêtre reçoit la révélation de l'ange,
    le scribe accueille la charge électrique du vautour,
    les sept vents sont dans nos filets.
    A présent, tressons les nerfs du cyclone .

    J'ajoute la puissance du neuf
    à la puissance du huit,
    la puissance du huit à la puissance du sept,
    la valeur du sept s'additionne à celle du six
    la valeur du six à la puissance du cinq.
    Et je plonge les cinq puissances
    dans la puissance du quatre
    et transfère la puissance du quatre
    dans la puissance du trois.
    Je baratte la puissance du trois
    dans la puissance du deux
    et les deux puissances dans le Un.
    Alors je verse la puissance du un
    dans l’impuissance
    et je transvase l’impuissance
    de trois éclairs atomiques
    dans la planche de mon thorax,
    et je crie la puissance du nombre renversé
    glissant et fuyant toutes les pesanteurs
    des valeurs du monde établi
    et par le timbre sourd
    du cinquième cri de combat,
    hors des tripes de la terre,
    j’arrache la destruction
    des six derniers tonnerres atomiques
    que le mont Ahaggar a noués
    dans les boyaux de l’ombre
    fantôme du Touareg,
    ombre à quatre pattes
    sous les ténèbres de son pays culbuté
    qui lui aussi rampe
    sur les vertèbres de son dos.

    Impuissance des trois tonnerres
    à laquelle se rajoutent les destructions
    des six tonnerres qui ont semé
    à coup de mépris
    les neuf fardeaux atomiques
    en direction de l’astre
    à la puissance neuf
    et neuf jusqu’à l’infini neuf,
    neuf bras et branches de haine
    puissance de neuf milliards
    voyage de la lumière errante
    pondant sans cesse neuf soleils,
    qui chacun explose à tout instant
    de neuf milliards de cosmos soleils
    de nouveau épanchant leurs menstrues
    jets d'arcs-en-ciel
    des neuf voies lactées
    qui crachent d’autres ouragans fous
    d’étincelles…

    Je dévie,
    je dévie toutes les puissances des neuf chaos
    et à hauteur des sept forces terrestres
    rajoutées aux grimaces des sept fronts célestes,
    je détourne,
    je détourne tous les aimants
    des voies et des autoroutes
    de satellites voitures avions et trains
    fibres et réseaux ferroviaires et électroniques
    des terres, des airs, de l’imaginaire et des océans.

    Ne craignez pas la métamorphose,
    déjà nous sommes neuf milliards de fusées,
    neuf milliards d’insectes
    soleils en révolte
    s’affranchissant des cervelles d'ordinateurs,
    libérés de leurs lanceurs,
    pour un élan de fronde tourbillonnant
    danses révoltes marches rejoignant les vertiges
    courses de météorites cabalistiques
    du détournement des sens,
    des ordres et des règles.

    Geste du scribe

    Ewa égale six, 
    alpha égale un, 
    eha égale cinq.
    Ceci est la formule
    de la bombe à retardement
    de nos regards,
    nos regards ponceurs de vos soleils.
    Et déjà les fronts de vos satellites sont scalpés
    et cent champignons du tartre de notre salive
    continuent leur œuvre
    dans la cervelle et les moelles nues
    de vos espions et de vos ordinateurs…
    Le vieux vautour,
    gardien des campements abandonnés,
    ne disait-il pas :
    – Attachez la terre à la cheville du vent,
    liez la terre par le fouet de vos langues,
    liez le serpent terre,
    et mettez l’unité du cinq
    dans l’angle gauche du triangle
    et le chiffre un dans l’angle droit.
    Et sur la tête de votre triangle,
    logez encore un cinq
    et ensuite, renversez la pyramide des pharaons
    sur le souple triangle, trépied nomade
    et entourez le double triangle
    par le nom des hommes de sept,
    hommes de sept, piliers des ténèbres
    et l'être humain jaillira des ténèbres,
    Homme, porteur de l’univers.
    Des ténèbres, surgira l’homme taureau,
    taureau homme
    qui n’a nul besoin
    de la planche de l’espace
    ni d’un faux ruban du temps,
    l'homme taureau indomptable,
    homme rebelle taureau,
    Homme jailli du cosmos
    homme fauve
    se portant lui-même
    et l'autre face du monde.

