Documentaire

Commerce équitable et TIC : l’exemple de Coocafé au Costa Rica.

Réalisation : 1 février 2010 Mise en ligne : 1 février 2010
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Descriptif

Ce documentaire propose, après une introduction au commerce équitable (historique, mécanismes,…), de découvrir la filière café à partir de l’exemple de la coopérative costaricienne Coocafé. Pionnière du commerce équitable et d’une éthique environnementale, celle-ci a intégré très rapidement les TIC dans son développement.
Nous partirons donc au Costa Rica pour rencontrer les responsables et les petits producteurs de cette structure et comprendre ainsi les enjeux sociaux, environnementaux et économiques du commerce équitable. Nous découvrirons d’une part la réponse de Coocafé à ces problématiques, et d’autre part l’usage qu’ils font des TIC pour leur développement.

Intervenants
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Langue :
Français
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Droit commun de la propriété intellectuelle
Citer cette ressource:
Canal-uved. (2010, 1 février). Commerce équitable et TIC : l’exemple de Coocafé au Costa Rica.. [Vidéo]. Canal-U. https://www.canal-u.tv/40689. (Consultée le 1 juillet 2022)
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Documentation

Summary

This documentary proposes, after an introduction to fairtrade organization (history, mechanisms, ...), to discover the coffee sector from the example of the cooperative Coocafé in Costa Rica. Pioneer of fairtrade and environmental ethics, it has integrated earlier ICT in its development.

So we’ll go to Costa Rica to meet makers and small farmers of this structure and thus understand the social, economic and environmental components of fairtrade cooperative. We will discover one part Coocafé response to these issues and also how they use of ICT for development.

Bibliographie: « L'aventure du commerce équitable » de Nico Roozen et Frans Van der Hoff, Ed. Lattès

« Le commerce équitable» de Tristan Lecomte, collection Eyrolles Pratique

ANNEXES
« Expresso, commerce équitable et TIC, l'exemple de Coocafé »
Interviews réalisées par l'association mano@mano en 2002/2003
Franklin Salazar,
Gérant Coopé San Juan, membre de Coocafé
35 ans, marié, vit et travaille à Coopé San Juan depuis 1986
[extrait d'interview]
> Comment fixer vous les salaires ?
« Tous les membres de la coopérative reçoivent un salaire hebdomadaire selon les heures faites, avec une petite différence selon l'ancienneté de chacun. Le salaire moyen est d'un peu plus de 1 dollar par heure, pour 46h/sem et 15 jours de vacances/an. »
> Quels sont pour vous les aspects les plus importants du commerce équitable ?
« Il y a deux points principaux, le premier est un marché stable pour le producteur, l'autre un prix équitable. C'est le plus important. »
> Quelle différence de relation entre organismes commerce équitable/traditionnel ?
« Il y a beaucoup de différences. L'une est par exemple, sur la production de Yuca car nous en faisons beaucoup, que le marché fluctue et je suppose que c'est pareil aussi en Europe. Si une année il y a une très bonne production de Yuca, et donc beaucoup de volume, l'année suivante le marché va s'effondrer. Les clients traditionnels vont payer le cours du marché, qui est très bas. Dans beaucoup de cas cela ne permet pas de couvrir les frais de production. C'est la différence avec Oxfam par exemple qui nous assure un marché stable et un prix que nous fixons, et en dollars ce qui est apporte une stabilité supplémentaire. (...) »
> Quelles améliorations depuis que vous travaillez avec le commerce équitable ?
« Cela fait 17 ans que la coopérative existe et pour nous sa pérennité est primordiale. C'est important d'investir dans des projets très rentables, aujourd’hui. Ainsi, nous pouvons dire que l'apport le plus important du commerce équitable pour la coopérative, depuis 5 ans, est que cela nous a permis de conserver nos ressources naturelles : la forêt, la terre qui nous appartient maintenant à 100%. Le groupe se maintient en développant des projets très productifs comme l'ananas et le yuca.
Nous avons voté en assemblé générale de réinvestir tous les bénéfices dans ces projets mentionnés pour assurer aux familles une stabilité en 2005, un développement et un bien-être social meilleur pour tous.
(...) Cependant, nous mettons aussi beaucoup d'énergie sur cet aspect de « bien-être social ». Par exemple, nous avons commencé un projet pour fournir en électroménager les maisons. En décembre, toutes les maisons seront bien équipées ; machine à laver, frigidaire, tout ce qui doit être dans une maison pour qu'elle soit confortable.
