Conférence
Notice
Lieu de réalisation
MRSH-Caen
Crédits
Anouck Linck (Intervention)
Conditions d'utilisation
Droit commun de la propriété intellectuelle
DOI : 10.60527/b7ev-pf83
Citer cette ressource :
Anouck Linck. La forge numérique. (2023, 6 octobre). De l'écofiction littéraire au thriller psychologique. Adaptation cinématographique de Distancia de Rescate (2014) : tension, distension ou rupture du fil écologique ? , in L’adaptation dans tous ses états. [Vidéo]. Canal-U. https://doi.org/10.60527/b7ev-pf83. (Consultée le 1 mars 2024)

De l'écofiction littéraire au thriller psychologique. Adaptation cinématographique de Distancia de Rescate (2014) : tension, distension ou rupture du fil écologique ?

Réalisation : 6 octobre 2023 - Mise en ligne : 20 octobre 2023
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Descriptif

Résumé de la communication

 Distancia de rescate (2014) de l’Argentine Claudia Schweblin, paru en France sous le titre Toxique (2017), est un roman court qui plonge immédiatement le lecteur dans une atmosphère où se mêlent thriller, fantastique et drame intimiste, sur fond d’apocalypse environnementale imminente. Le roman a été traduit en quatorze langues. Il a été porté au cinéma en 2021 par la réalisatrice péruvienne Claudia Llosa, et diffusé internationalement sous le titre de Fever dream.

Dans le roman, la voix dominante est celle d’une jeune femme, Amanda, mère d’une petite fille de sept ans, l’adorable Nina. Au moment où s’ouvre le récit, Amanda est en train de mourir. Une seconde voix, celle d’un garçon de neuf ans, David, petit aruspice effrayant, donne à son agonie le sens d’une quête implacable vers la compréhension de « ce qui importe ». De ce récit à deux voix émerge l’histoire de la singularité de David, dont la mère, Clara, double inversé d’Amanda, s’est détachée : elle se méfie de lui, lui attribue d’obscurs pouvoirs maléfiques. Cette mère torturée par le souvenir de ce que fut son enfant, désormais dénaturé, entretient avec Amanda des rapports de fascination réciproque traversés de brefs moments de répulsion. Elle voudrait, comme Amanda, posséder « sa propre Nina ». Les émotions violentes et complexes dominent le récit. Elles accaparent l’attention du lecteur, mobilisent sa sensibilité, le condamnent à se polariser sur les drames personnels, lui occultant ainsi la tragédie en cours, qui se joue à une tout autre échelle : l’empoisonnement des humains et des non humains, conséquence de l’agriculture agroindustrielle basée sur l’application intensive de pesticides. L’épicentre de cet «immobile fléau sur le point de s’abattre » se situe dans un territoire périphérique de la province de Buenos Aires, non nommé, mais les derniers mots du récit, tels une alarme stridente qui se déclenche, étendent leur rayon d’action jusqu’à la capitale argentine, et au-delà, jusque dans le monde réel et concret habité par chaque lecteur aux quatre coins de la planète. Celui-ci prend alors la juste mesure du leitmotiv porté par David, le mentor inflexible, dépourvu d’âme en apparence. Il est invité à comprendre – et à ce titre, l’acte de lecture constitue une expérience initiatique – que « ce qui importe », dans un contexte global d’effondrement de la biodiversité, est de pratiquer le relativisme perceptif. Amanda passe son temps à calculer « la distance de secours » à parcourir au cas où Nina serait menacée, mais sans varier jamais la distance focale, d’où un champ de vision étroit, limité, sans perspective. En nous initiant, avec les armes qui sont les siennes, à l’apprentissage du relativisme perceptif et aux enjeux liés à cette pratique salutaire, la littérature contribue à nous rendre plus combattifs vis-à-vis des responsables (en l’occurrence, le secteur agro-industriel) des catastrophes écologiques et sanitaires en cours et à venir, trop souvent invisibilisés.

La question que l’on peut se poser – qui motive la présente proposition de communication – est de savoir si cette dimension initiatique à vocation écologique est préservée par l’adaptation cinématographique du roman et quelles sont les mutations qu’elle subit.

Biographie de l'auteure

Agrégée d’espagnol, Anouck Linck a suivi un cursus de lettres modernes, puis s’est spécialisée en littérature comparée à l’Université Paris III. Elle a soutenu en 2010 une thèse portant sur les résonances de la pensée scientifique dans le récit fantastique du XIXe et du XXe siècle. Depuis 2011, elle est MCF à l'université de Caen, où elle enseigne la littérature hispano-américaine, et membre du LASLAR. Elle a publié divers articles explorant le rapport science et fiction, ainsi qu’un ouvrage sur l’écrivain colombien Andrés Caicedo. Elle travaille actuellement sur les écofictions non dystopiques et les romans contemporains écrits par des femmes, majoritairement argentines et mexicaines.

Intervention

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