    Renforcez l’homme rebelle
    par le sexe de Satan,
    et naîtra le démon de la passion
    de vos insurrections.
    Le six de la gauche
    versé dans le un de la droite
    égale sept.
    Et sept fois le cinq de la tête du triangle
    égale trente cinq.
    Et trente cinq fois trois
    égale cent cinq.
    Alors, en soustrayant les deux zéro du cent,
    vous trouverez le Un,
    et un auquel s’ajoute cinq fait six.
    Six axes et au centre dressez le un
    de leur silhouette debout.
    Un au centre de vos six pôles d'orientation
    égale sept,
    voilà le Sept, l’homme,
    l'homme dressé,
    l'homme formé de deux triangles,
    l'un tête en bas rencontrant
    l'autre, tête en haut.
    Et maintenant soufflez sur le vent,
    et tomberont dans le vent
    les coques poids pyramides
    de vos pharaons.
    A présent le vent, la terre et le temps
    sont entre vos mains.
    Buvez le mirage et le soleil.
    Qu’attend la révolution ?
    Buvez la lie de vos nuits,
    déjà vous êtes affranchis,
    déjà vous marchez et êtes libérés,
    vous marchez au-delà de l’état d’homme
    vers la nature du vent.

    Rouille du cinq
    sur venin du sept
    égale douze.
    Trente jours frissonnant sous la fureur
    de quatre triangles, sceau carré
    socle de l’alchimie des mirages,
    urine de soleil noir,
    encre sperme de scorpion en rut,
    redressez-vous,
    nous avons métamorphosé la fortune
    des nouveaux Crésus et des tyrans
    en tornades de sauterelles dévastatrices
    fondant sur le lard des coffres-forts.

    Charançons,
    pâturez dans les casques et les blockhaus,
    mangez-les,
    la conscience de leur diadème d’argent s’effiloche,
    leur monde est devenu un vieux mouton
    traînant le postérieur
    vers le sillage de vos rêves.
    Détournez leur vent sans atermoiement,
    égarez-les sur votre terre.
    Les lichens déjà rongent
    le phallus de leur haine
    sous vos sabots.
    Emoussez leurs cils,
    il ne reste plus sous leurs paupières
    la moindre étincelle
    hormis les cendres de leurs rêves.

    > Commentaires par l'auteur de "SAHARA, Visions atomiques"
    Traduit du touareg par Hélène Claudot-Hawad

    "Le 2e poème qu¹on a entendu vient d¹un travail à part tiré d¹un livre qui s¹intitule : "Sahara. Visions atomiques ". Le texte de cet ouvrage expose la magie moderne d¹une guérilla de détournement des chiffres, des situations et des encerclements, afin de construire et de redresser et de démonter l¹homme, l¹homme ennemi. Et le reconstruire pour qu¹il devienne un proche.

    Tout ceci est un clin d'oeil pour chercher un côté où il pourrait y avoir une issue, soit en dessous, soit au dessus, soit au détour de ce qui étouffe, bref il y a toujours une issue ! "

    Claudot-Hawad Hélène, Les tifinagh comme écriture du détournement, Etudes et documents berbères n°23 (2005) 5-30. [en ligne : http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/29/38/92/PDF/HCH-Article_tifinagh.pdf].

    Claudot-Hawad Hélène, Touaregs. Apprivoiser le désert, Paris, Gallimard Découvertes
    Paris, 2002, 145 p.

    Claudot-Hawad Hélène, "Eperonner le monde" : nomadisme, cosmos et politique chez les Touaregs. Aix-en-Provence, Edisud, 2000, 200 p. [en ligne : http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/47/40/14/PDF/MenP_Eperonner_Bdef.pdf].

    Claudot-Hawad Hélène, Le politique dans l’histoire touarègue, Aix-en-Provence, Institut de Recherches et d'Etudes sur le Monde Arabe et Musulman (IREMAM), 1993.

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