Il y a également l'éducation. Nous avons 10 enfants qui étudient en secondaire et à l'université. La coopérative leur donne une bourse, très modeste, mais suffisamment importante pour les soutenir dans la continuité de leurs études. Nous sommes en train de terminer l'école par exemple. Il y a 25 enfants à l'école. Nous sommes en train de finir pour qu'en 2003, ou au plus tard 2004, les enfants aient des ordinateurs avec Internet à l'école. Le Ministère de l'Education nous donne de l'argent pour acheter les matériaux, et la coopérative paie la main d'œuvre. Nous faisons une école avec beaucoup de nouvelles technologies pour que les enfants soient bien « préparés ».
La coopérative investit aussi dans des outils de production mécanique, comme nous l'avons vu pour l'ananas, car la méthode de production devient de plus en plus technique.
(...) Les revenus du commerce équitable vont donc directement aux familles, ou dans des projets durables qui vont aider pour que tout le groupe, d'une manière collective, améliore son avenir. »

Interview de Carlos Vargas
Gérant de Coocafé / Costa Rica
San José, capitale du Costa Rica
45 ans, marié, 2 jumelles de 16 ans
[interview intégrale]
1. Quelles études avez-vous faites ?
Je termine cette année ma maîtrise d’administration des entreprises.
2. Pouvez-vous me raconter brièvement l’histoire de Coocafé ?
Coocafé est un groupement de coopératives, c'est-à-dire une organisation de second niveau. En premier il y a les coopératives, puis il y a Coocafé. Elle a pratiquement 15 ans, elle a été créée en mars 1988. A l’origine, elle avait comme objectif principal de consolider les coopératives sur les aspects administratifs et commerciaux. Appuyer les coopératives était nécessaire.
Nous avons reçu le soutien d’une fondation allemande les premières années. Depuis 1990, Coocafé vend le café des coopératives dans les niches du marché connu comme le commerce équitable. Depuis 3-4 ans nous avons commencé à vendre le café de nos coopératives sur le marché traditionnel du café.
Coocafé donne un appui financier aux coopératives. Nous finançons des projets à long terme et nous finançons également, chaque année, les récoltes de café. Il faut que les coopératives aient les ressources suffisantes pour recevoir le café des producteurs, le transformer et le commercialiser. Ce laps de temps demande beaucoup de financements et Coocafé se charge de les aider. Si nous n’avons pas les ressources totales, nous cherchons d’autres organisations qui peuvent nous appuyer pour obtenir la totalité de l’apport financier.
Ce sont nos principaux cadres d’intervention; la partie commerciale et la partie financière.
Mais nous réalisons également un travail d’appui aux coopératives avec des programmes de développement social, de protection de l’environnement, pour lequel nous avons deux fondations. La fondation « Hijos del Campo » (Enfants de la campagne) qui concerne l’appui à l’éducation dans les zones rurales. Et la fondation « Café Forestal » (Café de la forêt), pour l'environnement et tout ce qui concerne une production durable.
3. Mais sous quelle impulsion a été crée Coocafé, qui, comment ?
Dans les années 80, nos coopératives qui étaient au nombre de 6, principalement au Nord du Costa Rica dans la région de Guanacaste et Puntarenas, étaient des coopératives très petites comparées à la moyenne au Costa Rica. Elles avaient donc de très petites possibilités d’accès au marché et au financement. C’était très difficile pour elles de vendre leur produit. Et la qualité du café n’était vraiment pas adéquat pour le marché. On était donc dans une situation avec peu de possibilités pour se développer.
Quand Coocafé est né, une des priorités était de trouver des débouchés sur des nouveaux aux marchés. Nous avons pris des contacts avec le commerce équitable. Cela a évolué depuis et le principal objectif de Coocafé est son appui aux coopératives pour que leurs produits aient la qualité suffisante pour accéder à ces marchés. Et puis il y a le soutien financier dont je vous ai déjà parlé.
4. Mais qui exactement a créé Coocafé ?
Ces 6 coopératives, appuyées par la fondation allemande, qui les a invité à analyser, à discuter de la situation des coopératives. Ce qui nous a amené à un consortium, une organisation qui nous a aidé à créer la partie commerciale, financière, d’appui au développement…. Ce fut donc à l’origine des coopératives.
5. Le commerce équitable vous a paru une solution pour vous développer ? Depuis combien de temps travaillez-vous avec ce marché ?
