Documentaire
Notice
Lieu de réalisation
Finistère, Bretagne
Langue :
Français
Crédits
Corinne Fortier (Intervention)
Conditions d'utilisation
Droit commun de la propriété intellectuelle
Citer cette ressource :
Corinne Fortier. EHESS. (2020, 2 septembre). L’enfant-bateau. Récit de femme de marin de Concarneau , in Portraits de mer en Finistère. [Vidéo]. Canal-U. https://www.canal-u.tv/135291. (Consultée le 21 février 2024)

L’enfant-bateau. Récit de femme de marin de Concarneau

Réalisation : 2 septembre 2020 - Mise en ligne : 1 décembre 2022
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Descriptif

 

Le 2 septembre 2020, après avoir feuilleté avec son mari l’album consacré à la construction de l’Abraden, chalutier langoustinier de Concarneau (coque en bois, 15,30 x 6 m) qu’il a fait construire en 1990 à Douarnenez au chantier Tanguy, Madame Violant me parle de ce que représente ce bateau pour son époux. Une première cérémonie se déroule une fois qu’il est sorti du chantier naval à l’occasion de sa mise à l’eau, puis une seconde avant sa première marée. En effet, le bateau, comme un enfant[1], est baptisé par un prêtre de mer et possède une marraine, ce qui donne lieu à une fête familiale et amicale où la marraine casse une bouteille de champagne sur le bateau et où l’on partage un fraisier sur lequel est inscrit le nom du bateau.

Elle note que son époux ressent un attachement très fort à l’égard de ce bateau auquel il a donné naissance, le considérant un peu comme l’un de ses enfants. Aujourd’hui, s’il a laissé le commandement de l’Abraden à l’un de ses fils, il continue de l’entretenir avec soin, montant à bord avant chaque marée afin de vérifier si tout va bien (vidange etc.)[2].

Rien ne prédestinait Madame Violant à ce destin de « femme de marin », puisque celle-ci n’est pas elle-même issue du milieu maritime breton mais originaire de Paris. Dépassant les préjugés de son milieu envers les parisiens, Joël, après avoir aperçu cette jeune femme en train de pêcher à la ligne avec son grand-père, alors qu’il débarquait sa pêche à Douarnenez, osa lui glisser un petit billet doux ; une correspondance de huit mois s’en suivie, puis un mariage, cinq enfants et aujourd’hui neuf petits-enfants.

Une fois mariée, elle accompagna son mari sur son île natale, l’île de Sein, allant jusqu’à partir en mer avec lui, l’aidant comme « un petit mousse » à démêler les araignées prises dans les mailles… À cette période, celui-ci avait un petit bateau et rentrait chaque jour à terre, mais lorsqu’une fois installé à Concarneau, il fit construire l’Abraden, il partait dix jours en mer sans que cela n’inquiète son épouse qu’il avait rassurée : « S’il y avait trop mauvais temps, il rentrerait ! ».

L’absence de son mari ne lui a par ailleurs jamais pesée, ayant déjà beaucoup à faire à la maison surtout après la naissance de ses enfants. Ces naissances ne l’ont pas empêchée de continuer à donner « de petits coups de main » à son époux, notamment en l’aidant à débarquer des caisses de poisson : « Je faisais ce que je pouvais faire à terre ! ». Aujourd’hui encore, c’est elle qui s’occupe d’acheter les vivres du bateau que son mari livre à l’équipage. La division genrée du travail est très claire en contexte maritime : la femme gère la maison et l’homme le bateau.

Lorsque son époux partait en mer durant dix jours, elle convoquait sa présence auprès de ses enfants, les menaçant de lui rapporter leur comportement répréhensible lorsqu’il rentrerait[3]. Dès que ces derniers atteignirent l’âge de douze ans, leur père les a emmenés avec lui, tout d’abord pour une marée d’une journée, puis de deux jours, ceux-ci apprenant à trier les langoustines. Il n’est donc pas surprenant que trois des quatre fils soient devenus marins, tandis que la cadette prépare un bac pro pour commander un bateau (pêche ou promenade). Il arrive à cette dernière de donner un coup de main à son frère lorsqu’il rentre de pêche en conduisant la grue de débarquement[4]. Madame Violant me confiera que si elle n’avait pas eu d’enfant, elle aurait sans doute fait la pêche… même si cela reste un milieu « très très très masculin ! ».

 

[1] À ce sujet, voir Corinne Fortier, 2019, « À corps perdus. Migrants, marins et bateaux naufragés : entre conscientisation et esthétisation », in Les migrants, ces nouveaux héros. Quête de l’ailleurs, quête de soi, et créations filmiques, Corinne Fortier (éd.), Science and Video. Des écritures multimédia en sciences humaines 9, en ligne, https://scienceandvideo.mmsh.fr/9-4/.

[2] Comme le montre le film À bord de l’Abraden. Chalutier langoustinier de Concarneau (Corinne Fortier, 2023).

[3] À ce sujet, voir Corinne Fortier, 2022 « Absence des hommes et empowerment des femmes de marins (Finistère, Vendée) », in Emmanuelle Charpentier et Benoît Grenier (éds.), Le temps suspendu. Une histoire des femmes mariées par-delà le silence et l’absence, Presses universitaires de Nouvelle Aquitaine : 311-326, https://una-editions.fr/absence-des-hommes-et-empowerment-des-femmes/

[4] On la voit dans le film À bord de l’Abraden, chalutier langoustinier de Concarneau (Corinne Fortier, 2022).

Intervention

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