Pratiquement depuis le début, nous avons fait une des premières ventes au commerce équitable en 1990. Il y avait une coopérative qui avait un contact commerce équitable en Hollande. Elle a partagé sont contact avec les autres et Coocafé s’est occupé de le développer, de chercher d’autres marchés, d’autres clients. C’est une partie très constante depuis 14 ans.
6. Comment est organisé Coocafé ? Il y a différents lieux de productions, des bureaux ?
Chaque coopérative a son bureau dans la communauté où elle est née. Les coopératives ont le nom d’un village : Coopésar Apiqui à Apiqui, Coopétila à Tilaran, Coopeldoce à Doce, Coopé Santa Elena à Santa Elena, etc. Ainsi, dans ces communautés, les coopératives ont leurs bureaux et leur exploitation où est transformé le café.
Coocafé, qui est ici dans la région centrale, gère depuis ce bureau tout ce qui concerne la négociation avec les clients, les banques, l’embarquement du café. Nous le coordonnons depuis ce bureau. Nous avons aussi un lieu où nous réceptionnons le café qui vient des différentes coopératives. Nous le classons par qualité, nous le mélangeons et nous l’envoyons aux différents clients. Il y a un lieu central ici où ce fait la réception du café, à San José.
7. Quels sont les différents produits de Coocafé ?
Le café est notre produit principal et représente quasiment 90% de notre volume total. Les 10% restants sont la noix de macadamia et les chips de Yuca.
Dans le café, nous avons différents produits. Il y a le café « conventionnel » qui est classifié en 2 types : le café HEV qui est un café de moyenne altitude, et le café SCHEV d’altitude plus haute, c’est un café plus acide. Nous avons aussi le café organique ; nous faisons des cultures biologiques pour répondre au marché. Nous avons aussi deux cafés spéciaux, haut de gamme : un café d’une de nos coopératives, le café Monteverde de Coopé Santa Elena, et le café « Reserva Bonito ». Ce sont donc différents produits à l’intérieur de la même famille du café.
8. Quelle est la particularité du café Monteverde ?
Il est produit dans la région de Monteverde, et c’est une petite production de café. Il est à la bonne altitude donc il a la bonne acidité. C’est un café qui a un marché spécial car la région de Monteverde est très connue.
9. Quel rapport entre l’altitude et la qualité du café ?
La différence se fait à la qualité du café « dans la tasse ». Selon le marché, le café d’altitude est considéré comme meilleur. Certains marchés préfèrent les altitudes moyennes. Mais d’une manière générale, les altitudes hautes sont plus demandées.
10. Vous vendez plus de café en grains ou torréfié ?
Nous vendons surtout le café en grain, non torréfié, que nous vendons aux torréfacteurs. C’est la façon la plus courante de vendre du café. Nous torréfions des petites quantités de café au Costa Rica que nous exportons vers les Etats-Unis et le Japon. Mais ce sont des petites quantités très en marge.
Nous avons des projets avec des torréfacteurs en Europe qui utilisent notre marque « Café Forestal ». C'est par exemple le cas en Hollande ou le « Café Michel» en France (Pessac/Gironde) qui vendent le « Café Forestal ».
11. Vous ne vendez pas de café moulu ?
Parfois le café torréfié est moulu, cela dépend des marchés. On le fait moulu ou en grains entiers selon la demande du client.
12. Quel serait le plus intéressant pour vous, vendre le produit fini ou les grains ?
Ce qui nous intéresserait le plus serait de vendre le café comme produit fini. Ce serait mieux pour nous car cela donne plus de valeur au produit. Mais nous sommes conscients que chaque marché est spécial. Tel marché requiert une torréfaction spéciale pour le café, une mouture différente, un mélange spécifique avec d’autres cafés pour obtenir une tasse en accord avec le marché. De ce point de vue, c’est plus difficile de vendre un café fini produit 100% au Costa Rica. Cela a ses désavantages. C’est pour cela que le marché principal est le café en grain, sans torréfaction. Et ce sont les torréfacteurs qui font le café en fonction des marchés car ils les connaissent.
13. Si vous aviez les savoir-faire nécessaires pour faire un café fini adapté au marché, vous pourriez le vendre mieux, vous pourriez accéder au marché ?
Il pourrait se vendre mieux sur le marché…. Ce serait positif car il se vendrait à un meilleur prix. C’est possible que nous pourrions vendre le produit avec 100% de valeur ajoutée. Ce qui est difficile c’est de pénétrer les marchés. Comment arriver aux consommateurs avec un produit torréfié à l’origine, au Costa Rica ? Cela nécessiterait d’investir dans de la publicité, la promotion pour qu’il soit connu sur le marché. Cela est difficile pour nous, nous n’avons pas les moyens d’investir dans une telle communication... Pour cela, les alliances avec les torréfacteurs sont, pour nous, stratégiques.
14. Combien de personnes travaillent pour Coocafé ?
Actuellement, nous avons 9 coopératives qui sont principalement situées dans la zone Nord mais nous avons aussi quelques unes dans le Sud. Toutes nos coopératives sont loin de la zone centrale qui est la partie développée du Costa Rica. En dehors de cette région la situation est difficile. A Coocafé, nous avons pour principe de travailler avec les petites coopératives isolées de la zone centrale. Cela fait partie de notre engagement au sein du commerce équitable.
Ces coopératives représentent plus ou moins 4 000 producteurs de café. Il y a des coopératives de 70 producteurs, d’autres de 600, cela dépend de la région. Dans les coopératives, il y a en moyenne 20-25 personnes qui travaillent. Ici, à Coocafé, nous sommes 15 personnes. Comme employés, nous sommes au total 275 pour environ 4 000 producteurs. Il y a environ 30% de femmes et 75% d’hommes. C’est une activité familiale. L’associé directeur est l’homme, mais c’est une activité familiale.
15. Quel est votre production actuelle ?
Actuellement, si nous parlons en livres de café en grains, nous sommes à 10 millions de livres. Sur ces 10 millions de livres, approximativement, 3 millions de livres sont exportées au commerce équitable, 2 millions vont au marché interne, c’est le café de moins bonne qualité, et les autres 5 millions sont vendues au marché traditionnel, aux grands torréfacteurs.
16. Quel est votre bénéfice, tous produits confondus, café, yuca et macadamia ?
Coocafé vend la majorité du café des coopératives (pas 100% car nous ne vendons pas la totalité du café, les coopératives en vendent en partie directement), avec un volume total de 2 millions de Colones, près de 6 millions de Dollars. C’est notre volume de vente annuel.
Etant une organisation qui appartient à la coopérative de producteurs, Coocafé recherche le maximum de bénéfices pour les producteurs et torréfacteurs. Nos marges nettes sont basses : 50 000 Dollars de bénéfices que nous répartissons entre les coopératives. Coocafé tente de faire les meilleures négociations possibles pour les producteurs et les coopératives. Nous sommes avant tout des facilitateurs.
17. Quel est en moyenne le salaire d’un producteur à Coocafé en comparaison avec une coopérative qui ne fait pas de commerce équitable ?
Sur la récolté précédente, sur les 10 000 millions de livres de café, nous en avons vendu 3 millions au commerce équitable. Cette quantité à généré un bénéfice additionnel d’environ 1 million de Dollars pour les producteurs. Cela veut dire que ces 3 millions de livre ont une valeur de 33 centimes de plus, si l’on compare avec un producteur qui ne vend pas au commerce équitable. C’est la différence qu’il y a entre vendre ou non au commerce équitable.
Ces 33 centimes concerne le café vendu au commerce équitable. Rapporté à la quantité totale de café produite, cela revient à 10 centimes supplémentaires par livre. Cette différence est en fait la différence entre pouvoir vivre comme producteur ou ne pas vivre comme producteur. Nous faisons en sorte que les producteurs puissent couvrir, au minimum, tous les frais de production. Ce supplément que paie le commerce équitable est ce qui aide réellement les producteurs pour qu’ils puissent continuer leur activité. En particulier à cette époque (2003 ndlr), où les prix sont à 0,60 $ la livre alors que le commerce équitable paie 1,26$ par livre. Il y a une différence très significative.
18. Vous travaillez à Coocafé depuis le début ?
Non, j’ai travaillé dans une coopérative de Coocafé, à Coopé Santa Elena. C’est elle qui a lancé Coocafé en 94. De 94 à 98, j’étais membre du conseil d’administration de Coocafé au comité d’éducation. A partir de 98, j’ai commencé à travailler pour Coocafé, d’abord à la vente puis dans la gérance. J’ai donc réellement 4 ans d’activité à Coocafé, mais j’ai 8 ans d’expérience avec le groupe.
19. Et avant ?
J’ai été gérant pour la coopérative Coopé Santa Elena pendant 18 ans.
20. Depuis la création de Coocafé, quels sont les points positifs et négatifs, les difficultés rencontrées ?
Si nous considérons les aspects positifs de Coocafé, peut-être que ce qui est fondamental est qu’aujourd’hui les coopératives, en 14 ans, sont passées de 5 millions de livres de café à 10 millions de livres. Elles se sont développées, certaines plus que d’autres, mais elles ont beaucoup évoluées. Cela est bien, si nous considérons que pour se développer il faut augmenter son volume de production. C’est un aspect positif.
Un autre est que nos coopératives ont tout le matériel nécessaire pour traiter le café. Notre processus de fabrication respecte l'environnement, du système de sécurité au traitement du café et des eaux usées, tout cela fut un investissement et s’est développé.
Nous avons un fond de ressources mis en place durant toutes ces années à partir des économies des coopératives, des producteurs, et qui représente près de 2 millions de Dollars. Ces ressources ont augmenté et ont permis de financer cette activité (de développement durable ndlr)
Nous avons également accès à d’autres ressources, des banques, d’organismes financiers. Coocafé à accès à des financements auquel elle n’avait pas droit avant.
Nous avons accès à des marchés que nous n’avions pas avant. Nous commercialisons près de 70% du café des coopératives alors qu’au début ce n’était que 10%.
Nous avons donc réussi tout cela. Nous avons également la capacité interne de négocier avec les clients internationaux, nous connaissons tous les mécanismes d’exportation, de qualité. Nous avons nos propres locaux pour l’embarquement du café, que nous n’avions pas auparavant. Nous avons les programmes d’éducation, les programmes environnementaux. Il y a un certain nombre de choses que nous avons réussi et qui sont très positives. Coocafé, en tant qu’entreprise, à une bonne réputation nationale et internationale. Cela pèse beaucoup dans les négociations.
Dans les aspects négatifs, et bien il y a tant de choses qui restent encore à faire. Vraiment beaucoup. Nous devons améliorer la diversification des coopératives. Cela reste encore une faiblesse. Nous devons reconnaître que pour toute diversification nous n'avons que la noix de macadamia. C’est un projet qui a commencé il y a 10 ans et qui a aujourd’hui un produit, un marché, un volume qui est en d'évoluer significativement.
Nous avons les chips de yuca que nous avons commencé à travailler avec une coopérative qui n’est pas affiliée, mais qui est une coopérative amie de Coopé San Juan. Dans la partie diversification il reste donc encore beaucoup à faire.
En ce qui concerne la qualité, nous devons améliorer la qualité des cafés, être en mesure de mieux la garantir. Nous voyons les différences qu’il y a d'une récolte à l'autre.
Nous devons aussi voir comment améliorer, en général, les situations des coopératives en tant qu’entreprise. Des entreprises plus efficaces, plus solides. C’est encore une faiblesse. Nous avons des exemples très positifs dans le groupe mais nous avons aussi des coopératives avec lesquelles il faut que nous travaillions encore beaucoup pour les consolider comme entreprise.
Je pense que nous avons plus de faiblesses en ce qui concerne la diversification.
Nous avons aussi, ce n’est pas une faiblesse mais une opportunité, un potentiel pour mieux tirer profit du marché. Il y a d’autres niches de marché, en dehors du commerce équitable, qui sont intéressantes mais la question est comment les atteindre ? C’est ce sur quoi nous travaillons actuellement mais nous n’avons pas encore réussi à les toucher.
21. Quelles sont ces niches dont vous parlez ?
Ce sont le marché des cafés spéciaux qui représente, par exemple aux Etats-Unis, 20% du marché. Nous devons travailler beaucoup sur la qualité pour correspondre à la qualité des cafés spéciaux.
Il y a la niche des cafés d’agriculture biologique qui est en train de se développer. Elle est très liée avec le commerce équitable et les cafés spéciaux, mais il faut aussi en profiter.
Et il y aussi, dans le marché du café traditionnel, comment faire de meilleures négociations ; avoir des accès plus directs avec les torréfacteurs et éviter un exportateur national, un broker, un trader, un torréfacteur… Comment arriver plus directement.
22. Quels sont vos différents partenaires au Costa Rica, en Europe, aux USA… ?
Coocafé a des relations avec beaucoup d’organisations, ce qui est très bien. Localement, les coopératives sont nos principaux associés. Mais nous avons aussi des relations avec l’Institut du café du Costa Rica, avec des banques, l’Infocop qui fait la promotion des coopératives costaricaines, se sont des alliés qui nous soutiennent directement, nous ou les coopératives. Dans la partie purement politique, nous avons des relations avec la FENAC qui est la fédération des coopératives de café en charge des relations avec le gouvernement, etc. Voilà pour le niveau national.
Au niveau international, nous sommes en relation, dans différents pays, avec des initiatives nationales de commerce équitable : Max Havelaar en France et en Hollande, Trans Fair en Allemagne et aux Etats-Unis, Oxfam en Angleterre. Ce sont différentes organisations qui promeuvent le commerce équitable dans chaque pays. Ce sont des intermédiaires qui nous aident à entrer en contact avec de potentiels acheteurs de café, ou qui nous font participer aux activités qu’ils organisent pour la promotion du commerce équitable.
Nous avons aussi des contacts plus directs dans nos relations commerciales comme la Gepa en Allemagne avec laquelle nous travaillons depuis plus de 14 ans. L’importateur Bambeli d’Allemagne nous achète beaucoup de café pour le commerce équitable et le distribue dans différents pays d’Europe. Nous avons aussi un torréfacteur en Hollande avec qui nous avons une alliance pour le café Forestal qui le distribue en Hollande, Allemagne, Autriche... Nous avons Twin Trading à Londres, acheteur avec lequel nous travaillons depuis de nombreuses années. Nous avons aussi des acheteurs en Belgique comme Proqua, Efico, qui sont des acheteurs de café…… Nous avons aussi une alliance en France avec les Cafés Michel, à Bordeaux, qui s’occupe de notre marque Café Forestal et Novodis. Etc…
Au niveau des financement, nous avons une excellente relation avec « Oiko Credit », organisation appartenant à différentes églises qui donnent des financements à des groupes favorisant le développement dans le monde. C’est une relation de 10 ans que nous avons renforcé cette dernière année car ils nous ont accordé un prêt très important pour que nous puissions financer les coopératives.
23. Quels sont vos possibilités de production, avez-vous une limite ?
En théorie il n’y a pas de limite à la production. Les limites sont données par le marché. Mais il faut reconnaître qu’au niveau mondial, il y a une production plus importante que la demande. C’est donc ce qui limite la production. Nous devons aussi voir que certaines zones ne sont pas adaptées à la production du café. Nous devons chercher des zones plus en altitude pour les plantations de café car il est favorisé sur le marché.
Je crois que plus que de chercher à augmenter la production, il faut améliorer la qualité de la production. Cela doit être notre objectif principal car c’est ainsi nous pourrons assurer notre maintien sur le marché. Pour le café, mais aussi pour les autres produits comme la noix de macadamia et les chips.
24. Si on prend l’exemple de la macadamia, n’y a-t-il pas des limites à vouloir développer à tout prix une production qui n’est pas adapté au terrain et au climat ?
La macadamia est un bon exemple de diversification. On se dit que si un producteur cultive du café et de la macadamia, il double ses opportunités. Le cas du traitement de la macadamia, ce que fait Coopétila, est différent.
Nous avons dû apprendre petit à petit, investir dans le traitement pour améliorer la qualité. Ce qui se passe est que, dans le cas du café, nous avons au Costa Rica la technologie adaptée. Nous ne l’avons pas pour la noix de macadamia. Nous avons dû chercher et la rapporter ici. La technologie vient d’Australie, de Hawaï qui sont des pays très éloignés ce qui ne fut pas facile pour partager les connaissances. Alors que pour le café, il existe des productions au Nicaragua, au Mexique. La Macadamia non. Il a fallut tout apprendre et c’est un processus lent. Nous avons plus appris du marché et des remarques des clients sur la qualité, la taille des noix… que des autres. C’est le problème que nous avons concernant une diversification de la production, nous n’avons pas accès à toutes les informations sur le marché, les qualités, les technologies. C’est donc lent pour réussir.
Mais dans le cas spécifique de la macadamia pour les coopératives, la différence de rentabilité entre la production de café et de macadamia est très significative. C’est beaucoup plus rentable pour la coopérative de produire de la macadamia. Elle a beaucoup plus de valeur. Une production de 10kg de macadamia rapporte au moins autant, si ce n’est plus, que 50kg de café. Nous pouvons voir le bénéfice pour la coopérative, et d’autre part l’avantage (la force) pour le producteur d’avoir deux produits et plus un seul.
25. Coopétila est la première coopérative à avoir tenté l’expérience de la macadamia ?
Au sein de Coocafé, oui. Ce qui se passe, c’est que la macadamia est un produit à investissement à long terme. Cela prend plus de temps que le café. C’est donc difficile de promouvoir un produit qui va commencer à porter ses fruits 5 ou 6 ans plus tard ! C’est un peu compliqué. A Coopétila, les producteurs ont été plus patients, plus forts. Je crois que la zone est également plus appropriée.
Dans d’autres coopératives nous avons envisagé les fruits, la forêt ou les légumes. Il y a des potentiels mais il ne se sont pas encore concrétisés dans des projets complets comme celui de la macadamia pour lequel il y a un produit, un processus et un marché.
26. Quels sont exactement ces fruits et légumes ?
Dans les coopératives, beaucoup de producteurs cultivent pour leur propre consommation. Nous l’encourageons pour qu’ils produisent pour leur consommation mais aussi pour commercialiser. Mais les coopératives n’interviennent pas dans le processus de commercialisation. Ces produits sont destinés à des marchés très locaux, la relation est directe entre le producteur et le marché, le consommateur ou un autre intermédiaire. Nous n’avons pas mis en place une formation pour pénétrer ces marchés locaux.
27. Coocafé intervient-il, dans le cas de la Coopé San Juan, sur la mise en place d’une relation avec Oxfam concernant les ananas ?
Dans cette partie de recherche de développement de produits pour le marché, Coopé San Juan est appuyé par Oxfam. Nous participons plus comme facilitateur pour les contacts, l’information. La relation Oxfam-Coopé San Juan est très directe. Dès le moment où il existe un produit qui remplit les conditions du marché, nous entrons en jeu sur la partie commercialisation, logistique, exportation, gestion financière…
28. Vous avez des contrôles d’organismes de commerce équitable pour garantir le respect des critères sociaux et environnementaux ?
Il y a notre contrôle interne à toutes les coopératives. Elles sont toutes loin de la région centrale, nous ne travaillons qu’avec des producteurs en situation difficile, hors de la région centre. Néanmoins, nous travaillons actuellement avec une coopérative de café biologique de la région centrale parce qu’il y a là un groupe que nous soutenons pour qu’ils puissent accéder au marché.
Après, nous avons notre propre contrôle pour connaître les producteurs qui travaillent pour le commerce équitable.
En plus de tout ça, il y a le contrôle de FLO (Fair trade labellising organisation) qui se charge de contrôler les groupes qui supervisent Coocafé. Ils viennent une fois par an et vérifient que nous vendons réellement du café de producteurs de commerce équitable, que l’argent est géré d’une manière transparente et qu’elle parvienne jusqu’à à la coopérative, aux producteurs, que Coocafé ne garde pas cet argent. Nous avons donc un monitoring de la part de FLO pour vérifier que nous remplissons bien nos engagements au commerce équitable.
En interne, nous sommes contrôlés par les coopératives, et en externe par FLO.
29. Vous connaissez au Costa Rica d’autres organisations de commerce équitable, il y a une dynamique, une fédération ?
Non. Ce qui se passe est que le commerce équitable a surtout créé des unions de groupes qui travaillent le même produit. La dynamique du produit est ce qui fait la communauté. Au Costa Rica il y a les producteurs de sucre, de cacao, de bananes de commerce équitable. Mais le traitement de la banane ou du sucre est très différent de celui du café. Nous n’avons donc pas ici de sorte d’union ou de fédération des groupes.
Nous avons des relations avec les autres groupes qui produisent du café au Nicaragua, en Honduras, dans toute l’Amérique latine. Nous sommes intégrés à un groupe et nous y échangeons une fois par an. C’est la Coordination latino-américaine de commerce équitable.
A un moment, nous nous étions réunis avec un groupe de producteurs de bananes, ici au Costa Rica. Nous avons surtout fait part d’observations, de suggestions sur comment fonctionne le commerce équitable. Nous avons aussi des relations avec le sucre car il y a une coopérative de café qui produit aussi du sucre.
Mais localement il n’existe pas de groupement du commerce équitable. C’est un objectif futur que nous avons d’avoir notre propre café de commerce équitable au Costa Rica. Il y a beaucoup de touristes, nous pouvons ici aussi promouvoir le commerce équitable comme un modèle de commerce au niveau international.
30. Quel différence il y a-t-il entre vos partenaires commerce équitable et traditionnels ?
C’est très différent. Je crois que ce que nous avons réussi à Coocafé, nous le devons en grande partie au soutien de nos partenaires du commerce équitable. Quand nous vendons du café à une entreprise traditionnelle, c’est une relation très froide. J’ai 10 000 millions de livres de café à vendre, il veut les acheter, nous négocions les prix suivant le cours de la bourse à New York, qui régule tout le marché. Nous avons un prix, nous embarquons le café, ils paient. S’il n’y a pas de problème de qualité ça s’arrête là.
En ce qui concerne le commerce équitable… Quand nous avons commencé nous n’avions pas la qualité requise par le marché. Mais les entreprises comme Gepa, Twin trading, Ambeli, ont commencé à nous aider pour voir comment nous pouvions faire pour améliorer la qualité. Nous avons, tous les deux, une personne de Gepa qui est venue pour nous donner un feedback sur la qualité du café, sur les attentes du marché, sur ce que nous devions faire. Avec Twin trading aussi nous avons eu un suivi chaque année, ou tous les deux ans, avec des informations sur chaque livraison de café que nous faisions. Ils nous disaient comment était le café, s’il respectait les attentes, ce qu’il fallait faire pour l’améliorer. Il y a aussi le cas avec Fair Trade Hollande qui nous appuie pour un projet de certification qualité, ils nous soutiennent financièrement. Donc la relation est beaucoup plus vaste, elle ne se limite pas au café, au chips. Dans le cas d’Oxfam Belgique, le soutien que nous avons eu pour les chips est formidable. Ils nous ont notifié une année auparavant de la quantité de chips de yuca qu’ils allaient acheter. Nous avons donc plus planifier les semences et le financement.
Il y donc une relation bien plus étendue. Effectivement, dans le commerce équitable le prix est une grande différence, mais il y a d’autres aspects qui valent tant, parfois même plus que le prix qui est payé au producteur. C’est la relation qui existe, l’engagement de soutien et cela est pour nous fondamental.
31. Quelles sont vos espérances sur le commerce équitable ?
Je suis optimisme sur le futur du commerce équitable. Il me semble qu’il y a, à chaque fois un peu plus au niveaux des pays développés, une prise de conscience des consommateurs sur le produit qu’ils consomment, qui le fait, et comment vit le producteur. Il me semble que chaque fois un peu plus, il y a une meilleure conscience de ça. A chaque fois, il fait un peu plus de pression, dans son pays, sur les politiques, sur ce type de relations. Comment se comporte un pays d’Europe ou d’Amérique du Nord au moment de faire du commerce avec les pays du Sud ? Cela il me semble va se développer.
D’autre part, je crois que les groupes de producteurs du commerce équitable, quel que soit le produit, améliore sa capacité à répondre à la demande du marché. Nous augmentons notre compétitivité et nous améliorons notre volume de production.
Je pense que ça peut être autre chose que le commerce équitable, ça peut être aussi le commerce éthique, etc… Mais que ces modèles doivent se développer chaque fois davantage. Les grandes entreprises du marché mondial, Nestlé, Procter & Gamble..., ces multinationales doivent voir davantage la nécessité d’être socialement responsables. Voir que ce n’est pas seulement payer le prix du marché, mais ce que signifie ce prix pour le producteur. Je crois que nous devons, d’ici, renforcer encore plus la pression pour que ces entreprises qui ont tant de capacités d’achat, aient cette responsabilité de savoir comment elles achètent, à qui elles achètent, combien ils sont payés, comment vivent ces gens. Et pas seulement penser à exploiter la production du Sud, à générer plus de bénéfices dans l’entreprise et que le consommateur du Nord paye toujours le même prix. Il faut que le consommateur paye un bon prix et que ce bon prix arrive jusqu’au producteur.
Je crois que le commerce éthique, équitable, va augmenter. C’est possible que le commerce de Max Havelaar ou Trans Fair va croître un peu, mais pas tant, mais le modèle de commerce éthique va croître lui au niveau mondial. Je crois que dans le cas du café, il y a une grande opportunité pour les pays du Nord de développer le café comme un véhicule pour promouvoir le développement. Il y a 25 millions de producteurs de café dans le Sud. Chaque fois qu’un café est acheté à un bon prix, il y a des gens qui en bénéficient. Ce n’est pas comme faire des dons au gouvernement. Il y a beaucoup de donations qui restent dans les mains des politiques, des consultants, et peu arrivent vraiment à la population. Avec le café, il y a un lien directe des bénéfices pour les producteurs.

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